Le Dossier Finlande 2003 Archives
COUPE DU MONDE CADETS 2003 . LE BILAN DES AFRICAINS

Par Charly Mouna

Au risque de se répéter encore, les championnats du monde cadets sont toujours riches en enseignements. Et les Xèmes de la catégorie qui viennent de s'achever en Finlande, n'ont, bien entendu, pas échappés à la règle. Riches, les championnats du monde. D'abord parce qu'il n'y a pas plus beau qu'une jeunesse qui s'amuse par les temps qui courent. Riches ensuite parce qu'ils ont mis en exergue, le travail effectué par les éducateurs du monde entier et ainsi, la qualité du jeu développée par les sélections qui y ont pris part. IL est même étonnant à ce sujet de voir à quel point certaines équipes, à l'image de la " selecao " brésilienne, ont maîtrisé des schémas tactiques pour le moins complexes. L'équipe du Brésil, vainqueur de l'Espagne en finale (1-0), ressemblait à ces mécaniques composées de vieux briscards, qui n'ont pas grand chose à envier à leurs aînés.
Cependant, ces belles machines à comprimer l'adversaire se construisent au détriment des qualités individuelles, et de la faculté à improviser des acteurs qui les composent. L'harmonie ne laisse (hélas), que peu d'espace aux virtuoses du ballon. Aussi, la marge "autorisées" aux petits génies des stades est donc de plus en plus étroite, quand elle n'existe plus dans bien des systèmes de jeu qu'on a pu observer. Signe que les éducateurs laissent de moins en moins de place aux artistes, qui se comptaient sur les doigts de la main, à l'occasion du tournoi. Heureusement que certains d'entre eux, comme l'espagnol Cesc, soulier d'or (5 buts) et meilleur joueur, sont venus nous réconcilier avec le geste ludique. Pas forcément efficace et encore moins indispensable, mais juste exécuté pour le plaisir des nos yeux.
Chers éducateurs, à l'avenir ne bridez plus ces gamins trop tôt !
La déferlante latine

De tous les football que nous avons pu observer, c'est bien le football latin qui a survolé les débats. La déferlante latine, mais précisément sud-américaine ! Car, si le football latin (en incluant l'Espagne et le Portugal) a été omniprésent, la palme revient à l'Amérique du Sud, et du centre qui ont placé cinq (5) représentants sur les huit (8) possibles en quart de finale. L'Europe quant à elle, a brillé à travers les performances de l'Espagne, et du Portugal. Son troisième représentant la Finlande, après une entrée réussie devant son public, face à la Chine, est restée à quai. Côté asiatique, ni la Chine et encore moins la Corée pourtant appelées à jouer les troubles fêtes ne se sont illustrées. Côté africain aussi. On aurait pu attendre mieux de nos représentants. Après la place de finaliste du Nigeria il y a deux ans à Trinidad et Tobago, et la troisième place du Burkina Faso devant l'Argentine, l'Afrique n'a pas montré un visage radieux lors de Finlande 2003.

La déception africaine.
Il n'existe pas d'autre terme pour résumer le bilan des représentants du continent africain. La déception est globale car jamais depuis l'avènement de ces mondiaux en 1985, et la victoire des " Golden Eaglets " du Nigeria, les africains n'avaient été absents aux quarts de finale. Naïveté. Elle explique en grande partie la déchéance des africains dans ce tournoi. Car, s'il y a bien un point commun entre le destin des sélections africaines, c'est bien qu'elles se sont laissées surprendre ou endormir par des adversaires, au cours de rencontres qu'elles semblaient pourtant maîtriser. L'exemple le plus achevé est celui de la Sierra Léone.
La Sierra Léone méritait mieux.
Les poulains de Musa Kallon après avoir subi la douche froide espagnole à Lahti (menés 2-0), allaient parvenir à renverser la vapeur, grâce à un triplé de leur capitaine, Samuel Barlay . Alors qu'ils se dirigeaient tranquillement vers une victoire probante et historique pour leur première participation, ils se faisaient cruellement remonter durant les arrêts de jeu (3-3). Un manque de concentration était à l'origine de cette "contre performance". Deux jours après, ils allaient répéter un scénario semblable. Après avoir copieusement dominé les Etats-Unis, et manqués des occasions franches de buts par Barley, seul à trois reprises devant Phil Marfuggi le gardien "Yankee", Bangoura Umaru pourtant excellent au poste de libéro, laissait s' échapper Freddy Adu. L'attaquant américain d'origine ghanéenne, ne se faisait pas prier pour inscrire le but de la victoire pour les siens (2-1). Le 20 août face à la Corée, à l'occasion de leur troisième sortie, Alors que les " book maker " et l'ensemble des observateurs les voyaient favoris, les vice champions d'Afrique allaient errer sur le terrain comme des âmes en peine. Sesay Alimany le catalyseur du milieu de terrain et ses partenaires avaient déjà abandonnés aux vestiaires, toutes considérations tactiques. Leurs esprits étaient tournés ailleurs. Sans doute, vers un avenir plus enchanteur que celui proposé à la jeunesse en Sierra Léone ? Toujours est-il que certains joueurs (3) allaient profité de l'aubaine, pour se faire la belle, et demander asile aux autorités du pays hôte.
Un Cameroun inconstant.
Les Lionceaux ont alterné le bon et le moins bon. De la débandade la plus totale au sublime. Les poulains de Anatole Abée ont fait passer leurs supporters par tous les états ! Après avoir tenu la dragée haute au Brésil (1-1) à Temperé malgré les expulsions conjuguées de Gilbert Momo et Etoundi Mbia, les "Lionceaux" camerounais allaient passer à côté de leur sujet face au Yémen (1-1). Un match insipide, au cours duquel ils n'allaient rien montré. Et que dire du match face au Portugal, le 20 août, que les Camerounais, encouragés par Roger Milla en personne, se devaient de remporter pour accéder aux quarts de finale ? Une première mi-temps catastrophique! A se demander si le Portugal de Vieira ne jouaient pas contre des zombies, tant le jeu de leurs adversaires était à l'emporte pièce. Mais, à vingt minutes de la fin, alors qu'ils étaient menés, et bien enterrés (5-0!), les champions d'Afrique allaient retrouver leur fierté, et amorcer un retour incroyable. Sous les coups de boutoir de Serge Ngal, étrangement laissé sur la touche par son coach jusqu'au repos, les "Blancs" (pour la circonstance) allaient revenir à hauteur de l'adversaire lusitanien. Un retour prodigieux, mais hélas insuffisant. Malgré cette élimination, la performance des Ngal, Nguemo, et autre Mawayé, restera à ne pas douter dans les anales du football, comme un modèle d'abnégation et de courage.
Dommage pour les "Aiglets" du Nigeria.
S'il est une équipe qui peut se sentir lésée à l'issue de ce tournoi, c'est bien celle du Nigeria. A égalité parfaite avec les " Ticos " du Costa Rica à l'issue des matches de poules, les joueurs de Augustine Eguavoen allaient être les victimes du tirage au sort entre les deux nations. Un verdict cruel et injuste, qu'il fallut (malheureusement) accepter. Ce pendant, la FIFA devra se pencher sur la question sensible du tirage au sort, afin d'épargner à la victime, le sentiment (légitime) de s'être fait voler... Tout avait pourtant bien commencé pour Ezekiel Bala l'attaquant, et ses partenaires, qui faisaient admirer leurs qualités techniques au public de Turku, malgré le match nul concédé face au Costa Rica (1-). Lors de la deuxième rencontre, alors qu'on attendait le réveil de Isaac Promise l'attaquant de Grays United, jusque-là en demi-teinte, c'est John Mikel, son compère du milieu de terrain, qui allait survoler les débats, en permettant aux "Golden Eaglets", de remporter les trois points du match contre l'Australie. La troisième rencontre de poule face à l'Argentine dirigé par Hugo Tocalli, (meilleur coach avec l'Espagnol Santisteban), allait se solder par une courte défaite (1-0). Malgré les tentatives répétées mais maladroites des Ezekiel Bala et Ogbuke Chinedu, la meilleure formation africaine du tournoi allait montrer ses limites sur le plan physique, face aux taureaux de la pampa, symbolisés par l'impressionnant défenseur Ezequiel Garay.
Pour des lendemains meilleurs.
Mais dans ce désarroi de l'Afrique vaincue, des signes pour le moins évidents nous permettent de rester optimistes quant à la relève des joueurs de qualités sur notre continent. Aussi Ezekiel Bala, John Mikel les Nigérians, Barley Samuel, Bangura Umaru, Sesay alamany les Sierra Léonais, ou les Camerounais Ngal Serge, Nguemo Joel, Mawané Joseph, sont autant de noms à retenir, et de talents en pleine gestation. Mais il est impossible de baisser le rideau sur ces mondiaux cadets, sans évoquer la question de l'encadrement des jeunes footballeurs en Afrique. En effet, à quand de véritables championnats, digne de ce nom, pour les jeunes Africains, sur le continent ? Quant pourront -ils bénéficier de structures suffisantes pour lutter à armes égales avec leurs homologues d'Amérique, d'Europe et même d'Asie ? Les cadets africains, enfants pauvres du football, auront-ils un jour droit à leur propre championnat dans leur pays respectifs ? La question qui n'a toujours pas trouvé de réponse, est pourtant posée depuis le milieu des années 80. L'Afrique a même miraculeuseument réussi à participer et à remporter à quatre reprises, les mondiaux de la catégorie sans que ses joueurs ne bénéficient de structures réelles d'encadrement. Sans réclamer les conditions dont bénéficient leurs adversaires en Espagne, ou au Japon, les jeunes Africains ont le droit d'évoluer dans des conditions plus appropriées que celles qui leur sont honteusement proposées aujourd'hui. Des simulacres de tournois, quant les rejetons n'évoluent pas en équipe première. Pour une poignée de matches seulement par saison! Le problème relève, avant tout investissement financier, d'une volonté politique et bien sur, d'une organisation digne de ce nom. Les dirigeants africains doivent apprendre à construire leur football. A programmer le succès, à partir d'une meilleur organisation à la base. Le constat est là, les footballeurs ont fait leur travail, ils ont montré en plusieurs circonstances qu'ils avaient l'amour du drapeaux, certains sont tombés au combat en défendant ce qui leur est précieux... la nation! Seuls les politiques ont semblent-ils oubliés, jusqu'à ce jour, de faire le leur. Quand sauront-ils que les seuls vrais ambassadeurs du continent africain sont ses enfants footballeurs longtemps négligés et traités comme ceux qui avaient raté leur vie? Aujourd'hui, certains parents préfèrent que leurs progénitures délaissent les bancs des écoles pour fréquenter les gazons, que dis-je, les terrains "vagues" des centres de formations de fortune qui prolifèrent en Afrique. Un signe qui ne trompe plus personne sur le continent, la réussite sociale ne se trouve plus dans les grandes écoles ou l'optention de Bacalauréat et de cinq années d'université ou plus (BAC+5). C'est l'entrée dans un grand club européen qui caractérise cette réussite de nos jours, surtout avec la dévaluation des monaies africaines et de la conjoncture qui prévaut sur ce continent. Il suffit pourtant de pas grand chose pour améliorer, de valoriser ce que tout le monde nous envie aujourd'hui, le FOOTBALL et ceux qui le pratiquent... les FOOTBALLEURS. C'est ce qui nous reste de plus précieux sur un continent embrasé par de nombreux foyers de tension.
Charly Mouna

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