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Coupes d’Afrique des clubs : Le Football, qui s’en soucie ?

Par Faouzi Mahjoub

Après la soupe à la grimace servie à l’occasion de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN 2002) au Mali et la grande bouffe du Mondial Corée – Japon, les passionnés du ballon du continent ont droit à un dessert de goût : les finales des Coupes d’Afrique des clubs. La dernière en date, disputée le 13 décembre au stade international du Caire devant 70 000 fanatiques et une pléthore de ministres égyptiens, qui a opposé Nadi Ezzamalek, quadruple vainqueur de la Coupe des champions (1984, 1986, 1993 et 1996) au Raja de Casablanca, triple champion (1989, 1997 et 1999) a accouché d’une souris. Elle s’est caractérisée par une indicible médiocrité dans le jeu et par des excès de toutes sortes : agressivité incontrôlée, brutalités, simulations répétées …, plongeant dans l’inconfort un arbitre (le Libyen Abdulkarim Shelmani) hésitant et frileux. Un tir lointain expédié, en désespoir de cause par le demi cairote Thamer Abdelhamid et dévié dans sa cage pour le gardien "Rajaoui" Chadli décida de l’issue d’une bataille remportée par le club local (1-0). Et comme s’il fallait boire le calice jusqu’à la lie, la "cérémonie" de la remise du trophée donna lieu à une monstrueuse pagaille ; un annonceur asiatique eut le culot de "squatter" le podium et d’accrocher un message publicitaire juste au-dessus de la tête du président de la CAF, bien esseulé au milieu d’un bataillon de dignitaires, de dirigeants et d’intrus. Dérive impensable en finale de Ligue de champions d’Europe, mais passons…
Le "spectacle" fut loin d’être à la hauteur de l’enjeu sportif dont personne d’ailleurs ne semblait se soucier. Nadi Ezzamalek a "joué" uniquement pour s’emparer de la grosse galette désormais offerte au vainqueur : un million de dollars (environ 655 millions FCFA). Son couronnement (qui, n’en déplaise aux supporters de Nadi al Ahly, en fait le club le plus titré du continent) procède d’une logique : celle du pognon.
Aujourd’hui, nul ne peut le nier : les Coupes inter-clubs (il n’y en aura plus que deux à partir de 2004) n’échappent plus aux forces de l’argent. Le nivellement de la qualité du jeu dans le football africain n’est pas une vue de l’esprit. Dans les compétitions des clubs et notamment la Ligue des champions, les équipes font assaut de médiocrité, alors que la valeur individuelle des joueurs africains n’a jamais été aussi cotée. Il n’est pas excessif de dire que dans ce domaine essentiel qu’est la qualité du jeu, la différence qui sépare les équipes gagnantes (souvent nord-africaines) des plus mal classées est infime. La raison de ce nivellement est évidente : sur le plan collectif, sur le plan tactique, toutes les équipes pratiquent - à quelques nuances près – le même système souvent copié sur un modèle européen (4-3-3, 3-5-2 ou 5-5-1). Il n’est pas étonnant que le spectacle soit d’une désolante uniformité, puisque les adversaires en présence utilisent la même tactique et que le sort des matchs se joue le plus souvent sur une erreur accidentelle (le but de Thamer) ou un exploit individuel explicable par l’ambiance.
D’où vient cependant qu’une hiérarchie parvient à s’établir au fil des matchs et des saisons ? Que certains accumulent les insuccès (cf. les clubs camerounais, ivoiriens, nigérians, maliens, congolais ou sénégalais) et d’autres comme Ezzamalek, Al Ahly, le Raja, l’Espérance de Tunis, la Jeunesse sportive de Kabylie, le Widad de Casablanca ou l’Etoile sportive du Sahel.
Parce qu’il y a des différences dans la somme des valeurs individuelles ? C’est vrai pour des formations faibles. C’est vrai aussi parce que les clubs nord-africains conservent leurs meilleurs éléments (Ezzamalek a un effectif à 100% égyptien) et en recrutent d’autres ailleurs (cf. l’Espérance de Tunis) et que les clubs subsahariens, hauts de moyens, ne peuvent pas s’opposer à l’exode de leurs talents. C’est faux pour la plus grande partie des engagés dans les compétitions inter-clubs comme l’Asante Kotoko de Kumasi, l’ASEC d’Abidjan, le TP Mazembe, la Jeanne d’Arc de Dakar, les Kaiser Chiefs, Orlando Pirates ou le F.C. Sundown… Qu’est-il donc arrivé, par exemple, à la Jeanne d’Arc de Dakar et à Ezzamalek pour connaître des sorts si différents ? Quel est aujourd’hui le facteur qui départage des équipes, similaires sur le plan tactique et de valeur à peu près identique sur les plans technique et physique ? Ce facteur est psychologique et se nomme confiance ou manque de confiance. Il explique les "séries noires" de la majorité et les "séries roses" des "happy few". Mais dans le football nivelé d’aujourd’hui, d’où naît la confiance ? De la conscience acquise par les joueurs de la valeur de leur équipe, valeur qui se manifesterait par une supériorité écrasante dans la qualité de son jeu (que sont les fringants Académiciens de Jean-Marc Guillou devenus depuis leur démonstration de février 1999) ? Cette explication est exclue puisque la qualité du jeu est uniforme.
La confiance ou le manque de confiance des équipes africaines de l’élite actuelle dépend uniquement du montant des sommes dépensées pour acquérir les joueurs, les rémunérer et les récompenser. Dirigeants, entraîneurs, supporters et médias sont convaincus, comme tout le milieu du football, que l’argent est le facteur déterminant du succès. Pas d’argent, pas de confiance ! Et sans vouloir sous-estimer l’efficacité des clubs nord-africains, la valeur de leurs individualités, le niveau de leur encadrement, comment ne pas constater que la confiance qui est la leur depuis cinq ans, repose d’abord sur les millions de dollars, de livres, de dinars ou de dirhams que leurs dirigeants récoltent par diverses voies et mettent à leur disposition. Et comment ne pas ajouter que cette base est assez fragile pour nous inciter à nous extasier devant des équipes qui dans le domaine essentiel du football n’apportent rien de plus que leurs rivaux ? A l’exemple de l’Espérance de Tunis qui se flatte d’avoir l’un des plus gros budgets du continent mais qui n’est pas parvenue, depuis 1997, à remporter la Ligue des champions, échouant par deux fois en finale en 1999 et 2000. La vérité du terrain est heureusement là pour remettre les choses au point.
L’autre paradoxe des compétitions inter-clubs en Afrique est qu’elles se disputent sur des terrains ou des "pelouses" souvent impraticables. Rappelez-vous l’état déplorable des "pelouses" des stades omnisports de Yaoundé, Mobutu à Lubumbashi et Mohammed V à Casablanca….La responsabilité de la dégradation des aires de jeu incombe à l’autorité de tutelle, aux responsables des fédérations et des clubs. Et disons-le : il y sans doute plus terrains gazonnés valables en Ile-de-France que dans toute l’Afrique occidentale ou l’Afrique équatoriale ! A l’issue de la demi-finale de la Ligue des champions Raja -ASEC disputée dans un véritable bourbier et remportée par des "Rajaoui" qui ont fourni des efforts physiques stupéfiants, certains confrères nous rétorquèrent que le terrain était le même pour les deux équipes. Curieuse justice qui oublie le principal intéressé : le football. Cette réponse prouve combien ses auteurs ont peu de considération pour le football et le jeu. Tout technicien averti doit refuser de jouer sur des terrains …impraticables, c’est une attitude légitime. Les organisateurs des compétitions inter-clubs ont pour obligation de protéger le jeu et de veiller à l’état des terrains et au pire à sanctionner les clubs ne respectant pas un cahier des charges. Une bonne pelouse = le respect du jeu. Mais qui s’en soucie?
Faouzi Mahjoub

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