PEROU 2005 Archives

Le football africain victime de son organisation…!

Par Charly Mouna

On aurait aimé que l’idylle entre les «Babies Scorpions» gambiens et les habitants de Piura, Lima, et autres contrées péruviennes, qui les avaient adoptés, se poursuive. D’ailleurs, rien ne laissait augurer une fin de tournoi aussi dramatique et brutale pour les champions d’Afrique! Avant d’en découdre avec les Pays-Bas, à l’occasion de la troisième journée, les Gambiens baignaient dans la quiétude. Jallow, le capitaine, et ses camarades avaient jusque-là effectué un parcours sans faute, jalonné de succès, aux dépends du Brésil - champion du monde en titre-et du Qatar. Leur aisance laissait entrevoir les espoirs les plus fous. Mais hélas, le sort en a décidé autrement. La rencontre face aux vices champions d’Europe, qu’ils abordaient pourtant avec une marge considérable, a tourné au calvaire. Un but assassin de Marcellis, le capitaine Néerlandais - après celui de Goosens en première période - indiquait recto, le chemin du retour aux Arthropodes!
Les Africains auront beau pousser en fin de rencontre, jamais ils ne parviendront à ébrécher la coque du navire batave. Jamais ils n’inscriront ce petit but qui leur aurait suffit pour franchir l’écluse du premier tour, et poursuivre leur aventure. Troublés dans leur certitude par un adversaire qui a su les faire déjouer, les «Babies Scorpions» ont péché par maladresse. Même Ceesay (Photo), l’attaquant au poison mortel, n’a pu convertir en but le penalty qui devait ramener la sérénité au sein de ces drôles de «Conquistadors» venus de l’Océan Atlantique. Comme la Côte d’Ivoire, moribonde, qui avait depuis longtemps déjà rendu les armes et le Ghana, volontaire mais limité, la pirogue gambienne a elle aussi coulé après trois sorties sur les rives de l’Océan Pacifique. L’Afrique ne verra donc aucun de ses représentants atteindre les quarts de finale à l’occasion de Pérou 2005. Comme en Finlande deux ans plus tôt, où Nigérians, Sierra Léonais et Camerounais avaient connu le même sort. Habitué des podiums mondiaux chez les cadets, le continent subit de plein fouet un deuxième revers consécutif!

Doit-on voir en cela des signes de régression de nos jeunes éclaireurs, incapables désormais de rivaliser avec les toutes meilleures formations de la planète? Hélas, oui. Mais paradoxalement, la formation n’a jamais été aussi florissante et fructueuse sur la terre de l’ébène qu’aujourd’hui. D’ailleurs, les champs d’apprentissage, regorgeant de stars en herbe, s’étirent à perte de vue! A peine germée, comme le café, la bonne graine en est savamment extraite, pour être vendue à l’étranger. Mais que fait-on de la «mauvaise graine», celle qui échappe au tamis, et qu’on ne peut exporter? Que fait-on de ces jeunes, trop frêles pour émigrer en Europe ou d’autres contrées, mais aptes à assurer la relève et à garantir la pérennité de nos championnats? A vrai dire, rien, ou pas grand-chose… Faute d’intégrer des sections de jeunes dans les clubs qui composent l’élite de nos championnats, à peine sortis de la formation, les jeunes sont livrés à eux-mêmes. A seize ans, ils sont catapultés dans la jungle impitoyable des seniors. Un univers qui ne leur assure ni garde-fou, ni protection et où seuls les plus téméraires jouent!

La réussite d’un adolescent ne tient alors qu’à un fil, et la carrière des pousses se trouve hypothéquée dès le départ. Nombreux sont les talents prometteurs qui, par cette politique irresponsable, ont été crucifiés dès leur naissance! Comment peut-on raisonnablement passer d’un statut d’apprenti à celui d’un cadre, sans gravir d’étapes intermédiaires? Aucune structure n’est mise en place pour permettre aux cadets de poursuivre leur progression, afin d’arriver à maturité sans se brûler les ailes! La question du suivi des jeunes, qui hantait déjà les esprits au milieu des années quatre-vingt, lorsque les cadets nigérians remportaient le premier championnat du monde, n’a toujours pas été réglée. Beaucoup de promesses avaient alors été faites par les dirigeants africains, de veiller à l’épanouissement des jeunes, en les dotant de véritables compétitions nationales. Vingt ans après, c’est toujours le grand désert. C’est à peine si le «problème jeune» est évoqué lors des assemblées de clubs, de fédérations, voire de ministères! La politique de l’autruche africaine y est de rigueur, quand bien même ce n’est pas la bérézina! En oubliant d’assumer et de garantir l’avenir de sa jeunesse, les dirigeants africains ont fait régresser le football des jeunes. L’Afrique a ainsi reculé.
En revanche, un grand chambardement s’est opéré autour d’elle, une évolution des moeurs qui s’est faite à ses dépends. En Amérique, en Europe, comme en Asie, on pratique désormais la culture des jeunes footballeurs. Il y a vingt ans, ni Américains, ni Turcs, et encore moins Coréens, ne disposaient d’équipes cadettes, capables d’inquiéter les formations africaines. Or, il faut constater que ces pays ont, depuis, misé sur le suivi de la jeunesse. Leurs clubs, lorsqu’ils ne disposent pas désormais de centre de formation, se dotent de sections de jeunes. Aussi, la plupart des joueurs présents lors de «Pérou 2005» proviennent des catégories inférieures des plus grands clubs des pays. La Turquie, qui fait figure de favorite pour la victoire finale, en est l’expression la plus achevée. Nuri Sahin, Tevsik Kose et leurs équipiers évoluent dans les plus grands clubs du pays, et disputent un championnat régulier tout au long de la saison! Seuls, en Afrique, (à quelques rares exceptions), les clubs ne se sont pas structurés par la base. Et les championnats dans la catégorie? Une vraie misère… quand ils existent. Combien de matches de championnat comptaient les jeunes Africains, avant de soutenir la comparaison avec l’élite mondiale? Une minorité d’entre eux se voit proposer des bribes de rencontres parmi les seniors. Mais qu’en est-il de la grande majorité?

Le constat est accablant sur le terrain. A l’occasion de Pérou 2005, les Africains pourtant doués - à l’instar des Ivoiriens - ont reçu une leçon tactique et d’efficacité de la part de leurs adversaires! Des tournois qui, faut-il le rappeler, sont de plus en plus relevés ! Il serait temps de rectifier le tir, en redéfinissant la politique des clubs et celle du football. L’avenir de notre football devra passer par les jeunes. Donner une chance dans la vie à un jeune, en le faisant accéder à la formation, c’est bien, à défaut d’être suffisant. Lui permettre par la suite de s’épanouir dans des structures adaptées, c’est mieux. Les clubs de l’élite doivent impérativement se doter de sections de jeunes. Il va donc de soi que des championnats de jeunes s’imposent à nos pays! Plus qu’une question de crédibilité, il s’agit de survie pour nos championnats, qui sont en péril. Tant que l’avenir de nos gamins (que le monde entier nous envie), ne sera pas programmé, par nous, il n'y aura point de salut pour le football africain. Seul un «accident» de parcours nous mènera au sommet du monde… Surtout, gardez-vous, chers dirigeants, de prétexter le manque de moyens financiers pour réaliser une réforme indispensable que vous estimez «gargantuesque». Il s’agit bien plus de bon sens et de volonté politique. Et puis, favoriser l’épanouissement de sa jeunesse, en suscitant chez elle l’espoir d’un avenir meilleur, n’a pas de prix. En attendant ce monde idyllique, nous continuerons à récolter, tous, les fruits de votre mauvaise organisation.


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