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Gérémi Njitap : "La solidarité des Lions Indomptables fait leur force"

Par Jacques Roux à Londres

Chelsea… Rêves de grandeur.
En plein cœur du quartier de Chelsea, au sud de Londres, se dresse "Chelsea village", le fief du Chelsea Football Club. Avec ses hôtels, ses pubs, sa boutique de supporters, ses salles de conférences, l'endroit fait penser à une forteresse en verre. L'atmosphère y est feutrée, presque pesante pour les visiteurs d'une journée ! "On a l'impression d'évoluer sur des poufs... dans de la soie!", dira un badaud à propos du site. Bien vu! Car c'est bien là le but recherché par les propriétaires de cet immense navire. Comme les plus grands d'Europe, le club londonien est en train de se bâtir une âme autour de Stamford Bridge, son stade de football. Situé en plein cœur de l'édifice, l'antre des "Bleus" a lui aussi été rénové il y a à peine cinq ans. Toute cette volonté de sortir de l'ombre des têtes couronnées du football anglais, Arsenal et Manchester United, a failli s'envoler en fumée. En fin de saison dernière, le club, criblé de dettes, était au bord du naufrage. Chelsea FC ne doit sa survie qu'à l'arrivée providentielle d'un milliardaire russe. Tel "Zorro", sorti des profondeurs de sa Sibérie, Roman Abramovich (Photo de gauche) est apparu. Dans un premier temps, ce magma du pétrole a voulu s'offrir Manchester United! L'opération s'avérant quelque peu compliquée, il s'est consolé en achetant l'édifice en ruines. Ken Bates, l'ancien capitaine à bord, n'en croit toujours pas ses yeux! En acceptant l'invitation du Russe à prendre une tasse de thé, l'homme à la barbe grisonnante ne se doutait pas encore qu'il réaliserait la plus grosse plus-value de l'histoire du football britannique. Lui qui, il y a quelques années, avait racheté le club déjà à l'agonie, pour une livre symbolique! Et là, pour 140 millions de livres de plus, il ne pouvait refuser de se débarrasser d'un bébé à l'agonie.
Et le moins qu'on puisse dire est que ce russe de 36 ans n'a pas fait que soulager le malade. Il l'a remis sur pied, en lui injectant quelques millions de livres dans ses caisses vides. Depuis, Chelsea est devenu une des attractions favorites du public londonien. Le club n'arrête plus de faire parler de lui, dans les gazettes. "En trop bien même", disent ses détracteurs. Ceux-là mêmes qui l'ont rebaptisé "Chelski", en hommage aux origines du bienfaiteur. L'homme, qui ne se dépareille jamais de son sourire, est accueilli avec les honneurs dus à son rang, par les hordes de supporters les jours de match. Car, en leur faisant retrouver un peu de leur fierté perdue, il leur a permis d'être à la même enseigne médiatique que les ténors du football international. D'ailleurs, cet été, le seul à rivaliser sur la place avec le "Réality Madrid Show", était bien Chelsea! Pas moins de 11 joueurs de renom sont venus renforcer l'effectif du club. Les Argentins Véron et Crespo, le buteur roumain Mutu, le milieu irlandais Damien Duff, le Français Claude Makélélé, et le Camerounais Gérémi Njitap, pour ne citer que ceux-là. Mais seulement, il y a un couac dans ce cadre qui se veut idyllique. Le club, qui a multiplié les achats, n'a pas dégorgé son effectif. Du coup, Chelsea se retrouve avec 35 joueurs en équipe première! "C'est n'importe quoi!", lancera, dépité, Emmanuel Petit, l'ex-international français (Photo de gauche), en disgrâce avec l'entraîneur Claudio Ranieri. "On peut composer deux équipes de Rugby à l'entraînement. Je n'avais jamais vu ça. Je ne sais pas ce qu'il (l'entraîneur) compte faire avec tout ce monde!" L'ambiance feutrée, signe d'opulence affichée par ce nouveau riche du football cachera t-il longtemps la réalité explosive du vestiaire? Car si Chelsea est bien en train de gagner en prestige, et susciter la convoitise, son effectif est une belle poudrière! C'est dans cette ambiance sereine, voulue sur mesure, qui suscite à la fois espoir et crainte, que nous avons retrouvé le Camerounais Gérémi Njitap. Transfuge de Middlesbrough avec lequel il a sans doute effectué sa meilleure saison professionnelle, le champion olympique était une des priorités de Ranieri à l'intersaison. Et le moins que l'on puisse dire, est que ce nouveau challenge, et les conditions dans lesquelles il l'aborde, ne l'effrayent guère. Bien au contraire, l'homme dégage une sérénité déconcertante. Entretien!
NOM : NJITAP FOTSO
PRENOM : GEREMI SORELE
DATE DE NAISSANCE : 20/12/78
BAFOUSSAM (CAMEROUN)
TAILLE/POIDS: 1,80m/78kg
POSTE : MILIEU
NATIONALITE : CAMEROUNAIS
CLUB : Chelsea Football Club (depuis 2003)
PARCOURS : 1995/96 R. BAFOUSSAM (CAMEROUN),
96/97 C. PORTENO (PARAGUAY),
97/99 GENCLERBIRLIGI (TURQUIE),
99/02 REAL MADRID (ESPAGNE), MIDDLESBROUGH (2002)
SELECTION : A CAMEROUN
PALMARES : CAN 2000,2002
JO 2000.
CHAMPION D’ ESPAGNE 2000
CHAMPION’S LIGUE 2000, 2002
Africafoot.com : Après l’Amérique Latine, la Turquie, le Réal Madrid, vous voilà à Chelsea! Ces changements ne vous posent-ils pas de problèmes d’adaptation ou considérez-vous que tout simplement que ce sont les exigences de votre profession ?
Gérémi Njitap : J’avoue que, quand on est en Afrique, l’objectif de tout footballeur, c’est de traverser les frontières et de tenter l’aventure du professionnalisme. Pour l'art, j’ai Parcouru beaucoup de chemin depuis mon départ du Cameroun. Cela m’a permis d’acquérir beaucoup d’expérience. J’ai commencé par l’Amérique du Sud! J’étais vraiment loin de ma famille, loin du Cameroun et du continent africain. Pour être un peu plus proche du pays, j’ai accepté une opportunité en Turquie, ce qui a été finalement pour moi le début d’une nouvelle carrière. Durant ma première année, j’ai été le meilleur joueur étranger de la saison. Ensuite, j’ai été sollicité par un entraîneur (John Benjamin Toshack) qui fut aussi l'entraîneur de Besiktas en Turquie et qui m’a immédiatement transféré au Réal de Madrid lors de sa prise de fonction. Il avait fait de mon recrutement une priorité malgré le fait que l'on ne me connaissait pas dans ce pays. Je suis par la suite arrivé en Espagne. Comme vous le savez, tout footballeur aimerait évoluer dans de grands clubs comme le Real de Madrid. C’était pour moi l’occasion de montrer de quoi j’étais capable. Après la troisième année, j’ai décidé de partir pour l’Angleterre où ça se passe très bien pour moi à ce jour. J’ai passé une très belle saison l’année dernière, et, c’est ainsi que Chelsea qui suivait mes traces depuis plusieurs années, a enfin pu m’acheter. Aujourd’hui, le début de la saison se passe bien. L’organisation se met en place, l’osmose entre les nouveaux et les anciens devrait se faire rapidement.
Africafoot.com : Il y a de bons joueurs au Real Madrid. C’est l’un des clubs les plus prestigieux de la planète. Vous avez à peu près tout gagné avec le club madrilène. Malgré la concurrence qui y est très rude, vous avez livré des matches assez importants avec cet équipe mythique. Ce qui a permis d’étoffer votre palmarès qui en fait l’un des plus prestigieux du football camerounais. Mais, quand à y regarder de près, il y a quand même une fausse note : votre absence à la Coupe du Monde de 1998 !
Gérémi Njitap : C’était pour moi une année assez décevante. L’année où j’ai signé au Real Madrid, je n’ai pas été sélectionné, mais c’était le choix du sélectionneur de l'époque, Claude Roy. Et voilà qu’aujourd’hui je suis l’un des leaders de l’équipe nationale, l'on peut dire que c'est une belle revanche. Avec le temps, j’ai réussi à m’imposer progressivement. Vous savez le rêve de tout joueur est de porter un jour les couleurs de son pays. Pour ma part, c’est un réel plaisir et un immense honneur de défendre les couleurs de mon pays le Cameroun. Alors, tout ce qui s'est passé en 1998, figure à ce jour dans les oubliettes et il me semble judicieux de regarder devant moi et de me projeter sur l'avenir. Je n'ai pas à me plaindre au vu de mon parcourt.
Africafoot.com : Parlons de Chelsea! C’est le grand club qui se construit. Vous arrivez dans un club où la concurrence domine. En quelques pois, vous réussissez à vous imposer et vous avez même votre fan club. Comment l’expliquez-vous ?
Gérémi Njitap : Quand on a l’occasion de jouer pour des clubs de renom, cela demande beaucoup de travail, de sérénité, de concentration et d’ambition. Je viens à Chelsea avec une bonne carte de visite. Beaucoup de gens ici me connaissaient avant que je ne fasse partie de l’effectif. Maintenant que je joue pour eux, ça leur fait plaisir. Ca nous encourage, nous footballeurs, à travailler davantage pour satisfaire nos supporters. Leur soutien est important et permet aux compétiteurs que nous sommes de nous surpasser. Par conséquent, posséder un fan club permet de savoir où l'on en est et surtout de prendre la température du public qui assiste régulièrement à nos rencontres. N’oublions pas qu’avant d’être un business, le football est d’abord spectacle. Il faut savoir que la reconnaissance dans ce milieu vient du public et ce dernier se trompe difficilement… sauf si l'on ne vous aime vraiment pas.
Africafoot.com : Est-ce facile de s’imprégner d’un nouvel environnement à chaque changement de maillot ?
Gérémi Njitap : Je suis un professionnel, je défendrai les couleurs de chaque club qui m’emploiera. Il ne faut pas cracher dans la soupe. C’est mon métier et je m’emploie à honorer le contrat qui me lie à mon employeur de la meilleure manière qui soit.
Africafoot.com : Durant la Coupe des Confédérations, il y a eu un changement radical du système de jeu. Sont-ce les joueurs qui ont induit ce changement, ou sont-ce les consignes de l’entraîneur?
Gérémi Njitap : L’équipe nationale du Cameroun a été renouvelée à 70%, et nous les cadres, nous avons essayé de mettre les choses sur les rails. Nous avons facilité l’intégration des jeunes joueurs. Il fallait motiver les nouveaux sélectionnés. Malgré ce que l’entraîneur nous disait, nous avons l’habitude de parler entre nous pour faire avancer les choses. Nous connaissons notre potentiel, et nous parlons tactique avant, pendant et après les matches. C’est à nous leaders, de repositionner nos coéquipiers chaque fois que cela est nécessaire. C'est Pierre Lechantre qui nous a permit de prendre conscience du potentiel qui est le notre. J'ai beaucoup de respect pour l'homme et surtout de l'entraîneur qu'il est. Il était important pour moi de le souligner. Pour revenir à ce que je disais, l’esprit de groupe est primordial dans une équipe nationale. La solidarité des Lions Indomptables fait leur force.
Africafoot.com : Si on comprend bien, vous aviez à cœur de faire oublier le faux pas du Japon. Etait-ce vraiment important pour vous de faire oublier à votre public et à vos supporters le faux pas de la dernière Coupe du Monde ?
Gérémi Njitap : Pour nous joueurs qui avons participé au Mondial en Asie (Corée -Japon), il a été question de rectifier le mauvais parcours. Nous avons été appelés à faire venir notre public, à faire en sorte qu’il revienne à nos côtés. Il fallait absolument rassurer nos supporters qui commençaient à douter de notre capacité à rebondir après notre prestation en demi-teinte au dernier Mondial. Et la Coupe des Confédérations était l’occasion de convaincre les plus sceptiques que l’expérience japonaise fait désormais partie du passé pour nous. Il fallait réaliser un bon parcours. C’était nécessaire. Nous l'avons fait et c'est bien pour tout le monde car cela rassure et nous rend plus fort qu'avant, je crois.
Africafoot.com : Malheureusement, un drame est survenu, et c’est un des "Baobabs" qui est tombé. Marco faisait partie des leaders et des penseurs de cette équipe. En cette triste occasion on a pu observer l’esprit de solidarité qui anime désormais les joueurs de la sélection nationale camerounaise. Comment expliquez-vous ce nouvel état d’esprit?
Gérémi Njitap : Dans l’équipe nationale du Cameroun, il n’y a plus de différence entre joueurs. Nous sommes tous égaux, car un joueur sélectionné est un titulaire potentiel. Nous, les anciens, nous aidons les jeunes qui arrivent en sélection à s’intégrer. Quand on est nouveau, on est impressionné. C’est comme lors de notre premier jour d’école, ça se passe bien si vous êtes accepté ; mal, si vous êtes rejeté. Je me rappelle quand je suis arrivé en sélection, et que je voyais François Oman Biyik et Alphonse Tchami, j’étais très impressionné. Je ne voyais ces joueurs qu’à la télévision, et j’étais très impressionné d’être à leur côté. Je me sentais inférieur à eux, car je les admirais beaucoup. Ils arrivaient d’Europe, et le lendemain, nous jouions ensemble. Je n’avais jamais le temps de discuter avec eux, nous n’avions pas de contact réel. Aujourd’hui, nous avons effacé ce système de fonctionnement. Communiquer et œuvrer de concert est bien plus efficace. Nous sommes plus proches les uns des autres. Nous partageons plus de choses, comme certaines activités ludiques. Cela nous permet de nous rapprocher les uns des autres et de nous connaître davantage. C’est cela qui fait notre force actuellement: un jeune n’hésitera plus à discuter avec un plus ancien. Chacun a son mot à dire, et c’est très bien ainsi. C’est cette union qui fait notre force. Par exemple, quand Mézague est arrivé, nous allions faire un match à Yaoundé. Dans le bus, nous lui avons dit de se préparer, car ça n’allait pas être facile. Ce match allait se dérouler entre nous, nous lui avons conseillé de ne pas s’occuper des pressions du public, car ce n’était qu’un match d’entraînement. Nous ne laisserons jamais un joueur livré à lui-même. Nous avons aujourd’hui du résultat parce que tout nouvel arrivant est préparé. Nous avons le devoir de lui déblayer le terrain afin qu'il apporte au groupe tout ce qu'il a dans le ventre. C'est pour cela que les informations et les conseils que les anciens apportent aux nouveaux sont d'une importance capitale pour leur intégration. C'est cela qui déclenche l'émulation du groupe et son entente.
Africafoot.com : La Coupe d'Afrique des Nations (Tunis 2004) approche, et vous avez un titre à défendre. En discutez-vous entre vous ?
Gérémi Njitap : Tous les joueurs de l’équipe sont solidaires. Nous en discutons à chaque fois et cela nous préoccupe tous. Nous sommes conscients de la mission qui est la notre dans cette Coupe d'Afrique des Nations en Tunisie. Nous serons l'équipe à battre et ceux qui y parviendrons gagneront sûrement leur lettre de noblesse. Ils auront tous envie de faire tomber les Lions Indomptables et ça, la tâche ne nous sera pas facilité. Mais avant d'y parvenir, ils trouveront du répondant car nous ne lâcherons rien lors de cette CAN. C'est pour cela aussi que nous sommes solidaires entrez nous. Lorsque l’un d’entre nous a un problème, nous l’accompagnons et lui apportons des solutions. Après le décès de Marc Vivien Foé et l’accident de Valéry Mézague nous avons tous répondu présent. C’est ce qui fait notre force aujourd’hui, je le répète. Maintenant, nous avons la CAN à préparer, et nous n’avons pas de matches à jouer. Or, ce n’est pas à nous de les organiser. Mais cela ne nous empêche pas de faire pression sur nos dirigeants pour qu’ils organisent des matches pour que nous puissions jouer. Je n’entrerai pas dans les détails, mais vous le constaterez vous-mêmes, nous n’avons pas de matches à livrer. J’espère seulement que cela ne nous portera pas préjudice pour le futur. Je ne m’étendrai pas non plus sur le sujet, à chacun son travail. J’ignore ce qui se passe du côté de la fédération !
Africafoot.com : Et à Chelsea, comment jugez-vous l’ambiance depuis votre arrivée au sein du club?
Gérémi Njitap : Tout se passe bien pour moi. Je me suis intégré à l’équipe, je me suis bien adapté à l’Angleterre, comme partout par le passé. Emmanuel Petit et Marcel Desailly ont grandement facilité mon intégration et je les en remercie infiniment. C’est à moi maintenant de montrer que je mérite la confiance qui a été placée en moi et surtout mon salaire. A ce stade, on ne rigole plus, celui qui vous paye à des droits et nous, employés, avons des devoirs. C'est cela le professionnalisme.
Africafoot.com : Quel conseil donneriez-vous à un jeune Africain qui voudrait devenir professionnel ?
Gérémi Njitap : Le secret de la réussite, c’est le travail, la force, la volonté. Il n’est pas facile de s’adapter, mais il faut y croire. Il faut être fort moralement, car arriver ici en hiver c'est loin d’être facile, il faut être discipliné et résistant. Il faut se méfier des tentations. C’est un travail, ce n’est pas un jeu. Il faut tout faire pour parler la langue du pays où on arrive, c'est très important pour communiquer et c’est ce que j’ai fait pour chaque pays où je suis passé. Il faut savoir que la communication est devenu un outil que nous devons tous pouvoir maîtriser de nos jours sinon, l'on se fait massacrer à la moindre occasion. Les médias sont spéciaux par exemple ici en Angleterre, il faut pouvoir communiquer avec eux et présenter un bon profil sur le terrain et en dehors. La maîtrise de l'environnement médiatique devrait être un atout pour le jeune qui débute et encore plus quand il crève l'écran.
Africafoot.com : vous quittez Middleborough, un club moyen, pour un club plus ambitieux, celui de Chelsea. Sur le plan de la gestion et de l’organisation du jeu, l’entraîneur Ranieri compte-t-il sur vous pour tirer les balles arrêtées, alors qu’il y a d’autres artificiers dans l’équipe ?
Gérémi Njitap : Middleborouhg est un club que je n’oublierai jamais. Ce fut ma plus belle saison. J’ai changé de position à Chelsea, je joue dans l’axe, en numéro 6. Quant à mon nouvel entraîneur, il connaît mes qualités. C’est pour cela que j’ai été recruté. Je suis professionnel et le plus important, c’est de jouer. Quand à tirer des coups francs, c’est à lui l’entraîneur d’en décider. Les responsabilités viendront toutes seules, au fil des matches. A l’entraînement, nous sommes trois à travailler les balles arrêtées, et l’occasion viendra de les réaliser. C’est un avantage d’avoir plusieurs personnes qui savent tirer un coup franc. C’est l’efficacité sur le terrain qui fait la différence. Chelsea est un grand club, avec de grands joueurs. Le recrutement se poursuivra, les responsabilités sont partagées. Dans un club comme celui-ci, on travaille moins que dans les petits clubs. Pour moi, le plus important, c’est de réaliser de grandes choses. Etre dans une équipe comme Chelsea me ravit, tout simplement.
Africafoot.com : Peu de gens connaissent l’homme, en privé. Qui êtes-vous réellement ? Vous autorisez-vous parfois quelques écarts ?
Gérémi Njitap : Je suis un professionnel, avec mes propres objectifs. Je ne veux pas rater ma carrière. Cela implique quelques sacrifices. Après une victoire, j’ai envie de faire la fête, mais cela n’est pas possible, car les matches s’enchaînent et requièrent de la discipline. J’aime m’amuser, sortir avec mes amis. Mais mon principal défaut, c’est dormir. J’aime la vidéo, je regarde beaucoup de matches, des films d’action. J’aime le ping-pong, le billard. J’essaye de sortir un peu du monde du football. Mais en pleine saison, il est très clair qu’il faut oublier tout ça et se consacrer au travail. La carrière d'un footballeur est très courte et une année de perdue équivaut à dix ans pour un travailleur normal.
Africafoot.com : On sait que vous êtes un homme de devoir et de cœur. S’il vous était demandé de participer à un match caritatif organisé par le Bureau International du Travail (BIT), par exemple, accepteriez-vous ?
Gérémi Njitap : Oui, car je sais que le BIT milite contre le travail des enfants en Afrique. Ce serait un contrat louable, et je n’hésiterais pas. Je serais disponible immédiatement. Il suffit qu’on me le demande et que mon emploi de temps me permette d’y participer. Je me dois de répondre à ce genre de combat car je n'ai pas oublié que je viens de la rue et que cela aurait peut-être été mon cas ou ma voie. Quand les enfants ont besoin de nous, footballeurs, nous devons répondre présents. Je suis révolté contre les gens qui utilisent l'innocence des enfants et leur impuissance de réaction pour se faire de l'argent... c'est ignoble. Nous n'avons pas le droit de laisser faire cela sur notre continent.
Africafoot.com : Nous achèverons cette interview sur une note triste : désormais, lorsque vous entrez sur un terrain, avez-vous toujours une pensée pour Marc-Vivien Foé ?
Gérémi Njitap : Je ne n’oublierai jamais ce qui s’est passé. Depuis ce jour, à chaque fois que j’entre sur un terrain, j’ai une pensée pour lui, et je n’arrive pas à me défaire de ce sentiment. Nous avons perdu un frère, un compagnon, un ami. Il était pour nous un leader, un exemple. C’est un coup dur pour tous les sportifs camerounais, et plus particulièrement pour ceux qui étaient présents ce jour-là. Tout se qui s'est passé est déplorable et je crois encore à ce jour que l'on aurait pu éviter cela. Je n'en dirai pas plus…*
* Gérémi avait les yeux embués de larmes et nous avons décidé d'arrêter l'interview à ce moment là. Il a mis un bon moment avant de retrouver ses esprits et la conversation a redémarré, micro off, pendant trois heures! Toute l’équipe d’Africafoot.com remercie Gérémi pour sa disponibilité.
Envoyé spécial, Jacques Roux à Londres

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