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Ambiance chez les Togolais : que d'ombres et de morosité!

Par Boubacar Diakité

Il faudra remonter le temps jusqu’au Caire, pendant la CAN 2006, au pied des Pyramides égyptiennes, puis à la mainmise d'un président de Togofoot qui se permettait tout et n’importe quoi, pour comprendre ce qu'on qualifie en Allemagne de «dérapage des Eperviers pour leur premier Mondial dans l’histoire du pays».
Que dire également du limogeage de l'artisan de tout ce qui arrive en ce moment à ce football méconnu jusque-là sur le continent ? Il s’agit ici de Stephen Keshi. Son glorieux parcours à la tête des Eperviers a fait de lui le meilleur entraîneur du continent. Qui pourrait prouver le contraire? C'est grâce à lui que le Togo est monté sur le toit du monde. Mais comme dirait un vieil adage, «quand on veut tuer son chien, on l'accuse de rage», et Keshi a fait les frais d'un prétendu démêlé dont il ne savait rien. Keshi et le leader naturel du groupe, Emmanuel Adebayor, étaient parvenus à juguler le problème des primes posé en Egypte. Dommage qu'il n'était pas en Allemagne, car ce qui est arrivé aux Eperviers aurait pu être évité.
Ce qui est arrivé aux Eperviers en terre allemande n'est pas un conte ni une fable, mais la pure réalité. Du jamais vu dans l'histoire d'un tournoi de l'envergure du Mondial. La démission de l'entraîneur avant le premier match de son équipe, sa réintégration, puis, pire encore, sa menace de quitter à nouveau l’équipe avant le coup d'envoi de son second match, des joueurs refusant de s'entraîner correctement en signe de protestation. S'en suivit un fauteuil pour deux, partagé entre Winfried Schaeffer et le désormais ancien adjoint de Kodjovi Mawuena. Pour leur premier mondial, les joueurs togolais ont souhaité négocier leurs primes avant la lettre, mais Rock Gnassimbe a refusé et leur a fait une offre ridicule. Ce fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase. Mieux encore, avant le coup d'envoi du match des Eperviers face aux Suisses, certains cadres de l'équipe avaient menacé de déclarer forfait.
Bref, il règne dans l’équipe togolaise une ambiance exécrable, morose et peu favorable au jeu. Rock Gnassimbe, président de la fédération togolaise et le fils de l'ancien président défunt de la république, Eyadema, ont plongé leur équipe dans un marasme total pour leur baptême de feu au Mondial. «L'omnipotent président est à la base de tout. Ce n'est pas une première pour lui. Pour preuve, lorsqu'il était président du Dyto, le Dynamique Togolais, le club de l'armée, il traitait mal ses joueurs et les syndicalistes étaient condamnés à la peine à perpétuité, tandis que ceux qui étaient en règle avec lui et passaient du temps avec lui sans rien faire, étaient souvent emmenés dans son zoo personnel, loin de Lomé, pour admirer ses bêtes. Pour les impressionner, il jetait des poulets aux caïmans!» affirme un journaliste togolais. D’ailleurs, tous les observateurs présents s'accordent à dire que la déroute de l'équipe togolaise n'est qu'une suite d'erreurs du président de Togofoot. « Il a encore un match pour faire parler de lui, avant que ses Eperviers ne rentrent à la maison, après quoi il ira sans doute prendre conseil auprès de ses animaux, et changera probablement d'entraîneur, avant que les élections de décembre prochain ne commencent. En attendant, c’est notre football qui en pâtit », ajoutera encore notre interlocuteur.

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22/06/06