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Charles
BIETRY : « Le plaisir qu’on peut ressentir en regardant
un match est pour moi capital, beaucoup plus important que le résultat
lui-même » Par Jacques Roux à Tunis |
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| Africafoot.com : Charles, qu’est-ce qui vous amène à Tunis ? | |
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Charles
Bietry : Je
suis arrivé la veille de l’ouverture de la CAN pour une
cérémonie organisée par l’Union Africaine
des Footballeurs, qui était une remise de prix pour des gens
très importants, comme Monsieur Blatter, Monsieur Hayatou, et
d’autres un peu moins importants, comme moi, puisque j’ai
été désigné Micro d’Or, pour, je pense,
l’ensemble de mon œuvre, c'est-à-dire pour mon travail
effectué à l’Agence France Presse d’abord,
pour la télévision ensuite, et pour mes très bons
rapports avec le football africain. |
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Africafoot.com
: A propos de rapports avec le football africain,
nous sommes à une Coupe d’Afrique des Nations, avec seize
prétendants et un seul gagnant. C’est la faune africaine,
il n’y aura qu’un roi. |
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Charles
Bietry : Le sport est fait ainsi. Il y a un
premier, il y a un dernier,
même si être le dernier ne signifie par forcément
une humiliation, il n’y aura toujours qu’un seul vainqueur
et quinze vaincus. C’est une Coupe d’Afrique très
équilibrée, peut-être la plus équilibrée
de toutes. Nous pouvons citer cinq ou six vainqueurs potentiels, et
encore, nous ne serons pas sûrs que le vainqueur final en fera
forcément partie. Je ne suis pas devin, mais si je devais ne
donner qu’un seul nom, je donnerai celui du Sénégal.
Sinon, le Cameroun, l’Algérie, la Tunisie et le Mali pourraient
bien eux aussi remporter cette coupe. |
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Africafoot.com
: Nous nourrissons tous le rêve de voir
deux équipes précises arriver en finale. Dans la configuration
des cinq ou six équipes que vous avez citées, quelles
sont les vôtres ? |
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Charles
Bietry : Je pense que l’équipe
du Sénégal jouera très bien, elle comporte beaucoup
de bonnes individualités. Guy Stéphan est un
très bon entraîneur qui saura mettre en musique tous ses
solistes. Pour la seconde équipe, mon avis est partagé,
parce que je ne connais pas très bien le football égyptien
qui pourtant m’intrigue, car elle pourrait bien repartir après
trois défaites ou remporter la coupe, rien ne me surprendrait.
C’est pour moi une équipe très mystérieuse.
Ensuite, j’ai un petit coup de cœur pour le Cameroun, car
il a toujours fait de très beaux matches, beaucoup de ses joueurs
évoluent en France, sans oublier le dramatique épisode
du décès de Marc-Vivien Foé. A cause de tout cela,
je n’ai pas envie de voir le Cameroun perdre. D’un autre
côté, si l’une des équipes d’Afrique
du Nord arrivait en finale, ce serait très bien pour le football
international. Une rencontre entre le Nord et le Centre serait un beau
symbole. |
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Africafoot.com
: Des entraîneurs français sont aujourd’hui
à la tête des sélections nationales. Ne pourrait-on
pas dire ici : l’école française contre l’école
française ? |
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Charles
Bietry : Ils sont tous issus de l’école française.
Si les entraîneurs
français viennent là, c’est qu’ils sont en
général de bons entraîneurs, mais c’est aussi
parce qu’ils parlent français et que par conséquent,
tout le monde les comprend. S’il y avait davantage de pays anglophones
en Afrique, on retrouverait sans doute des entraîneurs de langue
anglaise. L’école française est une très
bonne école. Je suis ravi de voir l’équipe de France
perdre contre le Sénégal à la Coupe du Monde, car
le Sénégal joue sur des bases françaises, mais
sans perdre l’identité du Sénégal. Ce qui
me ferait peur, c’est qu’arrivent des entraîneurs
étrangers, pour mettre en pratique cent pour cent de leurs idées,
cent pour cent de leur culture, en voulant éliminer la culture
du pays où ils arrivent. C’est donc un peu l’avantage
des entraîneurs français, par rapport à d’autres,
de très bien savoir qu’il faut garder une identité
africaine aux équipes africaines. |
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| Africafoot.com
: Vous aimez le beau football, vous parlez de cet esprit africain
qu’il ne faut pas occulter du jeu. Quand on voit la configuration
que Roger Lemerre a choisie pour la Tunisie, celle de Rabier avec le
Burkina Faso, Guy Stéphan avec le Sénégal, Simondi
au Mali, quel est l'entraîneur, pour vous, qui a des chances de
réussir à cette Coupe d’Afrique des Nations ? |
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Charles
Bietry : Je ne crois pas qu’il y ait un personnage unique
qui soit capable d’apporter tout ce qui manque à une équipe.
Les entraîneurs de champions du monde, que ce
soit Aimé Jacquet ou un autre, n’ont pas apporté
cent pour cent de la vérité à leur équipe.
Ils y ont bien entendu apporté beaucoup, mais la vérité
part d’abord des joueurs. On peut avoir n’importe quel entraîneur,
s’il n’a pas des joueurs qui apportent ceux qu’ils
ont en eux, et qui mêlent leur culture du football à celle
de leur entraîneur, il ne peut y avoir de réussite. J’aime
beaucoup Guy Stéphan, sa manière de «sentir»
le football, sa gentillesse et ses bons rapports avec ses joueurs, ce
qui ne veut pas dire qu’il réussira avec le Sénégal.
Dans une Coupe d’Afrique des Nations où beaucoup de joueurs
viennent de l’étranger, de clubs anglais, belges, français,
espagnols, il faut qu’ils aient tous la même envie au même
moment. C’est le plus important dans une Coupe d’Afrique.
A chaque fois que j’ai pu voir une équipe qui n’était
pas animée des mêmes sentiments au même moment, il
n’y avait aucun résultat. Ces joueurs qui participent à
cette CAN sont des joueurs qui gagnent beaucoup d’argent et sont
très différents les uns des autres. Ceux qui gagneront
seront ceux qui auront le même projet, le même but. La compétition
le démontrera. Ce matin, j’ai assisté à l’entraînement
du Sénégal, je suis reparti, persuadé que de Diouf
à Aliou Cissé, bien qu’ils soient tous différents,
ils poursuivront le même but. Nous le saurons après les
matches, surtout après les mauvais matches, et il y en aura. |
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Africafoot.com
: Vous parliez de cet aspect pécuniaire qui rentre toujours
en ligne de compte quand on parle de football professionnel. Aujourd’hui,
on constate que la polémique revient toujours, à chaque
Coupe d’Afrique des Nations. Les clubs européens ne veulent
pas laisser partir leurs meilleurs joueurs, car les joueurs africains
en sont arrivés à un stade où ils sont de bonne
facture, et intègrent de grands clubs. Quel est votre sentiment
à ce sujet ? |
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Charles
Bietry : Je crois que tout le monde a raison, bien évidemment,
les fédérations nationales ont besoin de leurs meilleurs
joueurs pour disputer la Coupe d’Afrique des Nations. Les
joueurs ont envie de revenir jouer dans leurs sélections. Les
clubs ont envie de garder leurs joueurs, ils ont dés échéances
de championnats importantes. Il n’y a qu’une solution, c’est
un aménagement des calendriers. On peut retourner la question
dans tous les sens, même en disant que les équipes savaient
fort bien, en engageant des joueurs africains, qu’ils partiraient
pour la Coupe d’Afrique à un moment. Il n’y a qu’une
vérité : l’harmonisation des calendriers. La Coupe
d’Afrique des Nations doit avoir sa place dans le calendrier international,
et à ce moment-là, le championnat d’Angleterre,
le championnat d’Espagne, le championnat d’Italie, le championnat
de France, le championnat de Belgiq ue
doivent être arrêtés. Il faut qu’il y ait une
justice équitable dans tous les championnats. Une équipe
qui perd ses joueurs à cause de la Coupe d’Afrique est
une équipe en difficulté. On ne peut pas lui reprocher
d’avoir engagé des joueurs africains, à partir du
moment où elle l’a fait de manière légale,
en respectant l’identité et le statut des joueurs. Il faut
donc aménager le calendrier. On ne peut probablement pas planifier
la CAN au mois de juin parce que c’est difficile climatiquement
parlant, mais alors il y a peut-être moyen de procéder
différemment, en conservant la CAN au mois de janvier ou février,
tout en faisant en sorte qu’ils n’y ait pas de championnat
parallèles en Europe au même moment. Il n’y a pas
d’autre solution. |
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Africafoot.com
: Justement, en parlant du mois de janvier ou de février,
la plupart des régions européennes sont enneigées,
les terrains sont mauvais. Il faudrait cesser complètement d’organiser
des championnats à ce moment-là, et laisser la place à
la Coupe d’Afrique. Il faudrait donc que la CAF de Monsieur Hayatou
et la FIFA de Monsieur Blatter puissent s’entendre à ce
sujet. |
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Charles
Bietry : A mon sens, c’est assez simple. Mettre en place
une trêve en Europe, du 15 décembre au 15 février,
ne poserait pas de problème majeur, surtout si les joueurs des
championnats européens s’unissent et passent à 16
ou 18 équipes, ce que tout le monde réclame de toute façon.
On ne jouerait pas quand les terrains seraient mauvais, on ne jouerait
pas quand il ferait froid. Les spectateurs n’assistent pas aux
matches, les terrains ne sont pas vraiment
praticables, personne n’y trouve son compte. Les télévisions
ne diffusent pas le beau spectacle auquel elles ont droit et pour lequel
elles payent. Au vu de toutes ces raisons, le fait que les joueurs africains
aillent participer à la Coupe d’Afrique des Nations pose
des problèmes plutôt mineurs. En Europe, on peut jouer
au mois de juin ou de juillet. Même si les footballeurs ont droit
à des vacances, comme tout le monde, ce ne sera pas plus que
le boucher, le maçon, l’instituteur ou le cheminot. Ils
peuvent avoir trois semaines de vacances au mois d’août,
et tout cadrera parfaitement bien. C’est une affaire de bonne
volonté, de prise de conscience. Il n’y a pas de compétitions
subalternes ou méprisables. La Coupe d’Afrique des Nations
doit être traitée de la manière que le championnat
d’Europe par exemple. |
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Africafoot.com
: Vous avez mis le doigt sur un problème épineux.
On est à la recherche de personnes compétentes pour trouver
des solutions aux problèmes que vous avez posés. Vous
avez apporté votre contribution à la résolution
de cette situation. On entre aujourd’hui dans une configuration
totalement différente. L’espace médiatique africain
a changé, les télévisions africaines sont appelées
à payer des droits, comme partout ailleurs. Cela pose un problème.
Sincèrement, qu’en pensez-vous ? Auriez-vous une solution
à y apporter ? |
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Charles
Bietry : Non, moi-même je ne peux apporter de solution.
Une chose est certaine, il ne faut pas priver les gens, de quelque pays
qu’ils soient,
de l’image. Tout le monde a droit aux images des compétitions
comme celles-ci. C’est un principe de départ. Ceux qui
ont de l’argent doivent en donner, parce qu’il faut payer
ceux qui font le spectacle, ceux qui jouent, la société
est faite ainsi. Cela dit, la solution n’existe pas forcément
non plus. Moi qui ai travaillé longtemps pour une chaîne
à abonnement, lorsqu’il y avait de grands événements
d’intérêt national ou international, je m’interdisais
d’acheter les droits et les laissais obligatoirement aux chaînes
gratuites d’état. Pour un grand événement
comme la CAN, les chaînes nationales de chaque pays doivent avoir
les images avec les moyens dont elles disposent. Il serait scandaleux
de priver, pour des problèmes d’argent, les gens qui aiment
le football, qui ont envie de voir jouer leur sélection, de ces
images qu’ils attendent. |
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Africafoot.com
: Le Kenya a failli ne pas venir à la Coupe d’Afrique
des Nations, car il n’avait pas de moyens financiers pour voyager.
A présent, il doit également payer des droits de retransmission.
Malgré toutes ces difficultés, ils sont toujours là.
Le football africain a fait un grand pas depuis quinze ou vingt ans.
Que pensez-vous de ce développement ? |
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Charles
Bietry : Deux questions se posent : le football africain a-t-il
fait un grand pas dans le monde, ou a-t-il fait un grand pas en Afrique
?
Dans le monde, oui, sans conteste. Les footballeurs africains sont reconnus
au niveau mondial, c’est évident, le football africain
existe réellement sur plan international. Là où
j’ai un doute, sans être forcément le mieux placé
pour l’affirmer, c’est au niveau de l’Afrique. Je
ne suis pas sûr que le football africain y ait tant évolué.
Les structures se sont-elles tant améliorées ? Les entraîneurs
et les éducateurs de jeunes se sont-ils tant multipliés
? Le matériel est-il mieux adapté ? Chaque enfant qui
a envie de jouer au football peut-il réellement le faire ? Je
ne sais pas si la progression a été suffisante à
tous ces niveaux. |
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Africafoot.com
: Des centres de formation se créent en Afrique, mais
on constate qu’ils sont plutôt des centres de formations
pour les centres européens. Mais on ne peut plus revenir en arrière.
Il existe des fonctionnaires dans tous les pays, qui n’ont pas
les mêmes salaires, les PIB des différents pays n’étant
eux-mêmes pas identiques. Pensez-vous qu’on puisse aujourd’hui
instaurer le professionnalisme en Afrique ? |
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Charles
Bietry : Faut-il vraiment instaurer le professionnalisme ? Ce
qui m’intéresse dans le football, ce n’est pas forcément
la finale de la Coupe du monde ou la finale de la Coupe d’Afrique,
mais plutôt, que soit à Douala, à Alger, à
Paris ou dans ma campagne bretonne, que l’ enfant
qui a envie de faire du sport puisse en faire. C’est une merveilleuse
école de la vie, un bel apprentissage des vraies valeurs. L’enfant
se portera beaucoup mieux dans sa vie s’il a fait du sport que
s’il n’en a pas fait. Si l’équipe de France
gagne la Coupe du Monde en ayant bien joué, j’en serai
heureux, mais le petit garçon, dans mon village de Carnac, qui
ne peut pas jouer au football alors qu’il en a envie, c’est
pour moi un échec. Le professionnalisme en Afrique ? Pourquoi
pas, si c’est réalisable. Mais cela n’apporte pas
que des satisfactions. Il ne faut pas commencer par le professionnalisme,
mais par la base, le professionnalisme viendra de lui-même, quand
l’Afrique assumera ses bons joueurs, ses joueurs moyens et ses
joueurs moins bons. Pour le moment, je crois qu’on ne s’occupe
que du très bon joueur, qui devient très intéressant,
mais qui devient aussi presque une marchandise, et qui s’en va.
Ca me choque beaucoup. |
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Africafoot.com
: Vous allez commenter la suite de la compétition à
partir des demi-finales pour une chaîne de télévision.
Lorsque vous êtes ainsi commentateur, qu’est-ce qui vous
fait le plus plaisir ? |
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Charles
Bietry : Avant le match, je ne pourrai le dire. J’ai commenté
un grand nombre de matches, dont les plus grands et les plus beaux.
Je sais seulement que ce n’est pas l’affiche qui m’apportera
le plaisir. Je prends énormément de plaisir à
regarder un match de gamins s’il est bon, à voir jouer
Lorient, une équipe de deuxième division, qui joue un
très beau football que je suis ravi de pouvoir commenter. Mais
ils peuvent produire aussi de très mauvais matches. Je ne suis
pas plus heureux de commenter un match de l’équipe de France
qu’un autre. Je suis très content de commenter la demi-finale
et la finale de la CAN, parce qu’elles comportent des joueurs
que j’aime beaucoup, mais peut-être que les matches ne me
plairont pas du tout. Le jeu sera peut-être étriqué,
serré. Il m’est donc impossible de dire avant le match
à quel moment j’aurai du plaisir pendant le match. |
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Africafoot.com
: Quand on vous voit choisir des matches de deuxième division,
puis de première division, peut-on dire que vous recherchez cette
adrénaline dont vous avez besoin pour relancer votre plaisir
? |
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Charles
Bietry : Oui, complètement. Un match où il ne se
passerait rien, ce qui fort heureusement n’existe pas, parce qu’il
y a toujours quelque
chose de bien, j’en ressortirais frustré, en colère
envers les joueurs, le jeu, le public, l’arbitre. Je recherche
le même plaisir en commentant un match que celui que j’ai
pu ressentir en jouant, ou en regardant un match en tribune. Le plaisir
qu’on peut ressentir en regardant un match est pour moi capital,
beaucoup plus important que le résultat lui-même. Je ne
suis pas attaché au résultat. Si la France n’est
pas championne du monde, ça ne me pose pas de problème.
Si le match est beau, si les joueurs et le public semblent heureux,
si les actions sont belles, le résultat n’a que peu d’importance.
En regardant les matches des équipes africaines, on ressent souvent
beaucoup de plaisir, car ce sont des joueurs qui inventent, qui créent,
qui n’aiment pas se trouver enfermés dans des schémas
stéréotypés, ce qui leur coûte parfois des
carrières en Europe. |
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Africafoot.com
: Vous avez discuté tout à l’heure avec deux
jeunes journalistes camerounais et retardé ainsi le moment d’aller
prendre un verre avec les amis qui vous accompagnaient. Vous avez passé
un long moment avec eux. Avez-vous remarqué le pétillement
de ces jeunes gens qui assistaient à leur première Coupe
d’Afrique des Nations ? Vous êtes vous reconnu à
travers eux ? |
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Charles
Bietry : Je ne sais si je me suis reconnu, mais j’ai vu
que ces garçons aimaient leur métier, je les avais vu
travailler depuis plusieurs heures sans relâche, avec beaucoup
de bonne volonté. C’est un réel privilège
d’exercer ce métier. Mes amis, chez moi, aimeraient tous
être à ma place. Lorsque je commenterai les demi-finales
de cette compétition, ils seront des dizaines de milliers à
désirer être à ma place. C’est un privilège
extraordinaire. Je suis outré de voir des confrères qui
considèrent ce métier comme équivalent à
l’usine et qui ne se rendrent pas compte que c’est un plaisir
fabuleux d’être là. Donc, lorsque je rencontre des
gens qui ont bien compris que ce métier est formidable, que ce
soit dans la presse écrite, à la radio ou à la
télévision, je suis ravi. Quand je dirigeais de grandes
équipes de deux cents personnes, avant d’engager quelqu’un,
j’allais toujours le voir sur un terrain de sport pratiquer son
propre sport. Ensuite, je les engageais si je trouvais mon observation
concluante et révélatrice. |
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