| L'Interview | Archives |
Mansour
Wade (entraîneur des gardiens de buts du Sénégal)
: «Tout le monde n’a
pas les moyens d’aller préparer des diplômes en Europe»
Par Marion Ndiaye à Tunis |
|
![]() |
|
Africafoot.com
: Mansour Wade, vous êtes l’entraîneur des
gardiens de l’équipe nationale du Sénégal.
Après deux semaines de compétition, quel est votre bilan
au niveau des gardiens de but africains ? |
|
|
Mansour
Wade : Au vu des matches qui se sont déroulés durant
ces deux
semaines, je peux dire que le bilan est positif. C’est le résultat
d’un important travail effectué à la fois dans les
clubs et en équipe nationale. C’est ce travail de fond
qui leur permet de réaliser des exploits durant cette Coupe d’Afrique
des Nations. Hormis mon gardien de but Tony Sylva, j’ai estimé
le gardien du Cameroun, Kaméni très bon depuis le début
de la compétition, de même que le deuxième gardien
de la Tunisie, qui a joué le troisième match. Dans l’ensemble,
je peux dire que les gardiens africains ont beaucoup progressé. |
|
Africafoot.com
: Vous qui étiez gardien de but jusqu'à il y a
une dizaine d’année, trouvez- vous qu’il y ait une
réelle évolution au niveau du jeu ? |
|
Mansour
Wade : Oui, le niveau s’est amélioré et je
dirais que cela est dû à une méthode de travail
différente. A notre époque, nous n’avions pas de
préparateurs pour les gardiens, nous étions livrés
à nous-mêmes. Actuellement, le poste de gardien de but
est si crucial que le préparateur est indispensable. |
|
Africafoot.com
: Vous-même, comment procédez-vous dans la préparation
de vos gardiens ? Insistez-vous davantage sur la préparation
mentale que physique ? |
|
|
Mansour
Wade : Je consacre environ une séance par semaine à
la préparation
physique, mais mon principal objectif est de travailler la vitesse de
réaction et surtout le mental. Le mental d’un gardien est
différent de celui d’un joueur de terrain, car durant 90
minutes, un gardien peut aussi bien faire gagner son équipe que
la faire perdre. C’est donc avec son mental qu’il peut transcender
cette situation. Lorsque l’on passe à coté d’une
action et que l’on encaisse un but, il faut un moral d’acier
pour revenir. J’ai vu des gardiens accablés après
avoir pris un but. Le gardien, c’est d’abord un mental d’acier,
sans cela rien ne va. Il est vrai que le mental prime, mais il ne faut
pas oublier la technique. |
|
Africafoot.com
: Malgré la progression des gardiens africains, nous constatons
tout de même que ces derniers ont du mal à imprégner
les championnats européens. Citons notamment Tony Sylva, deuxième
gardien de l’AS Monaco, qui n’arrive pas a s’imposer
dans le club… |
|
Mansour
Wade : Il s’agit le plus souvent du choix de l’entraîneur.
S elon
moi, le joueur ne doit jamais discuter les choix de son coach. Néanmoins,
je crois que quelquefois il y a un parti pris. En prenant l’exemple
qui m’est familier, je ne peux pas concevoir qu’on ne laisse
ni jouer ni partir un gardien comme Tony. Le laisser jouer, même
dans un club de deuxième division, lui permettrait d’être
continuellement en compétition. En tant que deuxième gardien
de Monaco, je sais qu’un bon travail se fait avec son préparateur,
Jean-Luc Ettori. Mais le poste de gardien de but demande beaucoup de
compétition. Si on donne leur chance aux gardiens africains,
ils s’exprimeront. Le gardien ivoirien de Sochaux Gérard
Ghanhouan, par exemple, produit des matchs extraordinaires. Je le répète,
tout dépend du choix de l’entraîneur. Bien souvent,
ils préfèrent prendre des gardiens avec lesquels ils ont
travaillé dès le plus jeune âge dans les centres
de formations, plutôt que des Africains. Si je devais choisir,
je me battrais pour les gardiens du continent africain, car leurs capacités
sont impressionnantes. |
|
Africafoot.com
: On voit se développer, en France, un diplôme spécifique
d’entraîneur des gardiens de but. Pensez-vous qu’il
serait intéressant de mettre en place ce type de diplôme
en Afrique pour améliorer la formation des préparateurs? |
|
Mansour
Wade : Oui, cela serait très bon pour les Africains. Au
cours d’un séminaire d’une semain e,
j’ai travaillé avec Christian Puxel qui a initié
le «Guide pratique de l’entraînement du gardien de
but», (document que j’utilise depuis que je suis entraîneur)
et je lui ai dit qu’il serait très bon de multiplier ce
genre d’initiatives, car tous les préparateurs des gardiens
sénégalais se sont enrichis. Tout le monde n’a pas
les moyens d’aller préparer des diplômes en Europe,
se sont donc des actions à renouveler le plus souvent possible. |
|
| Marion Ndiaye à Tunis | |
| Réagissez... | ||