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La parade sur Seine des Eléphants et des Lions  

Par Faouzi Mahjoub à Paris

L’African Circus du ballon a planté, les 8 et 9 février, son chapiteau sur les rives de la Seine. Lions (camerounais, congolais et sénégalais), Eléphants (Ivoiriens et guinéens) et Aigles (maliens) ont été réunis pour trois spectacles qui ont attiré plus de 25.000 fans du ballon. La palme revient à la ville de Rouen qui a accueilli au coquet stade Robert Diochon, le plus original des duels amicaux: Côte d’Ivoire # RD Congo. A l’origine de cette affiche, l’initiative d’un Normand nommé Claude Leroy, ancien sociétaire du FC Rouen, ancien entraîneur des Lions du Cameroun et du Sénégal et actuel coach des Simbas du Congo démocratique. Leroy convainquit un dirigeant du FC Rouen, le journaliste de Canal Plus Philippe Doucet de faire venir à Robert Diochon les sélections ivoirienne et congolaise. Le projet fut confié à un agent de matchs, Gaël Mahé qui dirige la société genevoise Sport Global Management .Mahé se chargea de la logistique : location du stade, gestion de la billetterie, de la sécurité, du sponsoring et de la communication et négocia les droits de retransmission avec Eurosport. Dans la soirée du 8 février, 12 000 spectateurs dont la moitié composée des supporters des Eléphants et des Simbas répondirent à l’appel et garnirent copieusement les tribunes du stade Diochon. Ambiance de carnaval pour une belle fête du ballon rond.

Didier Drogba présent mais indisponible, Henri Michel le sélectionneur ivoirien s’appuya sur une ossature d’Académiciens (Kolo Touré, Artur Boka, Emmanuel Eboué,Gilles Yapi-Yapo, Didier Zokora, Bakary Koné et Aruna Dindane) auxquels il a joint deux anciens de l’ASEC, Bonaventure Kalou et Guel Tchiressoua, un «vétéran» Cyril Domoraud, un «Marseillais» Abdoulaye Meité, un «Messinois» Marc Zoro et un baroudeur Kroupi. Et de fait, les Eléphants, à la technique individuelle et collective supérieures, déroulèrent sur le terrain. Un jeu bien léché, brillant parfois mais qui pécha dans la conclusion. En face, un adversaire en progrès au plan de l’organisation tactique mais moins maître du ballon, contraint de subir et de défendre en nombre parfois en multipliant les fautes.

Aruna Dindane, le Bruxellois finit, après plusieurs tentatives, par «planter» son but (31è minute). D’une frappe lointaine, le «Suèdois» Muzola Makondele parvint à surprendre Gérard Gnanhouan : 1-1 (45è). Même scénario après la pause. Outrancière domination ivoirienne mais aussi quelques bavures techniques (n’est-ce pas Kalou ?) et contre-attaques parcimonieuses des Simbas au sein desquels Shabani Nonda fit montre d’un esprit collectif exemplaire. Manu Eboué qui a remplacé Zoro sur le flanc droit multiplia les montées. Sur l’une d’elles, il est accroché par Hérita Ilunga dans la surface. Penalty. Kalou fait : 2-1 (87è). Relâchement des Eléphants et contre congolais. Faute grossière de Meité. Penalty. Nonda égalise : 2-2. Joie des supporters.

Dans les salons du stade, Jean-Marc Guillou venu de Beveren soutenir ses Académiciens partage le pot de l’amitié avec Henri Michel et Claude Leroy. Invité à s’adresser aux invités, il réitéra sa profession de foi optimiste : le talent est Africain mais encore faut-il le cultiver et le mettre dans les meilleures conditions pour qu’il s’épanouisse. Claude Leroy ne cache pas sa satisfaction : ses Simbas n’ont pas été ridicules et ils ont leurs chances face au Black Star du Ghana le 26 mars à Kinshasa. Henri Michel est serein : les Eléphants ont de la réserve et avec Drogba l’efficacité sera au rendez-vous.

De Rouen, l’African Circus a pris, le 9 février dernier, la direction de l’Ile de France. Première escale: le stade Dominique Duvauchelle à Créteil. Un stade de banlieue difficile d’accès, venté, flanqué d’une piste en tartan et dépourvu d’une tribune de presse digne de ce nom. Le froid n’a pas découragé les milliers de supporters sénégalais et camerounais de prendre d’assaut l’arène qui a battu son record d’affluence (9.000 spectateurs payants contre 2.000 en moyenne en championnat de Ligue2). La revanche de la finale de la CAN 2002, Cameroun # Sénégal aurait méritée d’être organisée dans un vrai stade de foot, peut-être loin de la banlieue parisienne puisque pratiquement à la même heure, à Saint-Denis, le stade de France accueillait France - Suède et le stade Auguste Delaune les retrouvailles Guinée - Mali.
Côté Lions indomptables du Cameroun, deux nouveaux visages sur le banc, le Portugais Artur Jorge et son compatriote et adjoint Raul Aguas, des absents: Patrick MBoma, Modeste Mbami, Jean Makoun, Mohamadou Idrissou et Valery Mezague et des rentrants qui ont pour noms Benoît Angbwa, Achile Emana, Eric Djemba Djemba et autre Christian Tchuisse. Pas de révolution tactique : un 4-4-2 d’école avec Joseph Désiré Job en soutien du «Catalan» Samuel Eto’o. Côté Lions de la Teranga, le retour de trois joueurs emblématiques l’irrascible El Hadj Diouf et le miraculé du cœur, Khalilou Fadiga longuement applaudi à son entrée sur le terrain et le capitaine Omar Daf et l’absence de deux mondialistes Malick Diop blessé et Salif Diao. L’entraîneur Guy Stephan n’a pas changé de recette: toujours une défense de zone à quatre, trois milieux récupérateurs, un demi de soutien et deux avants de pointe.

D’entrée, ce fut une bataille musclée et sans merci. On chercha plus des deux côtés à se neutraliser qu’à créer, prendre des risques. Des défenses cadenassées, des duels à la pelle, parfois à l’arme blanche. Peu d’espaces pour les attaquants de pointe isolés et mal servis. Du hourrah football à l’aide de longues balles d’assaut expédiées sans élaboration. Bref, une empoignade à …l’européenne qui mit en relief les énormes potentialités physiques de la majorité des acteurs. On s’acheminait vers un Et contre toute attente, ce fut l’excellent Tony Sylva qui craqua à la 87è minute : un relâcha dans ses buts une balle expédiée de loin par Geremi Nchitap. Un petit but qui fit l’affaire d’Artur Jorge mais ne chagrina point Guy Stephan. Et pour cause : la route du Mondial 2006 semble bien dégagée pour les Sénégalais qui n’ont pas d’adversaire de taille. Elle l’est beaucoup pour la bande à Rigobert Song qui doit courir derrière les Eléphants. Certes, à Créteil, elle a récupéré l’esprit de corps et la combativité. Elle a tourné à son rythme sans toutefois retrouver un allant offensif : il est vrai que le Catalan Eto’o qui ne manque pas de challenges motivants avec son club, a mis le pied sur la pédale sur la pelouse du stade Duvauchelle. Fadiga aussi, mais peut-on décemment leur en vouloir ?

Faouzi Mahjoub

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