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Aboubacar OUATTARA (entraîneur TP Akwambe – Gabon): «Nous avons sur notre continent de grands spécialistes, alors unissons-les»
Aboubacar Ouattara est un entraîneur bien connu du côté du Gabon et du continent africain, il se trouve en ce moment au Togo, pour un stage d'entraîneur organisé dans la sous-région par l'UFOA. C'est en voisin qu'il a donc fait le déplacement afin d'assister à la CAN juniors au Bénin, en compagnie d'un autre coach, le Togolais Tchanilé Bana. Il déplore le fait de ne pas avoir été invité, lui et ses collègues, à participer au grand rendez-vous du football africain de la catégorie des jeunes par les organisateurs. L'homme a le verbe haut et ne ménage point les responsables du football africain dans le fonctionnement qui est le leur et surtout dans le traitement qu'ils réservent aux techniciens africains. Entretien!
Africafoot.com: Après un match comme celui-ci, où le Nigeria a infligé trois buts à zéro au Bénin, quels sont les enseignements qu’il faut en tirer ?
Aboubacar OUATTARA: D’abord, le Bénin ne croyait pas qu’il s’agissait d’une compétition de grande envergure et de haut niveau. Aujourd’hui, ils ont encaissé des buts de façon lamentable et se sont réveillés seulement dans les quinze dernières minutes. Malheureusement pour eux, ils ont manqué certaines occasions pourtant très nettes. Ensuite, il faut comprendre que le football doit rester d’abord un spectacle, une grande fête et que nos joueurs doivent sortir de ce carcan tactique dans lequel ils sont enfermés, pour pouvoir s’exprimer et donner le meilleur d’eux-mêmes. L’Afrique régresse au niveau de l’éthique même du football et aujourd’hui, la presse a besoin de spectacle pour vendre ce football. L’Afrique doit recouvrer son côté instinctif.
Africafoot.com: Est-ce une façon de dire que nous tuons actuellement le football africain?

Aboubacar OUATTARA: Ce qui est grave c'est que nos dirigeants vont recruter des novices, des Bleus, en nous amenant des entraîneurs européens, qui n’ont pas grande notion de la conception même de jeu. J’ai très récemment participé à une émission à Lomé, où je disais la même chose. Il y a les universités européennes, où on peut apprendre la méthodologie du football, mais nous avons, avant tout, notre propre conception du football. Je ne critique pas les entraîneurs européens, je ne critique personne, mais je dis ce que pense. Nous avons eu deux entraîneurs européens qui n’ont même pas la qualité que nous, nous avons. J’ai vu jouer le Bénin contre le Gabon en match amical, et j’ai fait le même constat. Serge Devèze a quelque peu failli dans sa mission, l’équipe était un peu désorganisée sur le terrain. A l’inverse, aujourd’hui, le jeune Sia Sia n’a pas fait un grand match, mais il a mis son potentiel en valeur.

Africafoot.com: Ne pensez-vous pas que ce sont peut-être nos dirigeants qui pèchent à certains endroits, surtout dans la gestion de nos techniciens  ?
Aboubacar OUATTARA: Sur le continent africain, nous avons de grands joueurs, de grands entraîneurs, comme Tchanilé Bana, Jean-Paul Akono, Cecil Jones Atturquayefio (Photo), entre autres. Cela démontre le potentiel existant. Nos dirigeants pensent malheureusement que, dès qu’il s’agit d’un Européen, il a tout le potentiel nécessaire pour faire évoluer le football. Je dis «non!». Nous avons de grands entraîneurs sur notre continent, qui peuvent parfaitement correspondre à l’attente de l’Afrique. Mais il faut leur faire confiance, mettre les moyens nécessaires à leur disposition, Nous sommes à l’ère de l’informatique, nous avons besoin de certains éléments pour travailler. Les Européens ont tout, mais on ne donne rien aux Africains. Vous verrez, au fur et à mesure que la compétition avancera, le Nigeria fera partie des candidats potentiels à la victoire. Aujourd’hui, je pense qu’il faut absolument que nos dirigeants reviennent sur terre. Envoyons en Afrique un ministre des sports européen, un président de confédération européen, un secrétaire général européen, et nous évoluerons dans ce sens-là. Nous avons sur notre continent de grands spécialistes, alors unissons-les, plutôt que d’envoyer n’importe qui.
Africafoot.com: Vous qui êtes sur le terrain, que pensez-vous des centres de formation, qui «fabriquent» de jeunes joueurs pour d’autres centres de formation en Europe ?

Aboubacar OUATTARA: Je dirais simplement que c’est lamentable. Nous sommes aujourd’hui dans une logique de continuité de la médiocrité. Nous «fabriquons»  ici des joueurs pour les donner ensuite à d’autres centres de formation. Lorsque ces joueurs reviendront en Afrique, ils seront dénaturés, ils appliqueront ce qu’ils auront appris en Europe. Aujourd’hui, nous sommes partout, nous sommes en Coupe du Monde, mais nous n’évoluons pas, nous n’avançons pas. Il faudrait que nous formions nos propres joueurs, pour nos propres équipes. Les centres de formation sont très importants, mais il faut les canaliser. Il faudrait que les états, les gouvernements, empêchent les jeunes de partir n’importe où, n’importe quand et n’importe comment.

Africafoot.com: Ceci revient donc à dire qu’il faut au moins créer un professionnalisme en Afrique.
Aboubacar OUATTARA: C’est indéniable. Nous versons aujourd’hui des salaires dans certains clubs auxquels ne peut prétendre aucun fonctionnaire. Alors, pourquoi ne pas créer le professionnalisme en Afrique?
 

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