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NII ODARTEY LAMPTEY UN EX-FUTUR "GENIE"
De nombreux footballeurs africains étiquetés de "Génie", "Crack", "Surdoué", voire nouveau Pelé, finissent dans les poubelles de l'histoire sans avoir confirmé les espoirs placés en eux. La nouvelle Coupe du Monde de moins de 17 ans à Trinité-et-Tobago nous réserve -t-elle le même tonneau ? Verrons nous les rester à quai ? Espérons que leur carrière suivra une trajectoire autre que celle de l'infortuné Nii Odartey Lamptey, le prodige ghanéen des années 90, que Pelé n'hésita pas à voir comme son successeur. Il y a bien longtemps ! Beaucoup d'eau a coulé sous les ponts en même temps que les espoirs mis en lui. Ce cas de figure n'est pas propre à l'Afrique mais nous interpelle au plus haut point.
Que s'est-il passé avec Nii Lamptey ? Alors que ses coéquipiers vainqueurs de la Coupe du Monde des moins de 17 ans, Sammy Kuffour au Bayern, Mohammed Gargo à Udinese, se sont frayés un chemin plus glorieux.
Tous ceux qui ont assisté à la démonstration du Odartey band en Italie ce 30 août 1991, en gardent encore un souvenir magique. Cette équipe avait quelque chose, toutes proportions gardées, du Brésil 70. De nombreux spectateurs et surtout de nombreux jeunes ce jour là décidèrent sans doute de devenir footballeurs ! Et beaucoup de ghanéens étaient persuadés ce jour là que, la grandeur du football de leur pays était de retour. Hélas ! Certes le Ghana joue toujours bien au football, gagnant encore l'édition 1995, il a même ramené la première médaille (bronze 1992) africaine des J.O. en football. Mais de vague annoncée depuis 1991, point !
La qualification en Coupe du Monde, la vraie, se fait toujours attendre et la CAN elle-même fuit le Ghana depuis 1982, alors qu'il est le recordman de la discipline avec cinq trophées. La plupart des joueurs ayant brillé en Italie (1991), au Japon ou en Equateur ont été incapables de s'imposer au niveau au-dessus, à quelques rares exceptions. Le plus emblématique des joueurs à se montrer incapable de répondre aux attentes des observateurs est Nii Odartey Lamptey, peut-être parce qu'il était ou paraissait le plus doué de la bande.
A 16 ans, tous s'accordaient à lui prédire un avenir de "Roi", et Pelé lui-même ne tarissait pas d'éloges sur lui. Anderlecht, le grand club belge de l'époque l'avait déjà enrôlé, et les règlements du championnat belge changés, il pût commencer sa carrière en 1ère division à 15 ans. Est-ce cette précocité qui explique que son talent se soit évanoui avant même que de s'épanouir ? Ce n'est pas impossible, puisque de multiples exemples fourmillent. Laurent Paganelli à l'A.S Saint Etienne de l'après Platini, ne pût jamais confirmer les espoirs placés en lui et finit sa carrière dans un anonymat total. Lui aussi commença à jouer en 1ère division française à 16 ans, dans les années 80. La précocité ajoutée à la pression (résultats, attentes impatientes, remplacer un joueur phare…) peut expliquer ce fiasco. Mais peut-on s'en tenir à cette seule explication ? Assurément non. Ce qui nous paraît être la cause essentielle de ce fiasco est d'abord la stabilité.
Le Pigeon voyageur
En fait, lorsqu'on jette un coup d'œil rétrospectif à la carrière de Lamptey, on se rend compte d'une chose, il a joué dans au moins sept pays : Belgique (Anderlecht), Hollande (PSV Eindhoven), Angleterre (Coventry, Aston Villa), Portugal, Italie, Allemagne, Turquie, Argentine (Union Santa Fe), Chine (Shandong). Une telle instabilité est incompatible avec une grande carrière. Comment suivre un plan de carrière sérieux et atteindre les sommets lorsque l'on change sans cesse de club. Sans prendre le temps de s'adapter, de prouver quoi que ce soit, qu'il faudrait déjà partir ! Maradona lui-même a eu besoin de s'imprégner de la réalité napolitaine pour mieux s'exprimer (7 ans), Gullit,Van Basten, Rijkaard au Milan AC (5 ans), Platini à la Juve (5 ans), pour ne prendre que les plus illustres. Rien ne remplace la stabilité pour que s'exprime pleinement une potentialité. Nii Lamptey n'a jamais pu jouer quatre ans dans un club, excepté peut être Anderlecht (3 ans) et il y a été excellent. Le reste du temps, il a été un globe-trotter. A ce maillon faible de sa carrière, nous pouvons ajouter celui de l'agent. A-t-il seulement eu un agent responsable? Celui qui conseille, regarde et prend en compte les intérêts à long terme du joueur et non les intérêts immédiats. Il lui a manqué ce mentor là; surtout qu'à 15 ans, il n'était plus dans sa famille, obligé de vivre dans un pays étranger, jeté dans un monde d'adultes et de requins en tous genres. La pression est une autre dimension à ne pas négliger dans la carrière d'un tel joueur. Dans la société médiatique qui est la nôtre, la pression est telle que le joueur peut déraper facilement.
Ainsi, lorsque Pelé affirme que tel joueur est digne d'être son successeur, l'intérêt qu'il suscite est démultiplié. La pression qui s'en suit et les attentes qui reposent sur les frêles épaules du gamin sont lourds à porter. Si dans un premier temps une telle déclaration est sympathique et valorisant pour le joueur, à la longue et pour peu que surviennent des difficultés, elle peut le desservir. Et Nii Lamptey lui-même en convient : "Quand Pelé a déclaré que je pouvais être son successeur, ce fut un grand honneur pour moi. Tout le monde sait quel géant il a été, et d'obtenir de telles éloges de sa part était merveilleux. Mais cela a également un côté négatif, car partout où je jouais, j'étais supposé me montrer digne du niveau qui était supposé être le mien. Tous les yeux étaient braqués sur ma performance : une méforme passagère, de gestes mal assurés lors d'un match et je devenais un raté". Comme quoi, être sous les feux des projecteurs n'a pas que du bon !
Moins décisif est en revanche l'argument du joueur qui avance (pour sa défense) que les convocations répétées dans les différentes sélections (junior, senior) aient pu causé l'échec de sa carrière. Parce qu'après chaque convocation, il lui fallait de retour dans son club batailler, dur pour regagner sa place de titulaire dans l'effectif ! Je ne sache pas que, Ronaldo, Zidane ou Weah aient besoin de s'époumoner pour regagner leur place de titulaire dans leur équipe respective une fois leur devoir accompli en sélection !
Certains confrères ghanéens suggèrent, pour expliquer la difficulté des ces joueurs à s'imposer et à progresser après leur formidable succès en cadets et junior, par le fait que cette équipe du Ghana des moins de 17 ans n'en était pas une, les joueurs ayant largement dépassé le cap de cet âge.
En clair, au niveau des juniors et des cadets, il y aurait tricherie au sujet de l'âge. On minorerait systématiquement l'âge des joueurs pour les faire évoluer une classe en dessous, d'où leur domination écrasante. Et a fortiori, ils seraient ensuite incapables de s'imposer au niveau au dessus parce que ne pouvant plus progresser. Cette idée est partagée par le directeur de la Fédération Ghanénne de Football, M. Ben Kouffie, qui affirme également que ce tripatouillage est la cause de l'échec du Ghana actuellement. Il a promis d'ailleurs de partir en guerre contre ce phénomène. Nii Lamptey réfute ces arguments. Pour lui le football est un état d'esprit ; raison pour laquelle des joueurs comme Matthaüs, Strachan, Weah et quelques autres ont continué à bien jouer au delà de la trentaine. La question de l'âge serait un faux problème.
Question, pourquoi alors Sammy Kuffour et Mohammed Gargo ont-ils eu une meilleure carrière ? Est-ce l'exception qui confirme la règle ? Et où sont passés tous les autres (les héros de 1991, 1995) ?
Lui-même y a apporté une réponse, nous y reviendrons.
N. NGUEMBOCK.

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