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  Le Naufrage du Football Africain : Shocking !

Par Jacques Roux

Le navire du football africain a sombré le lundi 08 décembre 03 aux Emirats Arabes Unis (E.A.U), avec tous ses passagers. En effet, c’est une «journée de deuil» qu’ont connu nos trois représentants encore en course (après l’élimination, au 1er tour du Mali), en championnat du monde des juniors aux E.A.U. Ce naufrage qui touche toute la famille du football du continent, vient relancer le débat sur tout le système de fonctionnement et la gestion de ce sport sur nos terres. Il est important d’ouvrir une enquête et de trouver les responsables de cette tragédie, dirons-nous. Le mal est pourtant connu et la sonnette d’alarme tirée depuis belle lurette, mais rien n’y fait. Le ver est dans le fruit et il y a longtemps qu’il n’en est pas ressorti. Alors, revenons sur le terrain et quittons les bureaux qui regorgent de «cadavres» dans les placards.
En effet, après avoir suscité de l’espoir, les pays africains (Egypte, Burkina Faso et Côte d’Ivoire) nous ont laissé un goût amer en ce lundi 08 décembre, à jamais maudit. En dehors des Princes du Nil qui sont tombés les armes à la main, les deux autres représentants du continent de ces ¼ de finale, ont oublié leur football. C’est ainsi qu’en plus d’une prestation médiocre, nous assistâmes à une mise à mort sans réaction véritable des victimes du jour (Burkina et Côte d’Ivoire). Alors, plusieurs questions se bousculent dans nos esprits et nous font perdre notre bon sens. Comment peut-on arriver à une telle déconfiture, alors que tous les observateurs voyaient l’une des quatre nations africaines présentent à ce championnat du monde au moins dans le dernier carré d’as ? De Mama Ouatarra (Côte d’Ivoire) à Mart Nooij (Burkina), en passant par Ali Shehata (Egypte), rien ne réussit à les sortir de la puissance du sort qui leur fut jeté. Ont-ils le sentiment d’avoir apporté des solutions aux gamins dans leurs difficultés? Y a-t-il eu des erreurs de coaching de la part des techniciens africains ? Nous pouvons dire que les responsabilités sont partagées dans ce naufrage. Mais comme dans ce genre de situation, l’entraîneur est le plus souvent seul à supporter la défaite, il va falloir porter sa croix. C’est la dure loi du milieu ou du moins, celle du sport collectif.
Nous devons penser au recyclage de nos techniciens qui sont enclavés depuis longtemps par un manque total de compétition et de structures adéquats. Il faut le reconnaître, à part le championnat d’Afrique des Nations Juniors, les championnats nationaux de cette catégorie n’existent point sur le continent. Aucune rencontre amicale n’est programmée, car aucun calendrier n’existe. Ne parlons même pas des catégories cadets et minimes. Ces fédérations sont pourtant invitées à des tournois internationaux qui fleurissent en Europe, mais elles ne daignent pas y participer. Le Gabon, après la CAN 2003 au Burkina Faso, fut invité au tournoi international junior de Rezé (région nantaise), jusqu’à ce jour personne n’a compris le désistement de dernière minute de ce pays, deux jours avant le début du tournoi. Le président de la fédération, monsieur Placide Ongadza, favorable au projet, avait évoqué un refus de sa tutelle, car selon ses dires, monsieur le ministre ne trouvait aucun intérêt à y participer, les Panthères juniors étant éliminées pour la coupe du monde aux E.A.U. Faut-il une qualification au mondial junior pour participer à ce genre de tournoi ? Voilà à quoi rime la gestion du football des jeunes en Afrique. Les centres de formations sont presque tous des pourvoyeurs de joueurs pour des clubs européens. Shocking !
Et en plus de cela, les programmes de préparation des nations qualifiées, dans les différentes coupes du monde, sont quasiment absents. C’est ainsi que nos représentants arrivent pour la plupart dans les compétitions organisées par la FIFA ou la CAF, avec une méconnaissance totale du système de jeu de leurs adversaires, ils les découvrent le jour du match. Comment peuvent-ils travailler sans informations sur les équipes qu'ils sont appelés à rencontrer? Les entraîneurs nationaux ne peuvent même pas effectuer des déplacements pour superviser les potentiels adversaires de leurs poulains, car la raison invoquée est toujours le manque de moyens financiers. Et pourtant, les compétitions européennes se déroulent bien et ces futurs adversaires y sont présents. L’improvisation étant de rigueur dans le «savoir-faire» de nos dirigeants, le résultat ne devrait surprendre personne. Après une présence au premier tour d’une compétition comme celle des E.A.U, chaque nation touche la rondelette somme d’un million de dollars américains (1.000.000$). Comment est répartie cette somme ? A qui profite le crime ? Vous ne le saurez jamais ! Le constat est clair, le football africain est une bâtisse sans fondations, à la moindre tempête, c’est l’effondrement de cette dernière. Et pourtant, ses dirigeants sportifs veulent des victoires sans rien faire pour y parvenir. Alors, ne cherchons pas à obtenir le beurre et l’argent du beurre, avec en prime… la crémière ! Reprenons-nous, en repensant notre politique sportive, en relançant le football des jeunes qui est la base de sa fondation et le futur de sa solidité, de sa réussite.
La Confédération Africaine de Football (CAF) et la FIFA font tout en ce moment pour installer, par le biais du projet Méridien et le projet Goal, des centres de haut niveau et obligent les fédérations nationales à se structurer (constructions de sièges sociaux et de sites Internet). Ils fournissent déjà les fonds nécessaires, ils ne viendront pas aussi organiser des championnats cadets et juniors sur le continent. Et puis quoi encore ? C’est trop facile d’attendre éternellement des aides et de profiter du travail des autres, s’il n’y a aucune volonté, alors la flamme du football de notre continent, qu’entretiennent nos jeunes, qui poussent comme des bananiers, finira un jour par s’éteindre.
Au fait, que faut-il retenir, après les éliminations successives des nations africaines ? Tout simplement que beaucoup reste à faire, le chemin est encore long à parcourir. Tout passe par le travail… toujours le travail ! Nous avons découvert un bon crû de footballeurs africains lors de ces 14èmes championnats du monde juniors, il serait temps de découvrir de bons dirigeants du football sur le continent, car «le football a besoin de personnes capables de le servir, pas de s’en servir», a déclaré Issa Hayatou, le Président de la Confédération Africaine de Football lors d’une interview accordée à AFRICAFOOT.COM à l’hôtel Marriott, au Caire, après l’inauguration du siège de la CAF. Méditez là-dessus, chers dirigeants sportifs, plutôt que de penser à vos jetons de présence qui avoisinent les mille dollars par jour (1.000$), lors des réunions organisées dans le milieu du football. «Le monde est formidable, vivons seulement.»
Jacques Roux

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