Il était temps, sommes-nous tentés de dire ! Avec l’inauguration,
au Caire, il y a quelques jours de son nouveau siège, dont elle
est l’heureuse propriétaire, la Confédération
Africaine de Football a incontestablement franchi une nouve lle
étape vers sa modernisation. Doté d’une architecture
remarquable, l’immeuble qui abrite désormais les bureaux
permanents de la CAF apporte une auréole supplémentaire
au football africain et participe de sa crédibilité. Le
Président de la Confédération, Issa Hayatou et l’ensemble
de son équipe, l’avaient promis, ils l’ont fait ! C’est
tout à leur honneur. C’est immanquablement, un acquis -un
de plus- qui ne peut que faire la fierté du football africain et
de l’Afrique tout court. |
Cependant, nous ne pouvons résister à l’envie de souligner
que l’érection d’un immeuble aussi majestueux soit-il
n’est pas une fin en soit. C’est un instrument de travail
qui doit être considéré tel quel. Certes, compte tenu
du rôle de plus en plus prépondérant qu’elle
est appelée à jouer sur la scène internationale,
la CAF ne pouvait l’économie de cette réalisation,
qui est loin d’être «un investissement de prestige»
comme le prétendent certaines mauvaises langues. A elle, d’être
lucide, car d’autres défis s’imposent tout naturellement.
Elle a encore plusieurs chantiers qui restent à être menés
à leur terme. Des projets qui l’interpellent dans un contexte
permanent de compétition et de globalisation tous azimuts. Le football,
qui n’est plus seulement jeu et spectacle, est aussi économie
et industrie. Ses enjeux qui sont innombrables, s’intègrent
dans un contexte plus global de mondialisation. Et, la CAF qui a conscience
cette dimension macroscopique, devrait l’inclure davantage dans
sa stratégie politique. |
Plusieurs observations ont démontré que, plus les objets
se mondialisent, plus les sujets se tribalisent. Les footballeurs africains
dans leur quête identitaire permanente, noyés qu’ils
sont dans la mare du football mondial sont contraints plus que les autres
de construire quotidiennement l’être ensemble ! C’est
la dure loi de leur sport qui est par nature collectif, mais, qui s’appuie
également sur le talent individuel de ses acteurs. Le métissage
ethnique et culturel induit par le brassage que favorise ce sport a permis
de niveler les valeurs du football, de le rendre universellement attractif.
L’Afrique a su en tirer partie, à certains égards.
Nous pensons qu’elle possède aujourd’hui des moyens
et des arguments pour passer à la vitesse supérieure. |
Rappelons que, le contexte de mondialisation sus-évoqué,
répond à des critères purement économiques
et très souvent politiques. Il occulte la défense des identités
propres et a tendance à se laisser emporter par la spirale et le
processus d’uniformisation qui s’oppose par définition
à la sauvegarde des diversités. Or, nous croyons qu’au
regard de la spécificité de notre continent et de son football,
la défense des identités culturelles, les nôtres,
apparaît comme un phénomène salubre, anti-hégémonique,
décentralisateur et porteur d’autonomie, à condition
qu’elle s’intègre dans un cadre accepté par
tous. C’est pour cela que nous militons pour l’intégration
réelle des acteurs nationaux dans la gestion du football continental.
N’est-ce pas là le rôle premier de la CAF qui est d’abord
une instance confédérale ? |
Sur un autre plan, rappelons également qu’ au fondement de
l’idée maîtresse de développement du football,
il y a le grand paradigme du progrès technique, lequel doit assurer
la qualité du jeu. L’Afrique y contribue activement. Elle
est en droit d’exiger une meilleure représentativité,
mais aussi une meilleure prise en compte de ses besoins et ses exigences.
Plus encore, nous pensons que, le caractère méta-national
du football, aujourd’hui, ne devrait nullement dissoudre les singularités
ethniques, ni ôter aux sélections nationales leur souveraineté,
leur droit à exiger de leurs représentants plus de disponibilité,
bien qu’ils soient appelés de plus en plus à exercer
leur métier aux quatre coins de la planète et à prendre
la nationalité de leur pays d’accueil. Ici, nous en appelons
à une sorte d’anthropologie du football qui s’appuierait
sur l’histoire quotidienne pour bâtir des rapports sans paternalisme
entre le continent africain et le reste du monde. N’oublions pas
que l’histoire est aléatoire, elle ne se calcule pas. Elle
véhicule des faits. Plus nous saturons l’espace, plus nous
désertons le temps. Les footballeurs africains qui sont intégrés
dans des sélections européennes notamment, le sont davantage
aujourd’hui pour leur talent qu’hier par exotisme. Ceci peut
être louable à certains égards, mais, il n’en
demeure pas moins que, c'est le football africain qui est spolié.
Il est donc en droit d’exiger des compensations. La CAF et ses organes
spécialisés pourrait y contribuer activement. Mais faut-il
encore qu'une plainte des 53 fédérations nationales africaines
soit déposée au bureau de la FIFA, comme nous l'indiquait
récemment au Caire, un membre de la CAF. |
En observant l’histoire du football mondial, on note quelques anecdotes
édulcorées, amplifiées par les préjugés
et idées préconçues qui ont longtemps desservi les
footballeurs africains. Hier, ils étaient traités avec un
«certain mépris». Aujourd’hui, les choses semblent
avoir évolué dans le bon sens. Deux époques, deux
situations différentes. Cependant, parlons plus de comparaison
que d’opposition. Quoique, des épisodes récents laissent
deviner qu’il existe des oripeaux persistants, d’un certain
passé ancré dans les mentalités. Souvenons-nous,
il y a quelques mois, de Blatter, maître de la planète football
qui manie à l’envi les formules et les images, déclarant
péremptoirement : «Je m’occuperai de Monsieur Propre»
! Allusion faite à son adversaire aux dernières élections
à la présidence de la FIFA, Issa Hayatou, qui croyait pouvoir
opposer aux arguments "sonnants et trébuchants" de son
concurrent, un langage de "raison et de sincérité",
"de salubrité". Par expérience, nous savons que
les propos du Président de la FIFA manquent parfois de nuance et
méritent discussion. Mais, du côté de la CAF, cet
état de fait est perçu comme une stimulation supplémentaire
et une invitation à la persévérance. Manifestement,
les inimitiés avérées de certains proches de la présidence
exécutive de la FIFA ne semble pas entamer l’enthousiasme
du président de la CAF. Au contraire. |
C’est une posture louable de la part de la CAF qui est appelée
désormais à s’organiser et à se réorganiser
: entre réalisme et humilité. Elle doit justifier et pérenniser
les derniers résultats sportifs des pays africains sur le plan
international, par plus de rigueur et de crédibilité. Au-delà
de la simple organisation domestique: coupes continentales des nations
ou de clubs, organisation des fédérations nationales, rationalisation
des compétitions, harmonisation des calendriers nationaux, il y
a des enjeux plus importants : implication réelle au sein des structures
dirigeantes des footballeurs africains, professionnalisme, défense
au niveau international des intérêts des footballeurs africains,
intensification de la coopération avec les confédérations
des autres continents, organisation d’une Coupe du Monde en Afrique
en... 2010. Autant d’objectifs et challenges réalistes qui
exigent une politique volontariste, une approche plus consensuelle que
dirigiste, une politique ambitieuse et conquérante afin de sortir
de la frilosité et des discours d’intention, en vue de rassembler
pour rassurer, réunir pour échanger, relier pour prendre
du recul, se rapprocher pour innover en commun. |
Mettons également en exergue, la tartufferie, l’imposture
récurrente qui consiste à arguer que nos techniciens, dès
lors qu’ils sont aux commandes de nos sélections nationales
ont tendance à tomber dans le piège de la médiocrité
que véhiculent le népostisme, le clientélisme ou
la corruption. Pourquoi n’accorde-t-on pas les mêmes moyens
aux nationaux, que ceux qui sont inexplicablement octroyés aux
expatriés ? Victimes de nos éternels complexes, nous n’osons
pas, tout simplement ! Et pourtant, il est largement temps que les choses
changent. Le cas d’un pays comme le Tchad, modeste dans le domaine
du football, qui s’est attaché les services d’un sélectionneur
qualifié camerounais en la personne de Jean-Paul Akono, Champion
olympique avec son pays (Sydney 2000), en lieu et place des inévitables
encadreurs occidentaux aux compétences et parcours quelquefois
incertains, mérite d’être souligné et applaudi.
C’est la preuve que, des techniciens existent en Afrique, les bons
techniciens aussi. La CAF a là aussi un chantier important, visant
à encourager les migrations intra-africains ! Néanmoins,
sans verser dans l’excès contraire, elle devrait parallèlement
encourager l’implication "sincère" des techniciens
étrangers dans la formation des nôtres dès lors qu’ils
ne se comportent pas comme des mercenaires ou des simples "touristes"
ou "aventuriers". Dans le même ordre d'idée, elle
devrait encourager des politiques alternatives de formation visant à
préparer les encadreurs et techniciens africains à prendre
définitivement et durablement les rênes du football de leur
continent. Cette démarche contribuera certainement à identifier
les raisons profondes de leurs difficultés au plan local. |
Au regard de tout ce qui précède, le moment est désormais
venu, pour la CAF d’imprimer sa marque à tous les niveaux
du football mondial. Les résultats récents attestent de
sa capacité à aller de l’avant. Le Camerounais Issa
Hayatou, qui en est le Président, à plus de 55 ans, et également
vice-président du Comité Exécutif de la FIFA, est
face à des défis majeurs. Homme d’expérience,
il devrait définitivement intégrer qu’on ne gouverne
pas une institution prestigieuse comme la CAF en étant consensuel
à tout prix ! Plusieurs candidats déclarés ou non
se lanceront à l’assaut de son bastion. Ses qualités
plaident pour lui, les coalitions peuvent avoir raison de ses ambitions
désormais connues. Hayatou, après 30 ans dans le milieu
du football dispose suffisamment de données, d’informations,
de connaissances, de savoirs, de sagesse, bref de recul pour présider
la CAF non comme un agrégat de nations, mais comme une entité
organisationnelle sérieuse. Il faut passer du tas au tout. L’homme
dispose à ses côtés des hommes d’expérience
comme Fekrou Kidane qui fut pendant de longues années, directeur
du cabinet de Samaranch au CIO. Hayatou a beaucoup œuvré pour
le football africain, mais il reste encore beaucoup à faire. Le
mythe de "la salubrité" a vécu dans le football,
son éthique est à rebâtir. La CAF et son Président
sont forcément face à de challenges importants. Vaste programme! |
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