Martin Adjagodo (Président de la Fédération Béninoise de Football): «Je souhaite voir autour de la sélection nationale, tout ce que le football béninois compte de gens qui comptent»

Par Jacques Roux et Jacques Tidji à Paris

Avec son allure débonnaire, son regard malicieux et ses lunettes d’intellectuel, Martin Adjagodo, le Président de la Fédération Béninoise de Football rappelle à s’y méprendre un enseignant de lycée ou de faculté. Et pour cause. Pédagogue, engagé et tenace, l’homme qui a réussi à faire renaître de ses cendres le football béninois qui a connu une interminable crise de plus près de trois ans, s’exprime avec clarté et simplicité. Confronté à une opposition sans merci, l’homme a affronté les pires vicissitudes : menaces à peine voilées, intimidations, campagnes de presse calomnieuses, manœuvres de déstabilisation…Mais, à l’image de l’écureuil, «obstiné, vif et intelligent en toute subtilité», il a tenu bon contre vents et marées profitant du contexte démocratique dont jouit incontestablement le Bénin, pour persister et garder le cap. Ayant su s’entourer de compétences de tous horizons, à l’image de l’entraîneur ghanéen Cécil Attequayefio, il a réussi à qualifier, contre toute attente, pour la première fois de son histoire, la sélection nationale du pays du président Mahieu Kérékou pour la prestigieuse CAN 2004 qui se déroulera en Tunisie (24 janvier / 14 février). Le président de la FBF bénéficie du soutien incontestable du peuple béninois, des opérateurs économiques locaux et de l’appui sans commune mesure du gouvernement. Malgré son emploi de temps chargé, le président Adjagodo, de passage à Paris et en partance pour Tunis, a accepté d’accorder un entretien à la rédaction d’Africafoot.com dont nous vous livrons la teneur. A la découverte d’un homme franc, moderniste, ambitieux pour son pays, mais perspicace et réaliste qui place son action sous le «signe de Dieu». Entretien !
Africafoot.com : C’est la dernière ligne droite et il semble que les Ecureuils rencontrent quelques difficultés de préparation. Peut-on dire que le Bénin est prêt pour la CAN 2004 ?
Martin Adjagodo : Je vous remercie de m’accorder cet entretien et j’en profite pour souhaiter mes meilleurs voeux aux lecteurs d’Africafoot et à tous les amoureux du football africain qui consultent votre site. Je souhaite que cette année soit celle du football africain et surtout qu’il soit plus fort que par le passé, sur la scène internationale. Pour revenir à votre question, je dois annoncer que le Bénin est prêt. Vous savez, il s’agit ici d’un engagement politique et moral. La politique, dans la mesure où, nous avons voulu cette qualification et nous l’avons obtenue. Ensuite, nous avons constaté que, les autorités administratives et politiques se sont investies pour la réussite de cette participation à la CAN 2004. Nous pouvons donc affirmer qu’il règne une parfaite harmonie entre les hommes politiques et les membres de la Fédération nationale. Sur le plan moral, il est né un espoir dans l’esprit du peuple béninois et nous n’avons plus le droit de les décevoir et de revenir en arrière. Après avoir convaincu le gouvernement béninois de l’objectif à atteindre, nous devons maintenant réussir notre retour dans la grande famille du football africain et notre présence sur la scène internationale devra être une motivation permanente. Je voudrais qu’on sache qu’au Bénin, un engagement moral et politique accompagne la sélection nationale et «Les Ecureuils» sont conscients de la mission qui est la leur.
Africafoot.com : Comment le staff dirigeant du football béninois se sent-il depuis cette qualification ?
Martin Adjagodo : Vous vous doutez bien que c’est un sentiment de fierté qui nous habite. Nous nous sentons fiers depuis cette qualification. Nous savons que la compétition s’approchant, c’est maintenant que le plus dur commence. Nous nous sommes engagés à qualifier notre sélection nationale et cela s’est réalisé ! Les Béninois sont conscients des enjeux que représente une compétition de l’envergure de la CAN et la mission qui est la nôtre est de ne pas les décevoir. Vous savez, le peuple béninois est exigeant. Tenez, je vais vous raconter une histoire : notre président, monsieur Mathieu Kérékou, lorsqu’il nous a reçus après cette historique qualification, à la remise du fanion national, le chef de l’Etat m’a dit : «alors… et la suite?» J’ai répondu, «Excellence, nous faisons partie des seize nations du football africain qui seront présentes en Tunisie et je pense que pendant deux ans nous aurons notre mot à dire sur la scène internationale…» «Je suis d’accord avec vous, mais cela ne suffit pas, je veux la Coupe !» a t-il ajouté. Cela veut dire que tout le monde pense à gagner ce trophée un jour et le plus tôt serait le mieux, mais pour cela il faut travailler et faire ses preuves. C’est ce que nous comptons faire. Vous savez, notre président aime faire passer des messages en utilisant des propos. Mais, le connaissant, même quand il plaisante, il est sérieux. Et, je sais que, qu’il sait que j’ai compris son message: ne pas décevoir le peuple béninois. A la présentation de son bilan d’activité à l’assemblée nationale, le président de la république a de nouveau déclaré qu’il a mis le fanion en haut, il faut donc maintenant que la coupe suive cette trajectoire, sinon le fanion redescendra. C’est pour montrer l’esprit dans lequel nous baignons au Bénin en ce moment et surtout vous dire que toute une nation est derrière son équipe. Le professionnalisme a plus ou moins commencé au Bénin, nous étions les précurseurs de ce changement et nous avons eu des garçons comme Abédi Pelé qui est sorti du championnat de mon pays pour intégrer une équipe européenne. Nous avons beaucoup d’idées dans mon pays et certains savent prendre des initiatives, mais malheureusement, nous rencontrons souvent de l’incompréhension et scepticisme. J’ai des hommes autour de moi qui ont réussi à former une équipe de dirigeants soudés, celui qui ne se sent pas concerné par l’orientation que nous avons donné au football béninois sait se qu’il lui reste à faire, car grâce à Dieu, nous avons réussi une action positive qui est presque un miracle au regard des réactions des Béninois.
Africafoot.com : : Il y a un an, personne ne pouvait parier sur la qualification du Bénin pour la phase finale de la CAN. Martin Adjagodo et son équipe l’ont fait et avec brio! Quand on apprend la réaction du président Kérékou, qui semble être un gagneur, et de son peuple, peut-on dire que tout est en œuvre pour passer au moins le premier tour ?
Martin Adjagodo : C’est un objectif que nous devons atteindre, maintenant il faut savoir que c’est notre première participation et que si nous passons le premier tour, nous aurons fait un grand pas vers le retour sur la scène internationale. Et nous pourrons dire que notre retour est digne, surtout à cette Coupe d’Afrique des Nations qui sera très relevée. Je vous l’ai dit, une certaine volonté politique existe aujourd’hui au Bénin et tout est mis en œuvre pour une bonne participation. Alors, passé le cap du premier tour est plus ou moins indispensable pour nous. Vous savez, même si le président de la république le dit dans un certain esprit humoristique le dit, il faut savoir le prendre au sérieux et nous devons mériter la confiance de l’Etat, surtout l’espoir né au sein du peuple. En cela, je fais confiance aux joueurs talentueux que nous avons, qui sont très jeunes, je le sais. Mais, nous avons réussi à découvrir d’autres joueurs après notre qualification et nous comptons sur les efforts de tous ces jeunes pour porter haut le flambeau du Bénin. Nous avons découvert, comme je l’évoquais, des joueurs comme Bocco qui évolue ici en France, un autre qui est dans le championnat allemand, Adigo Dinalo et qui se trouve être capitaine de son équipe, il faut avouer que nous avons des valeurs en hommes qui existent pour le Bénin. S’il plait à Dieu, nous ferons une bonne prestation pour la gloire du football béninois et nous pourrons dire et je crois que vous qui nous suivez bien depuis longtemps pourrez le confirmer, que le Bénin est de retour. Ce qui est important à retenir, c’est que les Ecureuils ne feront pas piètre figure en Tunisie, vous pouvez compter sur nous.
Africafoot.com : Revenons à cet épisode de la fin de l’année 2003. La presse avait alors annoncé que Cécil Attequayefio, le sélectionneur national était « porté disparu » à quelques jours de l’échéance de la CAN 2004 ! Que s’est-il réellement passé ?
Martin Adjagodo : Ecoutez, certains journalistes de mon pays sont animés d’un esprit que je ne comprends pas. Modeste ANIHOUANOU, puisqu’il s’agit de lui, a effectivement annoncé cela sur les antennes de la radio Africa N°1 et je ne sais pas où il est allé chercher cette information. Je peux vous dire qu’avec Cécil Jones Attequayefio, c’est la parfaite harmonie, je suis au courant de ses moindres déplacements, quand il est parti au Ghana dans son pays, cela a soulevé des interrogations. Cécil a le droit d’aller en vacances comme tout travailleur qu’il est, nous avons des rendez-vous téléphoniques avec l’entraîneur tout le temps et je suis informé de tout ce qui se passe au sein de la sélection nationale. Je suis étonné de ce qui a été dit par ce journaliste et surtout par la légèreté de ses propos. C’est son droit le plus absolu car il existe ce que l’on appelle la liberté d’expression, mais avant de diffuser ce genre d’information, il est utile de se rapprocher de l’employeur de Cécil Jones qui est la fédération béninoise de football (FBF) pour confirmation, cela n’a pas été fait et je trouve cela dommage. Nous n’avons pas besoin de ce genre de méthode de déstabilisation en ce moment. Mais, bon, qu’est ce que vous voulez, certains travaillent et d’autres s’efforcent de détruire… en réalité, même une machine s’arrête à un moment et après un certain nombre d’heures de fonctionnement, ne serait-ce que pour révision. Alors, je vous le confirme : Monsieur Attequayefio est allé en vacances chez lui au Ghana, afin d’y passer les fêtes de fin d’année en famille. Vous savez ce que signifie «Christmas» pour un anglophone chrétien et pratiquant ? Il est revenu à la date convenue avec son employeur. Je ne vois pas ce qui est alarmant pour monsieur le journaliste. S’il parle du programme de préparation je dirais qu’il a raison, certaines rencontres ont été annulées, mais c’est indépendamment de notre volonté. Nous avons établi un programme de préparation, avec des dates existantes. Nous n’allons pas dévoiler ce qui s’est passé car cela fait partie de notre cuisine interne et notre objectif se trouve être Tunis 2004. Ceux qui veulent semer le trouble au sein du football béninois se trompent de combat. Je dois avouer que l’investigation n’est pas le fort de certains journalistes et c’est dommage pour eux car ils diront et écriront toujours n’importe quoi, mais je ne leur en veux pas, ils constateront par eux-mêmes, le niveau qui est le leur. Ils resteront toujours au stade de l’imagination et ne parviendront jamais à la réalité car ils ne prennent pas la peine d’aller chercher l’information qui est pourtant à leur portée. Je respecte beaucoup Modeste ANIHOUANOU, mais je constate qu’il s’est trompé dans son analyse car son information n’était point bonne. Il se serait rapproché de la fédération qu’il aurait eu la bonne information. En tous cas, il n’y a aucun conflit entre Cécil Jones Attequayefio et Martin Adjagodo, et encore moins avec le ministère des sports. Les relations sont bonnes. Son salaire est régulièrement payé, ses indemnités aussi. Il nous donne satisfaction pour le moment et nous n’avons rien à reprocher à cet excellent technicien africain que tout le monde connaît.
Africafoot.com : Justement, comment s’est préparé le Bénin et qu’est ce qui est mis en place pour les jours à venir, avant le début du tournoi ?
Martin Adjagodo : Vous savez, se préparer à participer à un événement comme la CAN, n’est pas une question de jours et encore moins une affaire de confrontation en compétition. C’est plus une affaire de préparation méthodique et objective. En clair, nous avons entamé notre préparation depuis longtemps. Nous étions en Belgique, au Ghana, en Afrique du Sud, à Saint-Etienne… et puis, les matches des éliminatoires aux diverses compétitions internationales font partie intégrante de cette phase préparatoire. Nous avons beaucoup travaillé. Il serait temps que certains reconnaissent nos efforts, c’est pour cela que plus nous serons critiqués, plus nous aurons la force de continuer car nous devons utiliser ces critiques et nous en nourrir pour avancer. L’entraîneur s’est servi de toutes ces rencontres pour ajuster son dispositif tactique. Car, il faut avouer que ces rencontres ne sont importantes que si elles permettent de peaufiner sa tactique. Le résultat n’est pas le plus important pendant cette phase. Ces matches permettent de faire des découvertes d’autres talents en les essayant. La suite, se passera en Tunisie dans quelques jours, pour un match contre les Aigles de Carthage, afin de moduler techniquement et tactiquement l’équipe et ensuite, nous aurons un dernier match avec un club local dans la zone où nous établirons notre camp. Nous sommes entrés dans la phase de régulation et de révision de certains postes. Nous ne sommes plus en préparation. C’est la partie psychologique qui prévaut en ce moment. Ce n’est pas en faisant le tour du monde que nous pourrons dire que nous avons fait une excellente préparation. Laissons le staff technique faire son travail et attendons les résultats. Le football ne se joue pas seulement sur le terrain, il se situe aussi dans le mental, dans l’abstrait et souvent dans ce que l’on ne voit pas. Car il y a un travail en profondeur qui est fait et qui pourtant est ignoré par certains parce qu’il n’est pas visible !
Africafoot.com : Nous avons en Afrique, le mythe de l’entraîneur européen. De plus en plus, nos dirigeants s’attachent les services de techniciens venus d’Europe, soit par complexe, soit par snobisme. Le Bénin a pris le risque de solliciter les services d’un grand professionnel africain. Peut-on savoir l’état d’esprit qui est le vôtre et surtout ce qui vous a poussé à le faire ?

Martin Adjagodo : Croyez-moi, si je n’avais pas eu Cécil Jones Attequayefio, j’aurais purement et simplement pris un entraîneur béninois. Vous savez, beaucoup tous ces techniciens ont suivi la même formation. Pour nous, les Africains sont aussi qualifiés que les autres et souvent davantage, car ils ont une parfaite connaissance du terrain et de l’environnement que certains encadreurs européens ignorent ! Pour que le football africain prenne définitivement son envol, il serait temps que les fils du continent prennent les choses en main. Nous devons investir sur nos techniciens et plus tard quand ils iront diriger des formations à l’étranger, nous serons fiers d’eux comme nous le sommes de nos footballeurs évoluant à l’extérieur du continent en ce moment. Je connais certains entraîneurs africains et même de mon pays qui ont fait les mêmes écoles que certains Européens qui se trouvent en Afrique en ce moment et qui seront à la CAN en Tunisie. Les nôtres ne méritent aucun respect et quand bien même ils sont sollicités, le traitement n’est pas le même. C’est à nous, les dirigeants, de changer cette mentalité, ce mythe qui dure depuis des décennies. Les dirigeants de notre continent devraient y penser sérieusement et je crois que c’est à cela que devrait servir les réunions des présidents de fédérations nationales. Nous devons échanger nos réflexions afin que notre football puisse trouver les solutions adaptées à ses problèmes. Nous sommes poussés par le sentiment d’appréciation que par celui de l’objectivité, et c’est là où se trouve le mal. Le technicien européen obtient toujours carte blanche lors de sa prise de fonction, ce qui n’est pas toujours le cas dans le cas des entraîneurs africains. Du côté du choix de l’entraîneur local, il vient souvent d’un choix familial, ethnique, amical, bref, il rejoint rarement un aspect objectif et d’un autre côté, s’il ne sélectionne pas un joueur, alors commence la campagne de déstabilisation. Il est l’ami du président de la fédération ou de l’ethnie du ministre voire du président de la république etc… Dans la famille du football béninois, Attequayefio a les mains libres et pour exemple, jusqu’à il y a quatre jours, personne ne connaissait la liste définitive des Ecureuils, moi avec. Il m’a juste fait quelques confidences sans plus. Il faut respecter cet homme qui nous a tant apporté et je crois que personne ne l’oubliera car c’est avec lui que nous avons réussi cette qualification, la première de l’histoire du Bénin. Les journalistes ont longtemps spéculé sur la liste de Cécil Jones sans jamais trouver d’indicateurs réels sur la liste définitive. Cet homme connaît son travail, ne le faisons pas à sa place. Nous devons apprendre, nous Africains, à respecter nos techniciens comme nous respectons aujourd’hui nos professionnels. De mon côté c’est chose acquise.

Africafoot.com : A cette 24ème CAN, signalons que quelques pays sont dans votre cas, dirigés par un technicien africain. Citons : le Kénya, l’Afrique du Sud et le Maroc. Quatre pays sur seize. Les autres préférant faire appel aux «sorciers blancs». Le Bénin est réputé pour ses pratiques et rites vaudou. Attequayefio et les Ecureuils ont-ils pensé à prendre la bénédiction des anciens?
Martin Adjagodo : Vous savez, tout le Bénin est placé «sous le signe de Dieu», si je fais miennes les affirmations du chef de l’Etat. J’ai souvent dit, que, s’il plait à Dieu, nous gagnerons notre pari, et je redis, le football ne se joue pas seulement avec les pieds, parfois la foi intervient, l’aspect psychologique, la confiance et d’autres éléments externes peuvent souvent apporter ce plus qui vous dirige vers le succès que certains ne vous accordent pas. Alors, l’abstrait peut aussi en faire partie et s’il se manifeste en Tunisie, c’est tout aussi bien pour nous, Dieu chez nous a pour nom Sèh, le Sèh Gbo Lissa (Dieu de la clarté) va nous accompagner, le Bénin est un pays de miracles, je crois que les gens doivent le savoir et ne pas avoir de petites considérations pour notre équipe car tout un peuple est derrière lui et nous pousserons nos représentants comme un seul homme. Rappelez-vous le chemin parcouru avant la conférence nationale dans mon pays, nous sommes partis de très loin pour arriver à la démocratie que nous vivons aujourd’hui. Nous pouvons dire que nous sommes un peu le berceau de la démocratie africaine car cela s’est passé pacifiquement et quand l’on regarde autour de nous, les foyers de tensions qui minent les autres pays nous laissent à penser que nous avons choisi la bonne voie. Pendant trois ans, il y a eu une crise du football béninois et un de vos confrères s’est interrogé sur l’improvisation des dirigeants sportifs. Tout était arrêté sur le plan sportif ou du moins sur le football, mais comment cela a t-il redémarré et puis comment cela se fait-il qu’en un an de fonctionnement, l’on se qualifie pour la Coupe d’Afrique des Nations ? Cela veut dire que la volonté compte dans une action et surtout que le pays a un potentiel mal utilisé, nous ne lâcherons plus rien. Nous sommes encore en lice pour la qualification à la coupe du monde, c’est surprenant pour un pays comme le notre qui sort de querelles intenses. C’est la volonté de Dieu qui se manifeste pour le compte du Bénin.
Africafoot.com : Il y a la volonté de Dieu et celle des hommes au Bénin, d’où votre présence à l’événement majeur du football africain en très peu de temps. Peut-on avancer que les Ecureuils sont prêts à «casser des noisettes» ?
Martin Adjagodo : Merci pour l’expression qui me convient parfaitement. L’écureuil est un petit animal intelligent qui est difficile à arrêter pour ceux qui le connaissent. J’ai déclaré un jour que l’écureuil est un animal vif que l’on peut écraser mais avant cela, il aura causé quelques remous dans son environnement par son intelligence, il sait se faire respecter. Je peux affirmer que cette intelligence se manifestera en Tunisie lors de la 24ème édition de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN 2004).
Africafoot.com : Mais, Monsieur le président, une CAN s’est une compétition qui exige de la rigueur en dehors de cette passion émotionnelle, de quels moyens disposez-vous pour affronter une compétition de l’envergure de la CAN?
Martin Adjagodo : Je me dois ici de rendre hommage au président Mathieu Kérékou qui n’a pas lésiné sur les moyens mis à la disposition des Ecureuils mais aussi à son gouvernement pour les efforts louables engagés. Nous en sommes bénéficiaires de toutes ses ressources, matérielles, morales et humaines. Il y a une commission paritaire mise en place qui jouit de la technicité des cadres du ministère de la jeunesse et des sports et de la fédération béninoise de football. Et c’est cette collégialité qui donne les résultats que vous connaissez au football de mon pays. Mais, les moyens nous en demandons toujours, nous avons surpris l’Etat ! N’oublions pas que le Bénin est un pays sous ajustement structurel de la Banque Mondiale et du FMI, cela veut dire que toute dépense doit préalablement être définie et programmée. Dans notre cas il eût été difficile de prévoir notre qualification pour une compétition aussi prestigieuse que la CAN. Ce qui signifie, les dépenses engendrées par notre qualification auraient nécessité d’être planifiées par le gouvernement. Mais, qu’à cela ne tienne, les pouvoirs politiques ont tout mis en œuvre pour nous venir en aide. A partir de cet instant, l’on peut affirmer qu’il y a eu une volonté. Nous ne pouvons que nous en féliciter. Certaines sociétés de la place comme la société Tundé qui est une société d’impression au Bénin, a fait la proposition d’octroyer la somme de cinq millions de francs pour chaque victoire des Ecureuils, d’autres nous versent dix millions, voire des sommes plus significatives… Ce n’est pas mal pour un début! Ce n’est pas le montant qui est important, mais la nature du geste qui prévaut et l’esprit qui nous guide. C’est une volonté populaire qui me réjouit et je salus toutes ces bonnes initiatives qui nous encouragent à aller de l’avant. C’est important pour l’avenir de notre football et je sais que nous n’allons pas les décevoir à l’avenir. Tous les indicateurs sont là pour que le football béninois prenne son envol. Les Ecureuils sauront certainement saisir toutes ces opportunités pour que nous améliorions ensemble les acquis. Je souhaite voir autour de la sélection nationale, tout ce que le football béninois compte de gens qui comptent.
Jacques Roux et Jacques Tidji à Paris  

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12/01/04