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Légitimes exigences ou Excessive suffisance ?

Par Thierry Mouelle II

Pour jauger du niveau du football africain de ces années 2000, les footballeurs eux-mêmes ont une bien curieuse manière de se prononcer. Jamais ils ne sont laissés aller à la démonstration d'une performance en croissance absolue, à peine soufflent-ils que le football africain est malade, malgré des prestations honorables dont il fait montre depuis une quinzaine d'années sur l'échiquier international. De l'avis de tous ceux auxquels nos colonnes se sont ouvertes, le jugement à porter sur le sport roi, doit absolument tenir compte de l'apport de la " légion étrangère " en équipes nationales, d'une part. De l'autre, le niveau réel des championnats locaux qui reflète mal l'ambition officielle de certains pays à égaler -la manière avec- les buts fixés par les grandes nations d'Europe et d'Amérique latine à savoir : toujours tenir haut le pavé des lauriers. Cette démarche est noble et nous amène à ces observations : les équipes nationales d'Afrique ne valent pas grand-chose sans leur armada de professionnels expatriés. Elles valent encore moins sans cette constante tendance à ne faire confiance qu'aux entraîneurs venus d'ailleurs. Elles ne seraient rien sans l'apport financier des Etats par l'intermédiaire du ministère de la jeunesse et des sports, faiseur et destructeur des destins. A ces observations greffons le commentaire ci-dessous en nous appuyant sur quatre cas choisis parmi les pays phares du football africain -le Cameroun, le Nigeria, le Ghana, l'Algérie.


Un quatuor dissonant

Tous les quatre -certes, il y en a d'autres- ont en commun d'avoir changé d'équipe technique en pleine phase éliminatoire à la fois de la Coupe du Monde et de la Coupe d'Afrique des Nations (CAN) 2002. Recherche de plus d'efficacité ou manifestation politique visant une certaine " coloration " de l'équipe étendard de la nation ? A cette question les deux pays du continent champions olympiques répondent par une prime aux services rendus : le Cameroun "sacre" Jean-Paul Akono, le Nigeria encense Jo Bonfrere. Le Ghana et l'Algérie tergiversent entre recherche de stabilité et volonté de rebondir dans la cour des grands.

Le Cameroun : c'est bon mais…

Jean-Paul Akono est cet entraîneur fils du pays qui remporte les Jeux Olympiques d'été 2000 en Australie. Dans la logique d'une nation reconnaissance, le destin des Lions Indomptables lui est confié. Remplaçant ainsi le Français Pierre Lechantre, lui-même vainqueur de la Coupe d'Afrique des Nations de la même année. Lechantre est " promu malgré lui " au poste de Directeur Technique National. Il n'en demandait pas tant et se bat toujours, semble-t-il, pour reprendre sa place au banc technique. Quel actif pour Akono en terme de résultats ? Plutôt probant : le pays est à la porte du mondial asiatique, menant son groupe avec douze points. Mais les Camerounais à force de s'estimer " indomptables " ne veulent plus simplement des victoires, ils exigent " de la manière ". Le ( mal ) heureux Jean-Paul Akono depuis sa prise en main des " Lions " ne fait que gagner d'un ou au trop de deux buts à zéro. " Insuffisant ! " clament les supporters qui demandent " sa tête " ! Exigeants à l'extrême pour faire comprendre que le football est un jeu avec lequel on ne joue pas au Cameroun. Exigeants avec l'équipe nationale, passifs à la limite amorphe avec le championnat local, ils inondent Internet et la presse spécialisée d'arguments démontrant l'incapacité de Jean-Paul Akono à conduire l'équipe nationale. Rappelons qu'il n'a subi aucune défaite: le football à deux vitesses dicte ici sa loi pernicieuse et joint à celle-ci une dénivellation des opinions qui roulent bien en dessous de la ceinture souvent, pour répondre au jeu des intérêts partisans. Non seulement Akono gagne " petitement ", mais en plus au sein de l'équipe nationale elle-même, des voix se font entendre qui seraient prêtes à jouer sans s'encombrer les services d'un entraîneur. A quelle logique obéissent ces illuminés ? Marc Vivien Foé (Lyon D1-France) n'en pense pas moins devant les caméras : " Le Cameroun peut aujourd'hui s'en sortir valablement sans entraîneur ". On en est là avant même d'avoir atteint les demi-finales d'une Coupe du Monde. A quelle fièvre succomberont le sens de la mesure et le respect des règles du jeu, si cela devait se faire ? Dans l'intervalle, les jours d'Akono seraient comptés…

Le Nigeria : promesse non tenue

Comme le Cameroun qu'il a pour voisin et challenger sur tous les plans, le Nigeria a lui aussi ses petits diables : après avoir auréolé le Néerlandais Jo Bonfrere de toute sa confiance, il l'amène à la démission pour résultats insuffisants et promesses non tenues. Le Nigeria est troisième avec sept points dans une poule (Coupe du Monde) où le Liberia de George Weah mène les hostilités. Bonfrere vainqueur des J.O d'Atlanta en 1996 sort par la petite porte au lendemain du match contre la Sierra Leone - le 21 avril-qu'il perd zéro but contre un. Amodu Shaibu, Stephen Keshi et Joe Erico, " les trois mousquetaires " locaux depuis longtemps à l'affût, héritent grassement du dossier " Super Eagles ". Il va s'agir pour ce collectif national de prouver que son équipe peut remonter la pente et s'offrir une autre qualification en phase finale de Coupe du Monde. Mais ces trois anciens adjoints de Bonfrere avaient déjà montré leur incapacité à travailler ensemble pendant et après les Jeux Olympiques de Sydney. Leur attitude antisportive ponctuée de querelles viles -entre autres raisons- avait contraint les autorités politiques à créer une commission d'évaluation des responsabilités des uns et des autres face à la déconfiture des juniors nigérians en Australie. Keshi et les siens ont-ils entre-temps mûri ? Se sont-ils assagis ? Peuvent-ils faire mieux que Jo dans le laps de temps qui leur reste ? En tout cas les fils du Nigeria sont aux commandes, le Blanc est parti.

Le Ghana : ambitions sans conviction

Le Ghana lui, las de toujours chercher son chemin depuis quelques années, avait vu en Cecil Jones Attequayefio le guide vers un peu d'espoir. Lui-même nous avait confié son ambition d'être parmi les grands d'Afrique en Coupe du monde à venir. La barre qu'il s'est fixée bien haut vient de retomber sur sa tête. Il a été remercié et laisse le Ghana quatrième d'un groupe où le Nigeria, la Sierra Leone, mais surtout le Liberia et le Soudan affichent les mêmes appétits avec plus de réalisations cette fois. Rendu à ce niveau -quatrième journée pour le Ghana- que peut Osam Duodu, le talentueux septuagénaire qui avait en 1978 remporté la Coupe d'Afrique des Nations et qui vient comme pour replâtrer les lacunes de l'équipe de Cecil Jones ? Peut-il encore amener le pays d'Abedi Pelé sur les plus hauts sommets ? Le Ghana attend son sauveur.

L'Algérie : trop de forces contraires

Les sauveurs et les hauts sommets, les " Fennecs " d'Algérie n'en rêvent plus. Depuis qu'ils se sont départis d'une bonne philosophie de victoire qui mette en émulation les jeunes locaux et expatriés. A l'image du pays tout entier, déchiré depuis 1992 par un contexte social extrêmement sanglant, le Onze algérien recherche sa voix en se privant des talents qui auraient concouru à une meilleure image de son football, en remerciant à tour de bras les divers encadreurs souvent appelés à grand renfort de publicité, sans s'assurer que leur talent pèse du même poids que le bien qu'on en dit. Résultat : l'Algérie marque le pas sur place. Passons sur une longue énumération à raison d'un entraîneur " tous les trois mois " et ce depuis une dizaine d'année. Le dernier en date, c'est Abdelghani Adjaoui. Sommé de faire sa valise. Son remplaçant ? L'inénarrable Rabah Madjer. Malheureusement lui aussi se fait attendre. L'homme aurait encore des obligations contractuelles au Qatar et ne peut débarquer à Alger qu'entre mi-mai et mi-juin. En l'attendant donc, les décideurs ont fait large place à Abdelhamid Kermali. Et le pauvre, qu'est-ce qu'il en prend dans les filets ! Les " Fennecs " sont quatrième " avec quatre points au bas d'une échelle de valeur où le Sénégal et le Maroc culminent avec neuf points chacun. Rabah Madjer ? " Rien n'y ferra : tout le monde sait son talent. Mais ces gens-là ne le laisseront pas travailler ", nous confiait encore Lakhdar Adjali ex-attaquant des " Fennecs ". Comme lui, d'autres talents jurent par Allah, qu'ils ne mettront jamais plus les pieds à l'équipe nationale. " Trop de forces négatives se battent pour traîner l'Algérie sportive au fond de l'oubli définitif ". Ils ne veulent pas y prendre part, ils ne veulent plus y porter caution en donnant de leur temps et de leur sueur à une nation peu reconnaissante.

Gagner, gagner, même au prix de se mentir à soi-même

Ainsi va l'Afrique. Sur ses devants de force conquérante qui exige davantage de respect devant les instances internationales (CAF,FIFA), elle charrie d'énormes contradictions, véritables forces d'inertie. Lasses de devoir un jour disparaître, ces forces d'inertie ne contribuent pas moins au discrédit des seuls véritables acteurs que sont les joueurs. Traités au rabais dans les grands clubs européens, ils traînent l'image de moins que rien malgré leur immense talents. "Nous lui avons donné la chance de s'en sortir en jouant chez nous " commente sous cape un président de club français à propos d'un buteur camerounais. Si quelque chose devrait changer sur ce regard condescendant des européens sur les joueurs africains, l'impulsion partirait d'Afrique. Mais l'Afrique a ses priorités. Même dénoncées par les mêmes joueurs qui ne cessent de demander une gestion transparente des fédérations; un respect-culte de la chose sportive ; une modernisation des structures et une politique de relève par la formation désintéressée des jeunes en priorité pour renforcer la qualité des championnats locaux, rien n'y fait. Car en face de ces exigences, un énorme mur à deux étages : celui des supporters qui demandent des victoires sans jamais forcer la main aux décideurs qui détiennent les moyens de ces victoires; ensuite celui des décideurs qui, loin d'être dupes, reconnaissent que le football est une mine d'argent. Mais une mine qui ne doit profiter qu'à une poignée maintenue hors de l'aire de jeu, en toute impunité. De tous ces dirigeants donc, peu à ce jour sont honnêtes et crédibles. Et ils ont dans leur sillage, des scandales en tous genres dont les moins surprenants restent ces valises d'argent destiné aux joueurs et qui disparaissent sans laisser de trace. Comment pouvoir gagner dans ces conditions, sans se mentir à soi-même ? Comment pouvoir bâtir le chemin des sommets sans un assainissement rigoureux de tous ces cadres qui, agglutinés autour des joueurs avec un statut de fonctionnaires professionnels qui paient des entraîneurs professionnels et mettent paradoxalement toutes les barrières pour empêcher la mise en place d'une professionnalisation des championnats locaux ! Mis à part les pays du Maghreb et l'intéressant cas sud-africain. A ces quelques moindres exceptions près, l'Afrique, quoi qu'on se dise, refuse le développement de son football. Rien que ça !

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