CAN Juniors 2001
L'Afrique et ses Enfants
En 1991, la Confédération Africaine de Football (CAF) prend une initiative d'envergure. Elle instaure un Championnat d'Afrique Junior copiée sur la formule de la Coupe d'Afrique des Nations Seniors qui prévalait dans les années 70 et 80 avec huit équipes réparties en deux Groupes, et des demi-finales croisées entre les premiers et les seconds de chaque poule. Le pari que prenait la Confédération Africaine (CAF) sous l'ère Président Issa Hayatou était d'autant plus osé que la crise économique perdurait sur le continent. La CAF, qui n'a pas ménagé ses efforts, réussi à surmonter un bon nombre de difficultés auxquelles elle était confrontée telles que le financement du projet ou l'harmonisation des calendriers. En revanche, la création de championnats juniors dans les différents pays, qui était une condition indispensable pour la mise en place d'un championnat d'Afrique de la catégorie, (avec de vrais juniors s'il vous plait!) n'a pas abouti. L'Afrique a même cultiver le paradoxe d'accueillir la première Coupe du Monde Junior de l'histoire à Tunis en 1977, alors que la CAF ne disposait pas encore d'une compétition à l'échelle continentale!

Bref, le 22 février 1991, après bien des péripéties naissait enfin la nouvelle Coupe d'Afrique des Nations Junior. Cette formule, qui regroupe dans un pays les 7 qualifiés issus des tours éliminatoires ainsi que le pays organisateur, va donner une nouvelle dimension à la compétition. Pour la première fois, les jeunes auront une épreuve à l'échelle continentale bien à eux, avec seize matchs pour distinguer le meilleur. L'ancienne formule qui prévalait depuis la création de la CAN en 1979, consistait en des affrontements par matchs allers-retours avec éliminations directes.
Le véritable but de cette CAN était de servir de tournoi qualificatif pour le Championnat du Monde. Dorénavant, en plus de qualifier le vainqueur et ses dauphins pour le mondial, la CAN Junior va couronner un Champion d'Afrique, et aussi permettre de mieux apprécier les forces et les tendances qui se dégagent sur le continent.
Les premiers Championnats d'Afrique sous l'ancienne formule qui se sont disputés entre1979 et 1989 ont été marquée par une domination écrasante du Nigeria. Omniprésents tant sur le continent que sur la scène internationale, les "Flying Eagles" vont remporter quatre de ces six championnats, et se qualifier consécutivement à quatre reprises pour la Coupe du Monde. Entre 1983 et 1989, ils vont respectivement venir à bout de la Côte d'Ivoire, de la Tunisie, du Togo et du Mali.
1979 - Algérie Premier Vainqueur
Si les "Aiglons" Nigérians ont dominé les premières années de la compétition, c'est à l'Algérie que revient l'honneur d'être le premier pays à remporter la CAN, en 1979.
Vainqueurs dans la douleur de la double confrontation qui les oppose au "Syli National" à Conakry (1-2) l'Algérie remporte la 2ème manche sur son terrain à Alger (3-2). Les "Fenecs" d'Algérie seront qualifiés pour disputer la 2ème Coupe du Monde de la catégorie, au Japon en 1979, en compagnie de leurs valeureux adversaires Guinéens. Tout au long de leur parcours, les algériens vont révéler des talents comme le buteur Djamel Menad, ou le milieu de terrain Nacer Bouiche, deux hommes qui vont très vite intégrer la Sélection Nationale.
1981 - Egypte Vainqueur du Cameroun
Deux ans après l'Algérie, ce sera autour des "Pharaons" d'Egypte de s'illustrer. Après un match nul (1 - 1 ) à Yaoundé au Cameroun sur le territoire des "Lionceaux ", les jeunes "Pharaons" emmenés par leur milieu de terrain à la technique hors paire Tahar Abou Zeid, vont facilement venir à bout du Cameroun de Louis Paul Mfédé et Ernest Ebongué (2-0), à Alexandrie (Egypte).
Cinq ans plus tard, les mêmes protagonistes vont se retrouver en finale de la CAN des "grands" au Caire, pour un nouveau triomphe des Egyptiens, mais cette fois aux tirs aux but. Le Cameroun qui avait remporté la toute première coupe d'Afrique des Nations de son histoire en Côte d'Ivoire en 1984 au détriment du Nigeria (3-1), avait déjà puisé dans sa réserve de juniors pour rebâtir une équipe conquérante, digne de celle qui avait échoué aux portes de la qualification pour le deuxième tour lors du mondial espagnol en 1982. Ernest Ebongué, Bonaventure Djonkep, Louis Paul Mfédé, Alain Eyobo, Herman Kingué, Bertin Ollé-Ollé, avaient ainsi rejoint les Lions, dès 1983.
1983 / 1989 - Domination Nigeriane sur la CAN Junior
De 1983 à 1989, la CAN Junior sera la "propriété" du Nigeria. Si le pays n'est pas doté d'un championnat de jeunes digne de ce nom, il est déjà mieux structuré que ses voisins pour ce qui concerne la détection des jeunes talents, qui fleurissent partout tant le potentiel humain est immense. L'encadrement des jeunes pousses est méthodique, et élaborés par des éducateurs qui sillonnent le pays et à qui rien n'échappent. Tantôt relais des parents, psychologues ou gourous selon, mais remarquables tacticiens, ces hommes sont à la base de la suprématie du football nigérian dans les catégories jeunes. Parmi ces "fabriquants" de champions, Olatundé Disu peut être fier de son oeuvre car, la plus part des nigérians qui se sont illustrés depuis le début des années 80, ont été façonnés par lui. Pointilleux à l'extrême, cet homme qui ne prêche que le culte de la victoire ne laisse rien au hasard. Pour lui, la compétition n'est pas un jeu. Et la victoire bien sur, un impératif. On lui reproche d'ailleurs ses méthodes de préparation commando. Mais le "barbu" n'en a cure. Champion du monde Cadet en 1985, il mènera ses joueurs en finale de la Coupe du Monde junior en 1989.
Tout au long de ces années fastes, le football nigérian va révéler des joueurs de grands talents, comme le gardien Wilfred Agbonabare, l'attaquant Tarila Okorowanta, Humphrey Edobor le milieu de terrain,qui vont donner au Nigeria son premier titre au détriment des jeunes ivoiriens Guédé Gba,Gnato Gbala,Kassi Kouadio , Ben Salah, Youssouf Fofana (2 - 2 à Abidjan puis 2 - 1 à Lagos) en 1983. L'année suivante, tout ces joueurs vont se retrouver pour disputer la Coupe d'Afrique des Nations (Abidjan84) en Côte d'Ivoire.
1985 - Nigeria vainqueur de la Tunisie
En 1985, c'est la Tunisie des Chokry El Ouaer, Ali Mahjoubi, Jameleddine Limam qui tombent à son tour devant les "Flying Eagles" (1-1 à Tunis et 2-1 à Lagos ). Dans cette équipe nigériane, très dominatrice malgré le score étriqué, se distinguaient déjà, Alloy Agu, le gardien, Adrew Uwe, le solide défenseur, la "flèche" Okosiene, et la "Starlette" de l'équipe, Samson Siasia qui allait signer pour un long baille avec les "A", et former avec Rashidi Yékini au début des années 90, un des duo d'attaque les plus redouté du continent.
1987 - L'Aigle Nigerian domine L'Epervier Togolais
1987 c'est au tour des jeunes "Eperviers" du Togo de finir entre les serres des "Flying Eagles". Battus à Lomé (1-2), Bachirou Salou et ses camarades seront surclassés au stade Suruléré de Lagos (3-0), par une formation nigériane qui avaient énormément puisé dans l'équipe cadette, première Championne du Monde de sa catégorie, deux ans auparavant en Chine, face à l'Allemagne (2-0 ). Nduka Ugbadé, le défenseur,William Okpara le dernier rempart et surtout Jonathan Akpoborie et Etin Esin étaient les joueurs clés de cette formation. La famille du football africain perdit les traces de Etin Esin qui, pour tous les observateurs était le meilleur joueur de sa génération et avait un avenir prometteur. Une sombre histoire en Belgique l'a contraint de s'exiler au Portugal où il sombra complètement faute d'assistance.
1989 - Le Dernier Sacre des "Flying Eagles" Nigerians
La double confrontation qui va mettre aux prises les "Aiglons" du Mali à ceux du Nigeria en 1989 sera une formalité pour les seconds nommés (1-2 à Bamako, puis 2-0 à Lagos ). Les Maliens qui avaient jusque là réussi un parcours remarquable en sortant tour à tour le Sénégal, lors des préliminaires, le Maroc au premier tour, l'Egypte au second et en fin, l'Algérie, tombe cette fois sur beaucoup plus fort que lui. Malgré ce double revers, l'exploit réussi par Mamadou Tollo et ses équipiers leur a permis de se qualifier et d'accompagner en phase finale du mondial, les "Flaying Eagles", version 89 et leurs stratèges, Oladimeji Mohamed, Christopher Nwosu, Mutiu Adpoju qui seront finalistes lors de cette 5ème Coupe du Monde disputée en Arabie Saoudite.
1991 - Nouvelle Formule de la CAN - Egypte Vainqueur
Vive la nouvelle formule. C'est à l'Egypte que revient l'honneur d'accueillir les sept autres qualifiés. Les sept? Non. L'Algérie et la Tunisie vont se désister. En plus de ce désistement, la CAF avait déjà enregistrer les forfais en phase qualificative du Burkina-Faso, de la Centrafrique, du Congo (Brazza), l'Île Maurice, et le Togo. Des forfaits qui avaient considérablement perturbés le déroulement de l'épreuve. La nouvelle formule débutait dans la tourmente.
La Tunisie et l'Algérie s'étant donc retirés, ils ne seront que six (3 équipes par groupe ) à prendre le départ de cette nouvelle aventure .Cette double défection aura des conséquences sur le déroulement compétition. Si dans le Groupe B, le Ghana, et la Zambie se qualifient pour les demi-finales au détriment de l'Ethiopie, dans le Groupe A, les choses vont se compliquer car, les trois matchs vont se solder sur le même résultat nul (1-1 ). Un tirage au sort "cruel" va classer la Côte d'Ivoire première, suivi de l'Egypte, et enfin du Cameroun de Alioum Boucar le gardien,qui quitte la compétition sur ce coup du sort. L'Egypte et la Côte d'Ivoire vont d'ailleurs se retrouver... en finale, après avoir respectivement pris le dessus sur le Ghana de Charles Akunnor, et la Zambie de Dennis Lota, entraînée par Dixon Chama, qui fut finaliste de la CAN 74...au Caire, face à l'ex-Zaire, devenu le RD Congo.
En l'emportant sur le score de deux buts à un, les "Pharaons" Hadi Khashaba, et son coéquipier du National Al Ahly (D1 Egypte), Walid Salah se sont distingués en devenant les premiers Champions d'Afrique. Les Eléphanteaux dirigé par Martin Gbonké Tia à l'image de leur stratège Michel Bassolé obtiennent une deuxième place bien méritée.
Cette première CAN n'a pas eu le succès populaire escompté. Aussi bien au Caire qu'à Alexandrie, le public Egyptien ne s'est manifesté qu'à de rares moments, lorsque les "fenecs" étaient de sortie. Cette coupe n'a pas non plus eu toute sa saveur à cause d'un absent de marque: le Nigéria. Mais où étaient passé les ogres de la compétition? Omniprésent depuis la création, le Nigeria n'a pas été autorisé à prendre part aux éliminatoires de la CAN, par une décision de la FIFA, pour avoir falsifié les pièces d'identitité de ses joueurs. Cette attitude regrettable et irresponsable des dirigeants de la Fédération Nigeriane de Football (NFA), va priver les jeunes (Olympiques, Cadets, Juniors), de toute compétition internationale pendant deux ans. Les nigérians ne seront pas les seuls à connaître ce sort puisque les guinéens qui sont tombés dans les mêmes travers vont écoper d'une sanction plus lourde de la part de la CAF (3ans).



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