Le Dossier Archives
L’Angleterre aux pieds de JAY JAY Okocha.

Par Jacques ROUX à Londres
NOM : JAY JAY OKOCHA
PRENOM : AUGUSTINE
DATE DE NAISSANCE : 14/08/73
LIEU NAISSANCE : ENUGU (NIGERIA)
TAILLE : 1,75 m
POIDS : 70 kg
POSTE : MILIEU
NATIONALITE : NIGERIAN
CLUB : BOLTON (depuis 2002)
PARCOURS : 1992/96 E.FRANCFORT (ALL), 96/98 FENERBACHE (TURQUIE), 98/02 PARIS SAINT GERMAIN
SELECTION : A NIGERIA
PALMARES : CAN 1994
1/8 FINALISTE COUPE DU MONDE 1994,1998, JO 1996
Arrivé à Bolton sur la pointe des pieds voilà deux saisons, l’ancien meneur de jeu du Paris Saint Germain s’est imposé dans la Premiership anglaise, au point d’en devenir une des figures de proue. Mis en confiance d’entrée par Samuel Allardyce, dit "Big Sam" (un coach qui s’était fait un devoir de le recruter), et adopté par toute une ville, le « Super Eagle » peut désormais montrer l’étendue de son talent. «Big Sam» est définitivement sous le charme du natif de Enugu, avec lequel il esquisse même des pas de «Juju Music», une fois le récital de ce dernier terminer. La France et son football n’ont malheureusement pas mesuré à sa valeur, l’étendue de la classe du Nigérian. En Angleterre en revanche, le funambule a trouvé chaussure à son pied. Jay Jay – qui tient ce sobriquet en hommage à un membre défunt de sa famille - a retrouvé le plaisir de jouer dans un pays où seul la classe et la performance sont valorisées. Ce qui était loin d’être le cas lorsqu’il sillonnait les terrains de l’hexagone. En Angleterre, Okocha affiche une confiance qui frise l’insolence. No limit ! Il faut le voir pour le croire ! Ce que le capitaine des «Blancs et Noirs» réalise sur un terrain, dépasse parfois l’imagination ! Quand certains jouent au football, lui s’amuse, dessine des figures, tout en caressant le ballon. Et le ballon, redevenu son fidèle ami adore ça. Enfin, l’artiste revit… pour le plaisir de nos yeux.
Depuis notre arrivée à Londres, les médias anglais n’en ont que pour lui. Jay Jay à gauche, Okocha à droite. A vous faire perdre la tête. Comme le personnage sur un terrain de jeu. De plateau de télévision en émission de radio, Jay Jay qui a retrouvé la langue de Shakespeare, plus familière que le turc, l’allemand où le français, se montre à son aise. «Quand je suis arrivé en Angleterre, plusieurs observateurs se demandaient si je pouvais m’adapter à la Premiership, surtout avec les déboires que j’ai connu au Paris Saint Germain en France. Je crois que j’ai tenu mon pari et aujourd’hui, beaucoup ont reconsidérés leur position», déclare Okocha. Avant d’ajouter, «Tout ce que je fais sur un terrain, rentre dans le cadre de ma sensibilité et de ma conception du football. C’est un sport qui doit d’abord être un spectacle, c’est pour cela que je fais des gestes qui plaisent et qui donnent du plaisir à tout ceux qui viennent voir Bolton. Les fans doivent prendre du plaisir, c’est ce que je m’emploi à faire car ils ont payés pour voir cela aussi.»
Comme plusieurs gamins qui ont fait leur classe dans la rue, et la poussière ocre des villages africains, Jay Jay a la magie dans les jambes. La rue, c’est là précisément que l’on travaille, sans s’en rendre compte, des gestes qui émeuvent les fans sur le vieux continent. La dextérité avec laquelle il manie le ballon, ne laisse aucune place au doute. A lui seul, il est un spectacle, une attraction. Mais, comme tout artiste, il connaît aussi le revers de la médaille. Et les gestes qui enflamment les travées du Stade de Bolton ne font pas que des heureux. «Cela rend souvent Big Sam furieux car je lui donne des frayeurs, mais l’essentiel est de réussir mon geste et ça il apprécie. Il commence à avoir l’habitude et nous avons un code pour cela, c’est un grand entraîneur, un grand homme qui a une grande sensibilité. J’ai un énorme respect pour lui, il sait qu’il peut compter sur moi. Pour revenir au football sur le terrain, il faut savoir que c’est avant tout un jeu, nous venons pour donner le meilleur de nous même sur un terrain. Vous avez apprécié mes dribles, mes passes, mes coups de foulards, mes buts, vous reviendrez. Je donne un accent particulier au résultat et à la progression de mon équipe, je suis à son service.»
Aujourd’hui, Okocha a le visage illuminé par la joie, il respire la vie, nous l’avons senti plus enthousiaste que lors de son passage au PSG, surtout avant son départ du club vers Bolton en 2002. Quand on évoque cette période parisienne, il déclare, «Mon départ du Paris Saint Germain a été conditionné par plusieurs choses. Le club se trouvait dans une position délicate et le manager de l’époque m’a fait savoir qu’il ne pouvait pas me garder avec le salaire qui était le mien. Je lui ai dit que si cela ne convenait pas, je serai obligé de partir car je me retrouvais en fin de contrat. Et quand j’ai eu Big Sam au téléphone, j’ai compris que la suite de ma carrière ce sera à Bolton. C’est un homme fantastique qui mérite tout mon crédit car il a énormément apporté à ce club. Je prends du plaisir aujourd’hui à jouer au football et c’est pour cela que je dois donner du plaisir aussi à tout ceux qui viennent voir Bolton. Tous les gestes que je fais sur un terrain font partie de ma conception du football, ils ne l’ont pas compris en France, sauf Alain Giresse et Charles Bietry. C’est Charles qui m’a convaincu de rejoindre le club parisien et il m’a proposé un salaire digne de mon rang… cela n’a pas été apprécié par le milieu sportif français.» Pas rancunier pour un sou, Jay Jay n’a jamais oublié l’affection que lui portait le public parisien, qui l’a toujours soutenu, «ils étaient formidables, eux au moins savaient ce que je pouvait apporter si j’étais en confiance. Ils ont fait une chanson pour moi, j’ai apprécié, en plus elle est très belle, j'en profite pour leur dire merci».
A la question de savoir combien de temps il resterait encore à Bolton, Jay Jay a arboré un large sourire. «la porte est ouverte à toutes les propositions, mais j’adore Bolton et ma vie pour l’instant est ici. J’ai l’amour du public, celui du club, de mes partenaires et celui de Big Sam. En fait, je ne sais pas si j’irai ailleurs, j’ai tout ce qu’il me faut dans ce club. Où voulez-vous que j’aille pour être plus heureux ?» Dimanche dernier (07/12/03), la chaîne de télévision privée, Sky Sports, dans son grand format de hebdomadaire, lui a consacré toute la matinée. C’est ainsi que l’on a pu apprécier ses différents passages en clubs, de l’Allemagne, en passant par la Turquie et la France, avec des buts à vous couper le souffle. Bref, des chefs d’œuvre, comme celui marqué à Oliver Khan, durant son séjour à Francfort, où il avait passé en revue sept joueurs de Karlsruher avant de tromper l’actuel gardien de la Manschaft. Jay Jay est une perle du football mondial. Et ses exploits répétés sur les stades anglais méritent une bien meilleure audience. Si le Nigérian avait été international Anglais, Français où Espagnol, ses «gris-gris» et ses actions d’éclats seraient passés sur toutes les antennes, jusqu’à saturation. Cependant, une conviction nous habite désormais. Monsieur Okocha fait parti avec les Zidane, Henry, Ronaldo, des tous meilleurs joueurs de la planète. Mais seulement voilà. Comme nul n’est prophète dans son pays, Jay-Jay n’est pas reconnu des siens. Du moins pas à sa juste valeur.

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, Jay-Jay n'a jamais été couronné roi en Afrique. Certes, il figure régulièrement parmi les nominés pour le ballon d'or africain.Toujours placé, mais à l'arrivée, jamais récompensé. C’est à se demander si les responsables de la cérémonie du désormais célèbre MTN CAF AWARDS, qui récompense les meilleurs footballeurs africains de l’année, suivent les exploits de tous les Africains à travers le monde. Son camarade de club, Emerson Thome, le Brésilien qui a évolué dans plusieurs championnats et dans des clubs prestigieux comme le Benfica au Portugal dira, «Jay Jay est un joueur impressionnant qui a une technique individuelle au dessus de la normale. Et en plus de cela, il met son savoir faire au service du club. J’ai du plaisir à évoluer à ses côtés, il donne une grande impulsion au groupe et son statut de capitaine est mérité à Bolton. Nous savons qu’il peut débloquer une situation difficile et nous sommes en confiance quand il est sur le terrain. C’est un joueur formidable.»

Nous sommes content d’avoir constaté que l’artiste était toujours égal à lui-même. Et qu’il avait retrouvé la flamme qui l’habitait au milieu des années 90. Nous avons été fasciné par cet homme heureux et épanoui, qui parle comme il joue au football, et toujours disposé à nous ensorceler encore longtemps. Qui s’en plaindra ? Pas nous en tout cas. Et certainement pas Big Sam (Photo), même s’il doit connaître quelques douces frayeurs depuis son banc de touche où il contemple son artiste avec les yeux émerveillés d’un enfant.
Jacques Roux à Londres

Réagissez...