L'Interview Archives
Daniel JEANDUPEUX (Manager): « Quand on est le plus fort, il ne faut pas simplement le montrer en faisant peur, il faut également le prouver sur le tableau des scores»

Par Jacques Roux à Sousse

Africafoot.com : A l’issue d’un match comme celui-ci, quelles leçons en tirez-vous ?
Daniel Jeandupeux : Une fois de plus, nous avons vu le même match qu'à Tunis. Il y a une équipe qui semble prendre la complète mesure de son adversaire, qui se crée des occasions, qui peut marquer deux buts d’écart, qui peut faire en sorte de faire la différence et d’empêcher l’adversaire de revenir. Quand on est le plus fort, il ne faut pas simplement le montrer en faisant peur, il faut également le prouver sur le tableau des scores. Le Cameroun n’a pas su le faire. Nous avons pu voir des actions absolument époustouflantes d’Eto’o, de classement mondial, sauf que de trois, quatre ou cinq occasions, il faudrait marquer un but.
Africafoot.com : Sans critique aucune, le coach camerounais n’a-t-il pas fait une erreur de «coaching», au niveau de son dispositif et de son remplacement, sur le plan gauche, plutôt que de renforcer le compartiment offensif ?
Daniel Jeandupeux : Je ne connais pas suffisamment le potentiel camerounais, mais je pense que, si on a fait revenir Mboma, c’est qu’il n’y a pas quantité d’attaquants de très bon niveau. C’est tout de même Mboma qui marque, Eto’o est exceptionnel, sauf dans la finition, qu’on espère voir venir, ce qui ferait de lui l’un des trois meilleurs joueurs du monde. Mais aussi longtemps qu’un attaquant se crée des occasions, fait des différences exceptionnelles et perd ses moyens devant le but, on reste sur un sentiment de frustration. Il n’a pas marqué ce soir, et toutes les occasions manquées ce soir ont énormément pesé, parce que l’adversaire pense que, l’équipe adverse étant plus forte mais ne marquant pas, elle peut avoir sa chance.
Africafoot.com : Lorsqu’on regarde le dispositif algérien, ne pensez-vous pas sincèrement que l’Algérie en voulait plus que le Cameroun ?
Daniel Jeandupeux : On peut avoir le sentiment que, dès le début, l’une des deux équipes était plus solidaire, avait plus d’envie que l’autre. Finalement, l’impression générale qui s’en est dégagée est que le Cameroun était tout de même la meilleure équipe, qu’elle a eu le plus d’occasions. Ce n’est pas une défaite pour le Cameroun, ce n’est toujours qu’un match nul. Mais aujourd’hui, l’Algérie poursuit la compétition dans une dynamique positive, avec une solidarité et une envie de jouer supérieures à son adversaire. Il faut maintenant que l’Algérie s’applique à conserver ce niveau, car ce n’était que le premier match. Le Cameroun, lui, est quand même « programmé » pour aller au bout de la compétition, donc il a raté sa victoire. L’Algérie ne pouvait pas faire plus ce soir, malgré toutes ses qualités.
Africafoot.com : L’Algérie était bien revenue à ce niveau-là, dans la mesure où, psychologiquement, il fallait rattraper ce but.
Daniel Jeandupeux : Dans un match, on peut faire beaucoup de choses. On peut être solidaire, mais on n’a aucune influence sur les occasions ratées. Il peut y avoir cinq penalties, si l’adversaire ne marque pas, on n’est pas toujours responsable de la situation. Il peut y avoir de la maladresse dans l’équipe adverse. Il y a eu des maladresses dans ce match, il y a eu quatre ou cinq occasions pour le Cameroun, une pour l’Algérie. La seule chose à retenir est le score nul de 1 à 1, et peut-être que l’Algérie a trouvé un groupe.
Africafoot.com : Disons simplement qu’ils ont gagné la bataille du milieu de terrain. Au vu des grosses cylindrées qui se trouvaient face à eux, ils ont su tirer leur épingle du jeu.
Daniel Jeandupeux : Oui. C’est aussi leur volonté qui leur a permis d’arriver à ce résultat. Mais si Eto’o n’avait marqué qu’un but après le premier 1-0, nous ne serions certainement pas là à louer l’Algérie. Il faut encore attendre la suite pour donner un avis sur le groupe d'Algérie, ce ne sera pas facile devant la formation égyptienne qui affiche des ambitions réelles pour la qualification, attendons encore un peu.
Jacques Roux à Sousse

Réagissez...