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Match Hayatou-Blatter : ne nous trompons pas d'adversaire !

Par Jacques Tidji

Dans quelques jours, sera élu le futur Président de la FIFA, l'instance dirigeante du football mondial. Compte tenu de la place indéniable qu'occupe cette discipline sportive sur l'échiquier international, l'événement revêt une dimension considérable, car porteur d'enjeux majeurs. Sont aux prises deux personnalités : Joseph Blatter, Président sortant de la FIFA et Issa Hayatou, actuel Président de la CAF. Deux conceptions, deux méthodes et deux ambitions qui s'opposent ! Evidemment, les deux camps fourbissent leurs armes et commencent à faire le décompte de leurs alliés. Dans cette espèce de confusion, il convient de s'interroger sur les réelles chance de l'un et de l'autre ; mais surtout sur celles du candidat de l'Afrique : le Camerounais Issa Hayatou. Soyons lucides! Reconnaissons d'emblée que les choses ne sont pas simples pour lui.


Evoquons d'abord le " lâchage "de certaines" stars" du football africain (Abedi Ayew Pelé, Goerge Opong Weah, Basile Boli, Roger Albert Milla…) qui déclament à l'envi leur soutien à Joseph Blatter. Un mot nous vient à l'esprit : absurde ! Mais, tout bien réfléchi, connaissant les limites criardes de ces personnages, qu'on présente comme des personnalités charismatiques, nous aurions tendance à nous dédire en ajoutant : il y a finalement du sens dans l'absurde. Ces gens-là ne maîtrisent aucun sujet et n'ont finalement pour seul mérite que d'avoir su "taper dans un ballon". C'est ce qui a fait leur charme furtif au plus fort de leur carrière. C'est ce qui les rendait irrésistibles à bien des égards. Hélas, aujourd'hui, ils se veulent intelligibles, mais sont désespérément exotiques et pittoresques. Opportunistes, prévaricateurs, "affamés", leur choix qui n'engage par ailleurs que leur ego est une imposture au bon sens. Ils se trompent d'adversaire. Ils marquent en fait contre leur camp. Pour des anciens footballeurs, c'est un comble ! Nous sommes ahuris par la bêtise et la mégalomanie des uns, et choqués par l'opportunisme sournois des autres.
Mais, au-delà du burlesque et de l'incongruité de leur choix, ils nous livrent un regard éhonté sur les profils emblématiques de notre époque, si perfide, si iconoclaste et perverse, mais ô combien "matérialiste" ! Et, cela le sieur Blatter le sait et a compris comment fonctionnent les Africains, du moins certains Africains, prompts à "trahir" les leurs contre quelques subsides et promesses éphémères.
Jugez donc ! Des pays à l'instar du Liberia, du Ghana, du Lesotho, de la Zambie et du Mozambique… ont décidé de soutenir le Suisse. D'autres nations marchandent mezza-voce leur soutien au Président sortant de la FIFA, sans trop le déclarer. Nous disons, c'est leur droit. Mais, nous objectons : ils se trompent de combat. Pis, ils sont en retard d'une guerre. Ils sont dans une quête inlassable : apprivoiser le matériel à travers des compromissions. Ce tableau sombre peut provoquer le mépris, peut-être l'ire, mais peut opportunément nourrir l'intelligence et éveiller les consciences. A cet égard, il est urgent de soutenir le candidat Hayatou face à la défection des "siens". Il est temps de battre le rappel des troupes.
Parlons des réalisations de l'un et l'autre candidats. Commençons par Issa Hayatou. Nous pouvons citer, sans être exhaustifs :
Le projet " Meridien " qui consiste en un parrainage structurel et conjoncturel par un pays européen d'une fédération nationale africaine, fruit d'une coopération rondement menée entre la CAF et l'UEFA, dont le Président, Lennart Johansson est fervent défenseur de l'Afrique sportive.
La qualification de cinq représentants africains en Coupe du Monde.
La création et la réussite incontestable de la Champions League de la CAF: succès sportif et financier.
La modernisation de manière générale des structures manageriales de la CAF.
Le succès sans cesse grandissant de la CAN qui a cessé d'être une manifestation confidentielle, pour accéder au rang d'événement planétaire. Tous les observateurs l'ont constaté à la CAN 2002 au Mali. " Un petit pays " qui a su relever un énorme défi en organisant avec des modestes moyens une compétition d'exception.
La libération sans condition des footballeurs africains évoluant dans les championnats étrangers pour cause de compétition internationale.
L'émergence du football féminin
La compétitivité indéniable des sélections de jeunes au niveau mondial…
Venons-en à Blatter. Qu'a-t-il en réalité fait pour le continent ? Silence, on tourne ! On nous rebat les oreilles avec le fameux "Programme Goal" qui est en fait une compilation de vieux projets qui concerne tous les cinq continents, financé par les deniers de la FIFA. Les pays bénéficiaires de ce programme se recrutent "curieusement" parmi ceux qui ont déclaré leur soutien au candidat suisse. Que dire ? C'est encore un électorat floué et cocufié. Aujourd'hui, il promet la Coupe du Monde 2010 à l'Afrique ! Pourquoi ne l'a-t-il fait pour l'édition 2006, "offerte" à l'Allemagne ?
Nous, à Africafoot.Com, nous nous insurgeons haut et fort contre cette manière de faire. Notre choix ne souffre d'aucune ambiguïté, nous soutenons la candidature africaine, en l'occurrence celle de Issa Hayatou. Notre plaidoyer est sans concession : il n'est pas négociable. Les enjeux sont multiples : sportifs, politiques, culturels et… historiques. Nous en avons conscience et en appelons à la raison des pays africains.
Et pour cause. A nos yeux, Hayatou, c'est une certaine vision du football africain. Le verbe haut, pétillant, capiteux, mais curieusement délicat et ambré, l'homme repose son action sur le dialogue, l'écoute, le compromis sans compromission. C'est un homme de devoir et d'action qui a su faire avancer l'Afrique du football, même si elle n'a pas encore atteint la notoriété à laquelle elle peut objectivement prétendre. Nonobstant, cette Afrique-là au moins a acquis aujourd'hui au fil des compétitions une respectabilité certaine. Certains rêvent sous d'autres cieux de faire de la fragrance, évanescente et fugace de ce football, leur propriété ! Un football dont l'essence fleure l'instinct… et l'instinct ne s'apprivoise pas. Cela, Hayatou l'a compris. Il a contribué à l'imposer en y ajoutant une dose de professionnalisme, mais surtout en impulsant l'émergence de structures capables d'assurer son évolution vers plus de compétitivité. Bref, un football sans complexe aucun.
En tous les cas, qu'il gagne ou qu'il échoue, Hayatou aura marqué un grand coup et contribué à équilibrer les forces dans le " macrocosme " du football en se présentant à l'investiture de la FIFA. Cela, Blatter, qui gère cette instance avec les attributs successoraux légués par "son géniteur" João Havelange, l'a deviné et il use sans compter de ses arguments habituels : des projets, des promesses, des postes…pour demeurer. Nous ne sous-estimons pas ses forces, loin s'en faut! Elles sont réelles, voire certaines. En s'appuyant sur une maîtrise sans concession de la machine FIFA, un système bien huilé et savamment entretenu depuis des lustres, il peut prétendre avoir l'avantage sur son adversaire Hayatou.
Face à ce constat, nous disons : ne nous trompons pas de combat. Il s'agit de l'Afrique dans sa dimension globale qui est interpellée à travers l'un de ses dignes fils. L'enjeu premier : "poser des nouvelles perspectives pour ramener la sérénité et la stabilité au sein de la FIFA". Vaste programme. Alors, ne nous trompons pas d'adversaire. Mieux, ne nous trompons pas "d'ennemi". Unissons-nous pour faire gagner notre candidat, le candidat de la CAF, de l'UEFA et de l'AFC réunies.
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