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Les Lions Champions olympiques? L'Afrique est dans une dynamique de victoire !

Par Thierry Mouelle II

Ils étaient peut-être les seuls dans leur rêve, mais en le réalisant, toute l'Afrique les a rejoints dans la liesse : nos Lions Indomptables. Dans un contexte comme celui-là, l'émotion des perdants est l'unique miroir qui réflète la nature même de l'exploit. Dans cette finale du 30 septembre, les perdants, c'étaient les Espagnols. Ahuris, Tristes, amers, parce que tombés de leur gros nuage latin comme des funambules sans filet de protection sur un sol dur, robuste, déterminé à pulvériser les certitudes. Et elles furent pulvérisées, la manière avec.



Menés au score jusqu'à la pause, deux buts à zéro, les Camerounais dont même les supporters les plus mordus commençaient à céder au désespoir, ont couru seuls sur le Stade de Sydney, le destin, leur destin. Enjambant les difficultés psychologiques d'un match de football, dont les enjeux dépassaient de loin le simple désir de porter autour du cou, une pièce de métal jaune, massive, sportivement appelée : " Médaille d'or olympique ". Les Lions indomptables dès lors ont cessé d'être de simples représentants du Cameroun dans ce concours de meilleurs athlètes du monde et du moment, pour porter en eux, les larmes du Maroc, celles du Nigeria et de l'Afrique du Sud dont les éliminations successives ont rendu la tâche du dernier ambassadeur plus délicate, plus angoissante, plus expressive.
L'Afrique conservera-t-elle les charmes de l'Olympe conquise par le brave Nigeria il y a quatre ans à Atlanta? La question s'était posée au début du tournoi et, après que les Super Eagles furent écartés, elle s'effaça. Comme une source arlésienne, l'interrogation revint quand les Lions accrochèrent, aux trois quarts de leur parcours, le Chili de Zamorano à leur tableau de chasse. La réponse nous la connaissons : c'est oui. Oui, l'Afrique par la Cameroun a conservé la médaille olympique de football masculin. Mieux, elle prouve -s'il en était encore besoin- qu'elle doit être reconsidérée dans la distribution des prorogatives au sein des arcanes décisionnelles de la FIFA. Une voix a dit que les Africains ne peuvent gagner que dans les sports " naturels ". Ceux qui ne demandent pas un investissement matériel et financier d'envergure, ceux qui font appels aux dispositions… naturelles des athlètes. Cette langue, pas forcément mauvaise, devrait également accepter que le moment est plus que jamais venu de ne plus regarder d'en haut les équipes " naturelles " d'Afrique engagées dans les compétitions internationales. Le temps de l'exotique sportif venant d'Afrique est longtemps dépassé, tant pis pour les aveugles qui, en plus de leur déficience visuelle, ne sentent pas venir le vent !

Une rencontre sportive comme Cameroun-Espagne, malgré le curriculum vitae des Africains, et, pour avoir opposé deux formations de race, de culture et d'ambition différentes, charrie toujours d'autres défis que notre esprit sportif éloigne allègrement de la pelouse de jeu. Espagne-Cameroun, ou si vous voulez Cameroun-Espagne, n'a pas dérogé à cette tradition. A en juger par les commentaires des journalistes occidentaux pendant les moments de difficulté des Lions. Pour eux, une Afrique qui gagne, surprend. Une Afrique qui plie l'ardeur de l'Europe, c'est comme un fleuve qui remonte son cour. Anormal. A-typique. Mais l'Afrique gagnera encore. Les Lions et à travers eux l'Afrique, sont dans une dynamique de victoire. Les échéances à venir lasseront certainement tous les oiseaux mauvais chanteurs qui hurlent à " l'exceptionnel ", quand " la chance " cède à la technicité. Exceptionnel ? Non, sans complexe. L'Afrique joue. Sans complexe. Elle croise son jeu au carrefour de ses ambitions, peut-être tardives, mais ambition quand même d'un peuple qui -n'aspire plus mais- veut réinscrire son nom dans de nouveaux registres aptes à réparer certaines injustices. Injustices du sort, injustices des hommes.
Hier c'était le Nigeria, aujourd'hui, c'est le Cameroun avec cette fois, insistons dessus, un entraîneur africain, camerounais. L'épopée est en marche. Pour d'autres victoires… qui en revanche commanderont au préalable, une mue dans les habitudes, dans les comportements qui souvent ne sont pas dignes des champions. Le Cameroun a gagné, mais tout au sein et autour de cette équipe a-t-il été parfait pour autant ? Que non ! L'euphorie que provoque ce doublé africain, ne doit pas être l'arbre qui cache la forêt. Beaucoup reste à faire. Les joueurs doivent vivre de leur art, ils doivent être respectés par tous, à commencer par eux-mêmes, par leurs encadreurs et administratifs, sans oublier les hommes politiques, maîtres ès récupération. Ils doivent être respectés, nos joueurs, afin de nous conduire indubitablement à cette autre victoire plus prestigieuse encore : celle de la Coupe du Monde ! Un jour. Oui, un jour.
Rêvons, rêvons, pourquoi pas ? Mais surtout, sachons restituer aux vrais artisans de ce rêve, légitimation et humilité. Lions Indomptables, à vous et à vous seuls, bravo ! Et merci pour ce que vous avez fait, et pour ce qui reste à faire!
Retrouvez l'édito précédent de Jacques Tidji ou celui de Albert Massimb