Le Portrait Archives
Idriss Carlos Kameni, un jeune Lion aux dents longues.

Par Jacques Roux
Nom : Idriss Carlos
Prénom : Kameni
Date de naissance : 18 février 1984
Lieu de naissance : Douala
Pays : Cameroun
Taille : 1m84
Poids : 78 kg
Poste : Gardien
Statut : International A
Club actuel Saint-Etienne
Jean-Lambert Nang et Fon Echekyé, les journalistes de la CRTV (télévision camerounaise) annoncent la naissance d’un gardien de grande classe. Plutôt que de naissance, il s’agit en fait d’une résurrection. Car, en 1999, lors de la coupe du monde juniors au Nigeria, le public avait déjà décelé en lui la rigueur et la détermination d’un futur grand. Avant de cueillir l’Olympe à Sydney en 2000, le gamin rassurait déjà ses camarades, par son autorité de vieux briscard, se permettant en toute décontraction, des gestes pleins de culot. Après cette période faste et pleine de promesses avec les "Lions", Carlos va connaître l’envers du décor au Havre, dans son club. L’éclipse totale. Longue et silencieuse. Mais pas assez pour éprouver la volonté inébranlable de ce gagneur-né à se hisser au plus haut niveau. Pour preuve, après trois ans de disette, dans les terrains champêtres du championnat de France amateur, l’opportunité lui est donnée par Schäfer, le sélectionneur, de renouer avec la compétition de haut niveau, à l’occasion de la coupe des confédérations que dispute le Cameroun.
La confiance à son égard de l’Allemand est sans équivoque. Et Schäfer sait de quoi il parle, lorsqu’il évoque un gardien de but. Lui, qui, par le passé, a découvert le célèbre gardien de but Oliver Khan dans la Ruhr. Ceux qui ont pensé qu’il a perdu de sa superbe en ont pris pour leur grade. Car le natif de Douala affiche la même maestria et la même décontraction. En plus, le jeune homme s’est assagi. Il donne de la voix, et rassure par des gestes pleins de culot qui ne trompent pas sur sa classe. Témoin, cette altercation avec le chevronné Mettomo, pour lui indiquer le sens de la marche, ou encore cet amorti de la poitrine dans sa surface de réparation, devant Adriano, l’attaquant brésilien médusé par tant d’audace. Même face à des artistes comme Ronaldhino, toujours vif et imprévisible, il est resté maître de la situation pendant toute la rencontre. Il rassure par ses relances à la main toujours impeccables. Mais qui est donc ce phénomène Idriss Carlos Kameni, qui se bonifie petit à petit ?
C’est tout simplement un garçon qui a un passé vide de compétition. Un jeune lion à qui la vie n’a pas fait de cadeaux, un footballeur au parcours atypique. En effet, après son passage éclair lors des Jeux Olympiques de 2000 à Sydney, où il a pourtant fait admirer tout le talent qui est le sien, aucun entraîneur sur la planète football n’a voulu lui donner la moindre chance. Il était devenu un Lionceau sans royaume, errant dans les "forêts" et les "plaines", comme une âme en peine. Il n’y a que lui seul qui savait qu’un jour, il trouverait sa voie et son royaume avant de se lancer à la conquête du monde, celui du football. A seulement dix-neuf ans, Carlos attendait le moment opportun pour s’asseoir sur le trône, son trône. Pendant plus de trois ans, sa vie d’errance le mena de banc de touche à différents tests que lui imposaient les entraîneurs de clubs (Espanyol, Pérouse, Juventus, Strasbourg, Saint-Etienne…). Il fera en tout et pour tout, dix matches en trois ans, très peu pour mériter la confiance du sélectionneur national Winfried Schäfer, "Winny" pour les intimes, qui pourtant lui reconnaissait un talent immense. Malgré sa situation précaire, Schäfer le convoquera toujours. Cela l’embêtait de le savoir en difficulté en club et lui donner une place de titulaire aurait soulevé un tollé général du côté des médias locaux.
L’Allemand se décida enfin à lancer Kameni dans le bain lors de la coupe des Confédérations en France, et il ne se trompa point. Carlos est en train d’étaler tout son talent de gardien de but. Comme en 2000 à Sydney, certains spécialistes voient à nouveau en lui le digne successeur de son illustre aîné Thomas Nkono. Toujours est-il que cela n’a pas l’air de le perturber le moins du monde, "Vous savez, c’était la même chose aux J.O. Les médias ont fait des prévisions sur ma carrière future comme aujourd’hui, mais moi je pense d’abord à la compétition et je prends les matches comme ils viennent sans me poser trop de questions, nous verrons le sens que prendra ma carrière après la coupe des confédérations," nous confiera le nouveau patron de la défense camerounaise. "J’ai pensé que ma prestation aux J.O. m’ouvrirait les portes du professionnalisme, mais j’ai vite déchanté car certains ne savaient même pas qui j’étais, j’ai compris qu’il me fallait encore travailler pour mériter le respect, je n’en veux à personne car c’est la dure loi du football, un jour adulé et le lendemain, on peut se faire siffler et rejeter", ajoutera le jeune Lion Indomptable.
Son ancien entraîneur, Jean-François Domergue, se justifiera dans les colonnes du journal l’Equipe , disant qu’il possédait déjà trois gardiens et qu’il n’avait pas besoin d’un quatrième, "…Et puis, il s’est bien fait jeter des autres clubs où il est allé se vendre." Par contre, il n’oublie pas de mentionner que Carlos est encore sous contrat avec le Havre, question de rappeler à tous ceux qui voudront engager le nouvel homme fort des Lions Indomptables, que la caisse havraise attend sa quote-part. Bien joué Monsieur Domergue, c’est aussi cela le professionnalisme. Domergue vient de nous rappeler que le football est un vecteur d’affaires et une puissance phénoménale, c’est aux dirigeants de veiller à ce qu’il ne supplante pas ce sport. Il faut conserver une certaine éthique. A voir le traitement de faveur qui est infligé à ce joueur (vous avez bien lu, quatrième gardien du club!), on est en droit de se demander si Idriss Carlos n’a pas un sosie, qui lui, est bien la doublure du gardien du Havre de CFA.
Si ce n’est le cas, il y a lieu de croire que Monsieur Domergue nous prend pour des idiots. Et tout bien compté, nous étions 40 000 imbéciles à vibrer à chacun de ses exploits, au Stade de France, lors des rencontres disputées par le Cameroun. Oui, des millions (avec les téléspectateurs !) à ne rien comprendre au choix de l’entraîneur havrais. Le niveau du championnat de France amateur est très élevé ! Nous en convenons. Mais tout de même…Avec tout le respect que nous accordons à ses rivaux au sein du club normand, il est tout de même incompréhensible de voir qu’un gardien de la classe de Kaméni ne bénéficie même pas du jeu de la concurrence. Le numéro un des "Lions" est assigné à un statut de remplaçant à vie. Le cas Kaméni ressemble étrangement à celui de Thierry Henri lors de son passage à la Juventus de Turin. L’entraîneur du club transalpin, tout en couvrant l’attaquant français d’éloge, le maintenait dans son statut de remplaçant.
Mais, mis en confiance Outre-Manche à Arsenal, le talent du "frenchie" n’a pas tardé à être reconnu aux quatre coins de la planète ! Cette fois encore, à l’occasion du tournoi des confédérations, la classe du Camerounais a éclaboussé le monde du football. Et la chance de trouver enfin un coach digne de ce nom qui lui fasse confiance va à nouveau se présenter. Et on espère que le prodige saura enfin la saisir. Question de montrer, comme si cela était encore nécessaire, l’étendue de sa classe.
Jacques Roux à Paris

Réagissez...