L'Edito Archives

Que reste-t-il du «Black-Blanc-Beur»?

Philippe Piat Président de l’UNFP

 

«Les racistes sont des gens qui se trompent de colère». (Léopold Sédar Shengor)

«Ces dernières semaines, le football a servi de prétexte à certaines exactions qui ont fait ressurgir, dans les stades et parfois même au-dehors, le spectre de la violence et du racisme sous toutes leurs formes. Se servant de l’impact médiatique de notre sport, certains individus, qui se prétendent supporters, se sont comportés comme de vulgaires voyous. Des voyous doublés parfois, ici ou là, de casseurs, de racistes, de xénophobes et d’homophobes.» C’était, en novembre dernier, les premières lignes d’un communiqué de presse de notre syndicat qui avait précédé les deux journées d’actions, par nous initiées, et que tous les joueurs de Ligue 1 et de Ligue 2 avaient menées pour sensibiliser le public, ces vrais supporters avec lesquels nous partageons la même passion, le même amour du football. Dans un même et bel élan, les professionnels français – relayés par toutes les autres familles du football national - avaient dit «non au racisme» et «non à la violence», alors que les actes toujours plus odieux se multipliaient et qu’il était temps, devant leur caractère prémédité et répétitif, de tirer la sonnette d’alarme.

Pascal Chimbonda, l'ex-Bastiais, et son coéquipier Franck Matingou, avaient, en fin d’année dernière, été insultés et molestés pour leur seule couleur de peau… Il y a quelques semaines à peine, lors de la rencontre Bastia-Istres, le même Chimbonda a, de nouveau et pour les mêmes raisons qui n’en sont pas, été la victime de violences verbales à caractère raciste. Sans vouloir jeter l’opprobre sur les Corses et tout en reconnaissant que ces exactions ne sont dues qu’à quelques énergumènes, il ne faut pas minimiser les faits ou, pis, fermer les yeux et détourner la tête pour faire croire qu’il ne s’est rien passé. L’incident bastiais, lors duquel l’Istrien Moussa N'Diaye a également été pris à partie, atteste de la gravité d’une situation qui, si le monde du football n’y prend pas garde, pourrait demain mettre en péril les fondements même de notre sport et les valeurs qu’il véhicule traditionnellement.

Il faut, chaque fois, dénoncer ses dérapages. Il faut continuer, comme l’UNFP le fait depuis des années, à mener des actions préventives, à éduquer, à expliquer car nous n’accepterons jamais que quelques briseurs de rêve se servent de notre sport pour véhiculer leur message de haine. Le football et le sport doivent rester les plus forts. Alors que sa condition sociale aurait pu éloigner Lilian Thuram de ce combat quotidien contre le racisme, sa conscience l’en a sans cesse rapproché. Lorsque le championnat d’Italie est devenu le terrain de manifestations racistes, Lilian est monté au créneau, avec courage et intelligence.

Comme pour beaucoup d’entre nous - peut-être un peu naïvement, mais nous voulions tellement y croire ! -, le triomphe black-blanc-beur de 1998 a été un symbole important à ses yeux. "Notre victoire en Coupe du monde a été, je le pense, un message suffisamment fort. Mais j’ose espérer que la France n’a pas attendu ce succès pour accepter tous ses peuples, ce brassage de communautés, qui la forment et la défendent. Pour moi, nous sommes d’origines différentes, mais pas de races différentes. Ce mot race devrait d’ailleurs disparaître de notre vocabulaire". Voilà ce que Lilian disait, il y a quelques années.

Que reste-t-il, aujourd’hui, de ce triomphe-là? Que reste-t-il de ces rires et de ces larmes de joie, de cette France heureuse et unie, heureuse parce qu’unie. Une France réunie par le football et pour le football, pour le bonheur qu’il procure loin des manifestations quotidiennes de la bêtise ordinaire. Le football, notre sport, était alors un exemple. Il doit le redevenir et le rester.

Crédit photos UNFP

Réagissez...