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Coup de gueule pour saluer le millénaire

Par Thierry Mouelle II

Qu'ils soient politiques, artistes ou sportifs, les hommes aiment se taire pour ne pas compromettre les acquis de prestige matériel et de visibilité qu'ils ont savamment construits ou minutieusement élaborés. Celui-là non. Il délie autant facilement la langue qu'il rappelle à l'envi et à qui veut ne pas l'entendre "Qui" il est. C'est la "grande gueule" -sans aucune teinte péjorative- des dirigeants du ballon rond camerounais qu'on évite de fâcher. Essomba Eyenga Antoine. Un homme comme il s'en fait de plus en plus rare dans les labyrinthiques cercles de décision des mouvements sportifs en Afrique.

Pour autant ce serait une grave méprise de notre part que de laisser penser qu'il s'agit d'un écorché vif qui n'hésite pas à régler ouvertement ses comptes avec des pairs qui ne lui auraient peut-être pas permis de participer au partage du " gâteau ". Non, ce que depuis une dizaine d'années nous avons appris de cet homme aux multiples casquettes -et qui se confirme dans l'entretien qu'il nous a accordé pendant son dernier séjour parisien- laisse plutôt penser que le sens même de ses coups de gueule réside dans sa volonté d'assainir l'espace de jeu du football sur lequel des rapaces et des incompétents de tous genres ont fait main-basse. Là où les légitimes ayant-droit des retombées en image et en argent sont réduits au silence, là où des hommes politiques sinon véreux, du moins inconséquents, essaiment pièges et nuisances pour décourager toutes les bonnes volontés oeuvrant pour l'image de marque d'un Cameroun vainqueur sur tous les champs.
Première grande interview de l'année et du millénaire qui commencent sur AFRICAFOOT.COM, elle lance un pavé dans une mare. Cette mare calme mais aux contenus éminemment douteux dès lors qu'elle a permis de prendre à rebours poils les pratiques complexes accompagnant le football au Cameroun. Corruption, usurpation de compétence, délits d'initiés, mais surtout mise en sommeil progressif d'une Equipe nationale aujourd'hui enviée de tous, à la veille des grandes échéances africaines et mondiales.
L'année 2001, une année qui devrait être un moment d'évaluation des capacités des Lions indomptables à pérenniser leur force de persuasion, peut se muer en anti-chambre des lendemains sombres. Champions d'Afrique en titre et bon challenger depuis dix ans en Coupe du monde, les Lions Indomptables -tiraillés entre l'impotence statutaire de leurs cadres techniques et l'omniprésence du ministère des sports dans leur moindre initiative-, ne surprendront que les naïfs si demain ils rentraient la queue bien basse de quelque compétition ! Tous leurs matches amicaux qui devaient être des tests tactiques sont à cette heure annulés par…le ministre Pierre Bidoung Mpkatt.
En signant une convention " marron " confiant tout le destin du football au ministère des sports, La FECAFOOT, nous dit Essomba Eyenga, vient de prouver "qu'elle n'est faite que d'incapables, d'incompétents, de vrais c…". La FECAFOOT qui devait veiller aux respects des textes qui consacrent une large indépendance des fédérations sportives nationales face à l'Etat, textes édictés par la FIFA dont elle est membre, "vient de prouver le manque de personnalité des hommes qui sont à sa tête."
Une raison donc entre autres, de sauver ce qui peut encore l'être : le championnat de première division. En créant " une ligue nationale de football professionnelle qui seule peut déclencher une restructuration du football camerounais, offrir un spectacle de qualité aux supporters " d'un pays qui n'a de puissant que son équipe nationale dépendante elle-même qualitativement de sa légion étrangère.
Une double difficulté cependant à réaliser le projet d'une Ligue Nationale professionnelle (LINAF): manque de moyens financiers immédiats de la part de l'Association des Clubs de première division, détentrice de l'idée, mais aussi les "multiples bâtons dans les roues " au sein de la fédération mère, " hostile à toute idée qui puisse moderniser le football au Cameroun ".
En tout cas, voici une bonne interview document qui ne manquera pas de susciter de vives réactions. Elle est la première d'une série et qui, nous l'espérons, vous fidélisera davantage aux pages de votre site. C'est notre manière à nous de vous souhaiter une bonne et heureuse année 2001.
Thierry Mouelle II