EDITO - NEWS

FIFA, le temps de la rupture.
"Le passé n'éclairant plus l'avenir, l'esprit marche dans les ténèbres..."

Par Jacques Tidji

Les vents de la rumeur chuchotant les histoires les plus folles ont fini par révéler certaines liaisons et dérives dangereuses au sein de la FIFA. Le temps passant, inexorable et imperturbable a fini par apporter son lot de faits les uns plus confondants et accablants que les autres. C'est désormais de notoriété publique, dame corruption habite la maison FIFA en compagnie d'un impotent, le clientélisme et d'une grande absente, la transparence dont le spectre hante les couloirs et les recoins de l'instance du football mondial. L'équipe si omnipotente et omnisciente de Blatter a fini par se rendre compte qu'il y a péril en la demeure. Les faits sont têtus et les témoignages sans appel. On oscille entre le désir de "vérité" et la passion de l'ignorance comme Œdipe qui s'est aveuglé pour se punir de son aveuglement. L'histoire a rattrapé le successeur de Joao Havelange à la veille d'une élection capitale, celle qui désignera le prochain président qui dirigera la planète football: Sepp Blatter ou Issa Hayatou ! Le Suisse y joue sa survie, le Camerounais, son avenir.
Dans ce contexte général d'élection, à la FIFA, l'état des lieux est sans concession : ambiance délétère et sentiment diffus de perte d'avenir. Un avenir qui se nomme incertitude et aventure. Le présent est moralement misérable, matériellement angoissé, éthiquement malheureux. La crise est bien réelle. A la FIFA, on fait feu de tout bois, pour s'attacher les voix des pays votants: après "les enveloppes" aux Africains, on bat le rappel des Européens. Il y a quelques semaines, Blatter, au Comité Exécutif de la FIFA à Stockolm en appelait "à la nécessaire solidarité européenne". Un repli bien tardif, au regard du soutien appuyé, renouvelé et constant de son rival d'hier, Johansson à Hayatou, Le président de l'UEFA, qui vient d'être réélu pour un nouveau mandat quadriennal à la tête de la vénérable instance du football du "vieux continent". Il n'a jamais caché sa détestation du Suisse. Ne dit-il pas à son sujet : "la bonne image de la FIFA ne sera restituée que lorsqu'il s'en ira"!
En effet, l'atonie du pouvoir actuel de la FIFA et son manque de vision et de perspective entretiennent un profond malaise au sein de la grande famille du football mondial. Faute de "transparence", victime de la complaisance de ses dirigeants, l'instance du football mondial, qu'on se le dise une fois pour toutes est " couchée ". La rectitude et la verticalité morales ont été anéanties. L'autocratie régnante est devenue immobilité gisante, sépulture solitaire. Même ses plus fervents supporters ont fini par constater le trépas de l'esprit d'équité au sein de cet organe majeur du football. La FIFA traverse aujourd'hui une véritable crise qui résulte de l'incertitude et du désordre, de la perte de repères et des valeurs fondatrices du sport qui a été transformé en un business qui attire des " vautours " venant de tous les horizons tels des galères qui naviguent sans cap se laissant porter par le courant et les vents. Une crise politique, une crise de légitimité sur fond de corruption, née de la fragilité et de l'insuffisance démocratiques du système en place. Un système largement gangrené par les bureaucraties et les abus de tous genres. Nous vivons l'ère des pirates et flibustiers des temps modernes qui écument les océans naguère calmes du monde du football. A tous les niveaux, nous assistons à l'érosion des valeurs du sport au profit de l'appât du gain, de l'intérêt financier et de la soif de pouvoir. Aujourd'hui, ce dont la FIFA a le plus besoin, c'est d'une réforme de pensée, une réforme morale et une réforme structurelle en profondeur. Il faut une rupture et un divorce irrévocables d'avec les pratiques peu orthodoxes de l'actuelle direction de la FIFA. Cela va sans dire!
Quittons ces eaux troubles. Observons la candidature de Hayatou. Elle est ancrée sur un engagement pour une "FIFA plus salubre". Elle s'articule autour du triptyque : humanisme d'esprit, universalisme du sport et transparence dans la gestion. Depuis l'annonce de sa candidature, ni les dogmes, ni les intérêts d'une certaine intelligentsia conservatrice du football n'ont ébranlé sa foi en sa légitimité. De vous à nous, face à la crise idéologique forte qui pervertit l'éclosion de politiques plus imaginatifs, plus consensuels, moins sacerdotaux que traverse la FIFA, quelle solution de rechange y a-t-il ? Nous répondons : Hayatou ! Le Président actuel de la CAF est l'alternative certaine. Il en a les capacités, il s'en donne les moyens. Il pense qu'au fondement de l'idée maîtresse de développement du sport, il y a le grand paradigme du progrès, lequel doit assurer l'émergence du football sur l'ensemble de la planète. Ne soutient-il pas à juste titre que "ce qu'il faut c'est une véritable auto-réorganisation dotée d'une dimension politique et structurelle fortes. Il faut sortir de l'improvisation et de l'opacité du système Blatter". Au regard de ce qui précède, force est de reconnaître qu'Issa Hayatou présente un projet novateur, qui s'inscrit dans une pertinence et une perspective fortes . Nous avons un devoir de solidarité, nous ne pouvons être traîtres de notre propre cause. Nous le soutenons.
Or, cette position n'est vraisemblablement pas partagée par tous les sportifs africains. Ce qui n'est guère surprenant. Quelques voix aphones se sont élevées ici et là sur le continent pour apporter leur soutien à Joseph Blatter. La dernière irruption impromptue du genre est celle de Joseph Antoine Bell. Nous ne pouvons nous empêcher de nous interroger sur les prises de positions contradictoires de l'ancien gardien des buts du Cameroun. Nous savons que le personnage excelle dans l'art de la cacophonie subversive. Il est réputé versatile, lui, qui, hier saluait la candidature d'Issa Hayatou, lui renie aujourd'hui toute opportunité. Par amnésie ou par connivence, l'homme a une opinion toujours changeante, c'est son droit... Mais quand on a la prétention d'être un intermédiaire d'opinion et garant de celle de certains de ses concitoyens, on doit avoir une éthique. Quand on décrypte les propos de ce personnage paradoxal par nature, leur incohérence étonne et détonne! Avec lui, on risque à tout instant la noyade de l'intelligence sous les flots de l'insignifiance. La pratique de l'auto-flagellation permanente n'a jamais grandi quiconque.
Finalement, tout ceci n'est que gesticulation et épiphénomène. Plus sérieusement, à quelques jours de l'élection fatidique du 29 mai prochain, qu'on le veuille ou pas, il n'y a que deux alternatives : Hayatou est élu président de la FIFA ou il ne l'est pas. En tous les cas, il aura réussi son pari. Quelle que soit l'issue de son duel avec Blatter, il sortira le grand gagnant in fine de ce match. Pour Blatter c'est de quitte ou double qu'il s'agit. En tout état de cause, pour mettre en œuvre sa politique volontariste, si le candidat africain sort vainqueur de la confrontation de Séoul, il devra créer un cadre général de conditions et postulats nécessaires pour le toilettage effectif de la maison FIFA afin de lutter contre les inerties durablement induites par la gestion de celui qui sera devenu, dans cette hypothèse, son prédécesseur :
- Au niveau des ressources existantes: il s'agit de valoriser les savoirs et savoirs faire, les innovations techniques disséminées dans les expériences des acteurs du football en réponse aux politiques macro économiques qui ont désagrégé le football de la base au sommet en favorisant la finance.
- Au niveau pratique: trouver les moyens d'organiser l'accès des petites nations au football, phénomène universel s'il en est; mettre en place des processus de démocratisation qui assurent un accès universel au sport-roi.
- Au niveau purement structurel, il faut promouvoir un processus réel de démocratisation de l'instance FIFA, afin de la rendre plus "transparente", moins opaque, moins dirigiste…
Quelques pistes de réflexion qui ouvrent la perspective des lendemains plus sereins. Il est urgent que ça change. C'est le temps ou jamais de la rupture. Et, Hayatou peut être l'homme de cette mutation que nous appelons de tous nos vœux. Vivement le 29 Mai.
Retrouvez les éditos précédents