Les vents de la rumeur chuchotant les
histoires les plus folles ont fini par révéler certaines
liaisons et dérives dangereuses au sein de la FIFA. Le temps passant,
inexorable et imperturbable a fini par apporter son lot de faits le s
uns plus confondants et accablants que les autres. C'est désormais
de notoriété publique, dame corruption habite la maison
FIFA en compagnie d'un impotent, le clientélisme et d'une grande
absente, la transparence dont le spectre hante les couloirs et les recoins
de l'instance du football mondial. L'équipe si omnipotente et omnisciente
de Blatter a fini par se rendre compte qu'il y a péril en la demeure.
Les faits sont têtus et les témoignages sans appel. On oscille
entre le désir de "vérité" et la passion
de l'ignorance comme dipe qui s'est aveuglé pour se punir
de son aveuglement. L'histoire a rattrapé le successeur de Joao
Havelange à la veille d'une élection capitale, celle qui
désignera le prochain président qui dirigera la planète
football: Sepp Blatter ou Issa Hayatou ! Le Suisse y joue sa survie, le
Camerounais, son avenir. |
| Dans ce contexte général
d'élection, à la FIFA, l'état des lieux est sans
concession : ambiance délétère et sentiment diffus
de perte d'avenir. Un avenir qui se nomme incertitude et aventure. Le
présent est moralement misérable, matériellement
angoissé, éthiquement malheureux. La crise est bien réelle.
A la FIFA, on fait feu de tout bois, pour s'attacher les voix des pays
votants: après "les enveloppes" aux Africains, on bat
le rappel des Européens. Il y a quelques semaines, Blatter, au
Comité Exécutif de la FIFA à Stockolm en appelait
"à la nécessaire solidarité européenne".
Un repli bien tardif, au regard du soutien appuyé, renouvelé
et constant de son rival d'hier, Johansson à Hayatou, Le président
de l'UEFA, qui vient d'être réélu pour un nouveau
mandat quadriennal à la tête de la vénérable
instance du football du "vieux continent". Il n'a jamais caché
sa détestation du Suisse. Ne dit-il pas à son sujet : "la
bonne image de la FIFA ne sera restituée que lorsqu'il s'en ira"! |
| En effet, l'atonie du pouvoir actuel
de la FIFA et son manque de vision et de perspective entretiennent un
profond malaise au sein de la grande famille du football mondial. Faute
de "transparence", victime de la complaisance de ses dirigeants,
l'instance du football mondial, qu'on se le dise une fois pour toutes
est " couchée ". La rectitude et la verticalité
morales ont été anéanties. L'autocratie régnante
est devenue immobilité gisante, sépulture solitaire. Même
ses plus fervents supporters ont fini par constater le trépas de
l'esprit d'équité au sein de cet organe majeur du football.
La FIFA traverse aujourd'hui une véritable crise qui résulte
de l'incertitude et du désordre, de la perte de repères
et des valeurs fondatrices du sport qui a été transformé
en un business qui attire des " vautours " venant de tous les
horizons tels des galères qui naviguent sans cap se laissant porter
par le courant et les vents. Une crise politique, une crise de légitimité
sur fond de corruption, née de la fragilité et de l'insuffisance
démocratiques du système en place. Un système largement
gangrené par les bureaucraties et les abus de tous genres. Nous
vivons l'ère des pirates et flibustiers des temps modernes qui
écument les océans naguère calmes du monde du football.
A tous les niveaux, nous assistons à l'érosion des valeurs
du sport au profit de l'appât du gain, de l'intérêt
financier et de la soif de pouvoir. Aujourd'hui, ce dont la FIFA a le
plus besoin, c'est d'une réforme de pensée, une réforme
morale et une réforme structurelle en profondeur. Il faut une rupture
et un divorce irrévocables d'avec les pratiques peu orthodoxes
de l'actuelle direction de la FIFA. Cela va sans dire! |
| Quittons ces eaux troubles. Observons
la candidature de Hayatou. Elle est ancrée sur un engagement pour
une "FIFA plus salubre". Elle s'articule autour du triptyque
: humanisme d'esprit, universalisme du sport et transparence dans la gestion.
Depuis l'annonce de sa candidature, ni les dogmes, ni les intérêts
d'une certaine intelligentsia conservatrice du football n'ont ébranlé
sa foi en sa légitimité. De vous à nous, face à
la crise idéologique forte qui pervertit l'éclosion de politiques
plus imaginatifs, plus consensuels, moins sacerdotaux que traverse la
FIFA, quelle solution de rechange y a-t-il ? Nous répondons : Hayatou
! Le Président actuel de la CAF est l'alternative certaine. Il
en a les capacités, il s'en donne les moyens. Il pense qu'au fondement
de l'idée maîtresse de développement du sport, il
y a le grand paradigme du progrès, lequel doit assurer l'émergence
du football sur l'ensemble de la planète. Ne soutient-il pas à
juste titre que "ce qu'il faut c'est une véritable auto-réorganisation
dotée d'une dimension politique et structurelle fortes. Il faut
sortir de l'improvisation et de l'opacité du système Blatter".
Au regard de ce qui précède, force est de reconnaître
qu'Issa Hayatou présente un projet novateur, qui s'inscrit dans
une pertinence et une perspective fortes . Nous avons un devoir de solidarité,
nous ne pouvons être traîtres de notre propre cause. Nous
le soutenons. |
| Or, cette position n'est vraisemblablement
pas partagée par tous les sportifs africains. Ce qui n'est guère
surprenant. Quelques voix aphones se sont élevées ici et
là sur le continent pour apporter leur soutien à Joseph
Blatter. La dernière irruption impromptue du genre est celle de
Joseph Antoine Bell. Nous ne pouvons nous empêcher de nous interroger
sur les prises de positions contradictoires de l'ancien gardien des buts
du Cameroun. Nous savons que le personnage excelle dans l'art de la cacophonie
subversive. Il est réputé versatile, lui, qui, hier saluait
la candidature d'Issa Hayatou, lui renie aujourd'hui toute opportunité.
Par amnésie ou par connivence, l'homme a une opinion toujours changeante,
c'est son droit... Mais quand on a la prétention d'être un
intermédiaire d'opinion et garant de celle de certains de ses concitoyens,
on doit avoir une éthique. Quand on décrypte les propos
de ce personnage paradoxal par nature, leur incohérence étonne
et détonne! Avec lui, on risque à tout instant la noyade
de l'intelligence sous les flots de l'insignifiance. La pratique de l'auto-flagellation
permanente n'a jamais grandi quiconque. |
| Finalement, tout ceci n'est que gesticulation
et épiphénomène. Plus sérieusement, à
quelques jours de l'élection fatidique du 29 mai prochain, qu'on
le veuille ou pas, il n'y a que deux alternatives : Hayatou est élu
président de la FIFA ou il ne l'est pas. En tous les cas, il aura
réussi son pari. Quelle que soit l'issue de son duel avec Blatter,
il sortira le grand gagnant in fine de ce match. Pour Blatter c'est de
quitte ou double qu'il s'agit. En tout état de cause, pour mettre
en uvre sa politique volontariste, si le candidat africain sort
vainqueur de la confrontation de Séoul, il devra créer un
cadre général de conditions et postulats nécessaires
pour le toilettage effectif de la maison FIFA afin de lutter contre les
inerties durablement induites par la gestion de celui qui sera devenu,
dans cette hypothèse, son prédécesseur : |
-
Au niveau des ressources existantes: il s'agit de valoriser les savoirs
et savoirs faire, les innovations techniques disséminées
dans les expériences des acteurs du football en réponse
aux politiques macro économiques qui ont désagrégé
le football de la base au sommet en favorisant la finance.
- Au niveau pratique:
trouver les moyens d'organiser l'accès des petites nations au football,
phénomène universel s'il en est; mettre en place des processus
de démocratisation qui assurent un accès universel au sport-roi.
- Au niveau purement
structurel, il faut promouvoir un processus réel de démocratisation
de l'instance FIFA, afin de la rendre plus "transparente", moins
opaque, moins dirigiste
|
| Quelques pistes de réflexion
qui ouvrent la perspective des lendemains plus sereins. Il est urgent
que ça change. C'est le temps ou jamais de la rupture. Et, Hayatou
peut être l'homme de cette mutation que nous appelons de tous nos
vux. Vivement le 29 Mai. |
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