EDITO - NEWS

L'Editorial de Thierry Mouelle II
Rédacteur en Chef

L'inutile question de grandeur

Comme pour tout programme, il est de bon ton, il est de bon aloi, de dresser un bilan à la fin de l'exercice. Et celui qui attire ici notre totale attention, est supposé avoir mis cent ans. Car, plus que quelques jours et ce vieux siècle - le XX è de l'ère chrétienne- s'obligera de tirer sa révérence. Qu'en retenir ? Tel est, à notre humble avis, l'intellectuel cheminement qui aurait poussé la Fédération Internationale de Football Association (FIFA), à consulter à travers la planète, toutes bonnes gens susceptibles de l'aider à sculpter, puis à poser une bonne couronne sur la tête d'un homme. Cet homme hors du commun pour lequel, et dans l'exercice de son talent, pousser le ballon rond au cœur des stades, n'aura jamais été autre chose qu'un jeu de société. Seulement voilà, en égrenant son chapelet de réponses aux questions -implicitement démocratiques- questions posées à tous et à chacun, la FIFA n'en trouve pas un seul, mais deux. Les nommés Edson Arantes do Nascimento alias Pelé, et Diego Armando Maradona. Dieu merci qu'il n'en ait eu que deux ! Deux hommes, deux footballeurs qui, selon qu'on est de la vieille ou de la jeune génération, d'un côté ou de l'autre de chapelles de pensée, méritent absolument le sacre centenaire de meilleur footballeur de tous les temps.


L'ennui, disons l'embarras, c'est qu'un trône ne se partageant pas, il est fort peu probable qu'une couronne le soit. Il faut donc nécessairement trancher. Qui alors de l'un ou de l'autre des élus -au-delà du talent qu'on peut leur savoir individuellement- a l'indiscutable légitimation de symboliser l'image d'un sport respectable, rassembleur et honnête ? Qui lèguera-t-on aux générations à venir comme ambassadeur d'un siècle de pratique de football ? En ayant seulement songé à reposer ces questions, comme il ne fallait pas s'y attendre, le jeu a débordé du terrain pour rejoindre d'autres camps et cercles de réflexion pas toujours pro… Noir. Oui ! Autant qu'aux tendances actuelles où " l'étranger " est détestable et détesté, méprisable et insulté sur les stades d'Europe, autant il ne fallait pas exhumer le diable qui dormait et qui ne rêve que d'une chose : octroyer la fonction de représentativité mondiale à une race d'homme, une seule, et casser au besoin du Noir, car Pelé est Noir !
Questions : comment en est-on arrivé là, dans une structure où la diplomatie et l'élégance des gestes et des propos feraient force de loi ? Comment a-t-on pu jouer d'amnésie et de pseudo volonté démocratique dans cette maison de gestion des intérêts du jeu et des gains moraux et matériels du même jeu ? Comment a-t-on pu au soir d'un jour, imaginer de reposer une question que l'unanimité avait jusque-là déjà évacué de l'esprit parce qu'il allait de soi qu'un seul homme dans l'histoire du football est demeuré inégalable ?
En voulant bien faire officiellement, l'intention de la FIFA aura dépassé son cercle d'enfermement pour faire lumière sur son but précis : faire tomber Pelé de son piédestal. L'homme qui de 1956 à 1977 a engrangé 59 trophées, de l'alpha à l'oméga de sa carrière en 21 ans, aura marqué 1285 buts, aura été trois fois vainqueur de la Coupe du Monde (1958, 1962, 1970), 11 fois vainqueur du championnat brésilien. Monsieur Pelé, entre autre, l'homme sans lequel le football (soccer) n'existerait pas aux Etats-Unis d'Amérique -Organisateur de la Coupe du Monde 94 ! Il fallait certainement poser le problème autrement pour que lui soit trouvé un autre alter-ego plus digne. Car le monde aime Pelé. Autant pour la finesse de son jeu, le cumul des distinctions afférentes à son apport a-temporel dans le développement mondial du sport, que pour le miroir qu'il est par son hygiène de vie extrêmement saine.
Qu'est-ce qui se cachait donc derrière cette idée de sacrer un homme déjà fait roi de la même cause, sinon de créer une polémique inutile ? Depuis combien de décennies l'expression " le Roi Pelé " est-elle passée dans le langage courant, toutes langues confondues ?
En diversifiant ses moyens de communication afin de mieux diffuser ses vues de plus en plus européo-centristes, la FIFA s'est certes modernisée, mais elle n'a pas impliqué cette dérangeante vérité que l'Internet n'est pas toujours entre des mains propres. Un tir groupé et le faux devient comme c'est ici le cas, la vérité. Et cela, l'on ne devrait pas jouer avec. Car à la base d'un choix où un respectable monsieur de soixante ans se retrouve à disputer ses honneurs gagnés sans triche, avec un jeune à la psychologie éprouvée -c'est un euphémisme !-, et de vingt ans son cadet, il y a eu deux supports de communication diamétralement opposés: le journal en papier, et la coqueluche des temps modernes qu'est l'Internet. Pour les courtois lecteurs du magazine de la FIFA, l'incontestable reste incontesté : Pelé demeure roi. Pour les internautes le roi c'est Maradona. Un homme qui de 1976 à 1997 (début et fin ?) soit vingt et un ans d'exercice - la même durée que Pelé- n'a pesé que de 342 buts et une seule Coupe du Monde ! Les uns et les autres répondent certes aux exigences de leur foi, mais marcher sur l'histoire de façon volontairement " révisionniste " est un acte indubitablement iconoclaste.
La remise sur la pelouse du roi Pelé induit donc une réelle mauvaise foi. Et l'inutile question de grandeur qui l'a provoquée, un avertissement brandi au nez de la conscience internationale que l'institution du très médiatique Président Joseph S. Blatter ne voudrait fonctionner que par exclusion, que par contrôle ! Elle peut toujours dénier à toute l'Afrique réunie, l'intelligence de pouvoir organiser " une bonne Coupe du Monde ", mais elle devra définitivement retenir, jusqu'au moment où ses exploits seront égalés et dépassés, que le royaume du roi Pelé -un Africain déporté- n'est pas contrôlable. Il est un élan du cœur où les races et les hommes se sont de tout temps confondus, dans le stricte respect du mérite. Il n'appartient pas au monde lucratif du football-business que prône, soutient et défend M. Blatter. Non !
N'ayant pas été à l'origine de son sacre, la FIFA n'est pas habilitée à revoir le sens d'un " mandat " que seule la mémoire des hommes a institué. Toute institution ne vivant que par et avec ses repères, le repère du football est loin d'être polémiste et raciste. Si alors il devait y avoir à cette heure deux rois de football -ainsi qu' " ils " l'ont voulu depuis le 11 décembre 2000-, l'équilibre de la vérité historique serait-il pour autant sauf ? Que non ! il s'en trouverait forcément ridicule ! Car en y regardant de près, il y a bien mieux que Maradona pour frôler les marches du roi Pelé. Messieurs, ne nous méprenons pas : une étoile filante n'est pas le soleil !
Retrouvez l'édito précédent de T. Mouelle II