Quel est donc cet oiseau inconséquent qui accepte d'être si bellement plumé ? "Nous pouvons vous annoncer que c'est tout simplement le Nigeria ". Répondra une voix laconique. C'est donc cela ! Pendant qu'on rechigne à se faire égorger par un couteau de cuisine il y en a qui préfèrent la guillotine. Soit, mais quand même ! 50 millions FCFA et sans un sou pour le ministre ! Quel crime ! Ces gens de la Fécafoot, quels radins ! Pendant ce temps,le bourreau continue d'enfoncer son couteau, imperturbable: " Pour nous c'est simple, nous changeons juste le nom du Cameroun par le Nigeria. Si vous vous entêtez à jouer les superstars. Le Nigeria est une grande nation de football aussi. Et puis vous n'avez jamais été champion olympique que je sache!"

Est-ce une voix ou mon imagination de chroniqueur qui entend des voix comme souvent je souhaite en entendre? Pas le temps de réfléchir. D'ailleurs qui se soumet encore à cet inutile exercice, de nos jours, réfléchir? Si vous êtes des hommes de paroles( c'est encore cette mauvaise manie que j'ai de toujours imaginer ce que le cœur pense et que la bouche ne dit pas)… Voici l'ultimatum qui, lui, est vrai et cinglant:

" Nous attendons votre réponse lundi 11 octobre à 9h00, si nous ne l'avons pas, nous considérons que vous avez décidé de rompre le contrat qui nous lie " Et la pluie de conséquences de s'en suivre… Grave week-end donc où tout allait dans tous les sens entre les membres de la délégation, l'Ambassade du Cameroun à Paris et le Cabinet du Premier ministre Peter Mafany Musongè, à l'Immeuble Etoile. Ou pire encore, s'il ne s'est obligé de se saisir de ce dossier diplomatiquement " délicat " dans sa Résidence-même du Lac municipal de Yaoundé.

En tentant de rompre un deal entre deux fédérations liées par un contrat dûment signé, le ministre des sports, Pierre Bidoung Mkpatt, a résolument mis au clair ses intentions. Lui qui déclarait-il y a quelques semaines à peine, dans sa première conférence de presse, vouloir rétablir de l'ordre au sein des fédérations, démontre là qu'il voudrait plutôt mettre un peu d'ordre dans ses poches. Il se bat pour qu'au soir de son départ du ministère il soit un peu plus " lourd " que pendant son entrée. Souvenons-nous le conseil d'un érudit des turpitudes camerounaises qui disait : " Quand vous voyez un ministre faire grand cas d'un simple problème c'est qu'il y a de gros sous au fond " ou quelque chose de ce genre (je le cite de mémoire). Vous vous demandez (et vous avez certainement raison) si à la fin ce match aura lieu !

(Pour vous répondre). Des sources concordantes, le Premier ministre du Cameroun, dans une note datée du Lundi 11 septembre (date d'expiration de l'ultimatum français) serait intervenu en personne auprès de M. Enault pour qu'en fin de compte ne soit considérée que la parole de M Iya Mohamed, président de la Fédération Camerounaise de football, dans son accord pour la tenue du Match France-Cameroun au Stade de France le 4 octobre 2000. Comme cela arrive peu dans des gouvernements " sérieux ", le PM vient là de désavouer son ministre pour donner raison à un président de fédération.
" L'image du Cameroun ne va pas tout de même être piétinée pour une question 50 millions de FCFA ! " Commentera un membre de l'infortunée délégation, après avoir pris connaissance du fax du Premier ministre. (En réalité c'était un murmure ! Les murs ayant des oreilles, les désavoués d'aujourd'hui peuvent être les désavoueurs de demain. Alors il faut éviter de se faire remarquer !)
Il a par ailleurs été demandé à Pierre Lechantre de préparer une liste de joueurs à ramener de Sydney…pour Paris au début du mois prochain ! Et là, reconnaissons-le, c'est encore une autre paire de manches pour qui connaît la nature des relations existant entre Jean-Paul Akono le patron de l'équipe olympique, et le DTN Lechantre. Le premier s'est battu comme un… lion pour "boucler une équipe présentable pour les J.O " et soupçonne par-là même le second de n'avoir pas les mains totalement propres dans cette affaire ! Monsieur Lechantre par contre vient encore de démontrer que c'est lui qui fait la pluie et le beau temps, la crinière et les griffes des Lions -tout adjectifs confondus (seniors, espoirs, juniors, cadets…). Mandat ne lui est-il pas donné " d'en haut " de ponctionner à sa guise dans le camp adverse ? Pauvre Jean-Paul Akono! Encore qu'il nous est difficile de comprendre à quel équilibre jouera la priorité dans toutes ces tribulations: Sydney ou Stade de France ? Une médaille ou l'épate d'avoir joué au Stade le plus beau de France ?

Selon les prévisions les plus modestes, le Stade de France c'est après le sacre olympique. Et dans cette fièvre d'exploits, Eto'o Fils battra certainement Zidane sur ses propres installations. Pendant que Thuram qui aime tant placer l'index sur les lèvres, les bouclera une fois pour toutes quand Gérémy aura fait de lui ce qu'il voudra. Allez, faites nous rêver, les enfants ! l'Afrique a besoin des braves ! Et des faiseurs de rêves ! Une raison de plus pour que le Premier Ministre ne laisse pas l'opportunité au Nigeria de venir se vanter à Paris. La deuxième capitale de l'Afrique francophone. Que les Nigérians aillent se vanter à Londres, qu'ils aillent à Wembley ! Cela ne vous rappelle rien ? Moi non plus d'ailleurs ou du moins pas grand'chose sinon… une fête gâchée il y a deux ans quand un innocent fut mis aux fers et empêcha Chirac de faire un tour… aux pays des Lions ! Il a fallu du temps… et des reports. Des reports et des renégociations pour que Tonton Chirac… consente à fouler le sol des braves carnassiers.

Cette fois-ci, il s'en serait fallu de peu pour que la fête entre ancien maître et éternel esclave fût annulée. Heureusement qu'il y a encore des sages qui savent voir qu'entre prendre un peu d'argent et ne pas en prendre du tout, pour à la fin en payer cent fois plus au donateur, le choix va de soi, logique. Qui ne le comprend pas est désavoué ! Confidentiellement.
Au bout du compte ou si vous voulez, au bout de notre compte, l'administration camerounaise avec ou sans le Minjes n'est pas au terme de ses démêlés avec la Fécafoot. C'est une question d'anciens pauvres qui aspirent au nirvana pécuniaire, opposés aux nouveaux riches héritiers d'une certaine idée de l'enrichissement par décrets et cooptations rapides. Encore un autre exemple ? Entrez plus encore au cœur du sujet en lisant le dossier " Vincent ONANA ". Il illustre fort à propos les coups de poignards et autres crocs-en-jambes entre la fédération et la tutelle, la tutelle, la fédération et les contrats opaques passés avec les sponsors et d'autres mécènes du ballon rond. Tous les couteaux brandis par les administrateurs et les gestionnaires, visent un seul cœur. Celui de l'éternelle victime : le sport camerounais.
Au moment où nous allons nous quitter, quittons-nous avec la seule information honnête qui mérite ici d'être retenue: il y a les Jeux Olympiques de Sydney, (la cérémonie d'ouverture a d'ailleurs lieu ce mardi 12) et il y aura match le 4 Octobre au stade de France. A priori les Coqs face aux Lions, ça devait aller de soi. Mais les " coqs " sont des hommes rompus à la routine de la victoire et les "Lions" à celui des " à-coté " de la victoire. La tradition sera-t-elle respectée ? Y aura-t-il révolution? Maintenant on ne dit plus rien, on se croise les jambes et on attend… les résultats.

T M II

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24 juillet 2000