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Nigeria : Les Super Aigles à la recherche de leur passé

Par Emmanuel Huesu à Londres

Le Nigeria ne fait jamais rien comme les autres. Alors que certaines équipes qualifiées pour la phase finale de la Coupe d’Afrique des Nations ont depuis entamé leurs préparation, les Super Eagles, comme le lièvre de Lafontaine, dorment encore. A quatre mois du coup d’envoi en Tunisie, rien de sérieux a Abuja – pas de sélectionneur national, pas de budget arrêté, aucun programme de préparation, bref, un flou total. Agacés par ce manque de sérénité mirifique, certains de leurs collaborateurs, notamment le puissant équipementier américain Nike, vient de mettre un terme à neuf ans de collaboration avec les anciens champions d'Afrique et Olympiques. Nike estime que son image risque d’être bafouée par le désordre qu’est devenu le foot nigérian.
Les joueurs sont inquiets... Le capitaine Augustin Okocha , qui disputera sa dernière compétition internationale en Tunisie , déplore vivement l’insouciance des dirigeants politiques. "A force de dormir sur nos lauriers et de rien faire pour les maux d’organisation qui nous rongent, nous sommes tombés de haut. Aujourd’hui, nous sommes loin du Cameroun et du Sénégal. C’est un scandale". L’ancien capitaine Stephen Keshi, celui qui avait, il y a dix ans, mené les Aigles Verts au sacre de la CAN en Tunisie, n’attend non plus un exploit récidiviste de ses compatriotes en février prochain. "Nous sommes dans la merde", a-t-il martelé depuis sa résidence aux Etats-Unis. "On attend toujours la dernière minute pour préparer une compétition, alors que ce maudit système nous a toujours desservi . Je m’attends à une véritable catastrophe en Tunisie."
Pourtant, après le fiasco du mondial 2002 au Japon, les autorités nigérianes avaient promis de vite trouver les moyens pour rebondir. Il était question, selon l’ancien ministre des sports, Stephen Akiga, de recruter très rapidement un sélectionneur nationale de haut niveau, afin de préparer la CAN 2004 dans des conditions idéales. Un an et demi après, le public attend toujours l’arrivée du mécène. Deux Français, Bruno Metsu, l’ancien patron de l’équipe de Sénégal, et Alain Giresse figurent dans la longue liste de 32 candidats retenus par la fédération. Metsu décline, Giresse ne donne pas suite. Selon les dernières nouvelles, on avance le nom de l’ancien capitaine Anglais Bryan Robson, au chômage depuis presque deux ans, après son limogeage de Middleborough. Robson, qui a déjà effectué une visite éclair à Abuja, mais aucune lumière n’a été faite sur les discussions avec les autorités. La fédération s’avère aussi avoir d’autres pistes aux Pays-Bas et en Allemagne, mais toujours est–il qu’aucun coach de renom n’est très chaud pour prendre en main une équipe à moins de quatre mois de la CAN.
Ce n’est pas la première fois que les Super Eagles se trouvent dans une telle situation. Avant la Coupe du Monde 1998, Le Serbe Bora Milutinovic n’est embauché qu’a six mois du coup d’envoi en France. Festus Onigbinde, lui, n’a succédé à Amodu Shuaibu que trois mois avant les échéances de Corée-Japon en 2002. Le vague des entraîneurs accentue la pagaille qui sévit au sein du milieu sportif du pays. Seul Clemens Westerhof, le très bavard Néerlandais, est resté au poste durant longtemps. Depuis son départ au lendemain du Mondial 1994, dix entraîneurs, soit un par an, ont accédé à la chaise musicale. Les choses ne sont jamais arrangées par les relations tonitruantes entre la fédération et le ministère de tutelle. Les Super Eagles sont victimes des duels perpétuels d’influence, des magouilles, de corruption, entre deux institutions qui ne cherchent qu’à y trouver leur compte aux dépens de l’équipe nationale.
Pourtant, le Nigeria n’a jamais manqué d’éléments pour exploser sur le terrain, car il dégorge un énorme réservoir de talents. Il peut se permettre d’aligner quatre équipes de grande classe. Apres la génération des Yekini, Stephane Keshi, Daniel Amokachi, Emmanuel Amunike etc... la nouvelle bande menée par le Lensois John Utaka, le Parisien Batholomey Ogbeche, L’Italien Obafemi Martins, les Anglais, Yakubu Aigbeni et Joseph Yobo, ne manque pas d’arguments mais elle est trahie par une gestion brouillonne et un manque d’organisation terrible. En attendant l’arrivée d’un mécène pour mettre de l’ordre, il appartient à Christian Chukwu, le coach intérimaire, de faire le mieux possible pour diriger le navire. L’ ex-capitaine de l’équipe national a déjà assuré la qualification pour la CAN, mais il ne fait pas l’unanimité. Ses choix tactiques sont toujours contestés. Après avoir frôlé l’élimination lors du dernier match de qualification contre L’Angola, ses Super Eagles ont essuyé deux défaites cinglantes, 0-3 contre le Brésil et 0-4 face au Japon, une situation qui rend leur position absolument intenable.
Le Nigeria sera donc au rendez-vous en Tunisie, mais avec quel sélectionneur et avec quelle équipe? On l’ignore. Une chose est quand même certaine: les Super Eagles sont en retard pour leur préparation de la CAN. Mais ils peuvent toujours nous offrir une plaisante surprise comme ils l’ont fait il y a sept ans aux Jeux Olympiques à Atlanta.
Correspondance de Emmanuel Huesu à Londres

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