Anjorin Moucharaf, premier vice-président de la Fédération Béninoise de Football : «LE BENIN A, PAR ANTICIPATION, GAGNE SON MATCH DANS SON GROUPE»

Interview réalisée par Bob Chakouri Assani à Cotonou

A peine la cinquantaine, il a fait ses études d’Administration économique et sociale à Paris en 1982. Sorti avec son parchemin, il s’est donné depuis lors comme vocation le Football. Consultant à plusieurs reprises au Gabon pour des équipes de renom, il a travaillé avec les Fédérations nigériane et ghanéenne de football. Pendant 20 ans, il a pu maîtriser toutes les faces cachées du monde footbalistique. C’est ce bagage d’expériences accumulées qui lui a valu la parfaite connaissance de tous les compartiments du football et de pouvoir diriger avec aisance ce poste à responsabilités sur le plan National, à savoir la première vice-présidence de la Fédération Béninoise de Football (FBF). Toujours fier de lui-même, l’homme est l’auteur de la création de la commission «équipe nationale». Africafoot.com, à la veille des phases éliminatoires de la coupe du Monde 2006, s’est rapproché de lui. Sans aucune réserve, il nous parle des défis des Ecureuils, des dispositions pratiques qui sont prises actuellement pour livrer un match de haut niveau à Tunis.
Africafoot.com : Monsieur le Premier Vice-Président, le tirage au sort de la CAN 2004 a été effectué, tout le monde est fixé, les Ecureuils évolueront dans le groupe du Nigeria, de l’Afrique du Sud et du Maroc. Un groupe que d’aucuns qualifient «groupe de la mort». Qu’en pensez-vous?
Anjorin Moucharaf : Je peux vous dire que tous les groupes sont des groupes de la mort. A ce niveau de la compétition, il n’y a pas de petites équipes. Il y avait 52 équipes au départ, maintenant il n’y en a plus que 16. Je crois que toutes les équipes ont la même chance de gagner. Moi, je suis très heureux du groupe dans lequel nous sommes, dans la mesure où nous jouerons avec des équipes qui ont joué un rôle dans le développement du football en Afrique, dans le cours de l’histoire africaine. Ce sont des équipes de valeur, de taille, qui ne passent pas inaperçues sur la scène internationale. Notre pays, le Bénin, pour la première fois, participera à cette compétition; il y a de quoi être heureux. En fait, le but de la compétition n’est pas forcément d’être champion. Il s’agit surtout de façonner l’image du pays, c’est diplomatique. A mon avis, le Bénin a déjà gagné son match. Avec tous les matchs que nous allons livrer contre l’Afrique du Sud, le Nigeria et le Maroc, le Bénin est en bonne place et se fera connaître davantage. L’image du Bénin du point de vue diplomatique est soignée et c’est une fierté. Nous devrions même commencer à fêter notre victoire.
Africafoot.com : Quelles sont les dispositions que vous prenez actuellement pour permettre aux Ecureuils de créer la surprise à la CAN ?
Anjorin Moucharaf : Il n’y a pas de surprise. Je l’ai dit tantôt, l’enjeu pour nous, au-delà de tout, est une fête, l’objectif du Bénin est atteint, puisque aujourd’hui, du point de vue diplomatique, même dans les contées les plus reculées, le Bénin sera reconnu. Mais voyez la composition du Groupe D. Les Francophones, les Maghrébins s’intéresseront au Maroc, les Sud-Africains s’intéresseront au Africains. Le Nigeria se passe de commentaires. Je crois que nous allons à Tunis pour honorer le pays, pour faire la fête et si même nous devions mourir, nous mourrons les armes à la main.
Africafoot.com : Quelles sont les dispositions pratiques que vous prenez, ne serait-ce que pour galvaniser l’équipe nationale, l’inciter à prendre une part très active à toutes les échéances qui pointent à l’horizon ?
Anjorin Moucharaf : Dès la semaine prochaine, nous serons confrontés à nos collègues de Madagascar, et cela fait partie de la préparation de la CAN 2004, bien que ce match compte pour les éliminatoires CAN et Coupe du Monde 2006. Nous allons, après ce match, revoir le plan de préparation, le 11 octobre prochain, avec Antananarivo, car aujourd’hui, nous connaissons nos adversaires. L’entraîneur est à pied d’œuvre pour ce match de Madagascar, qui est pour nous capital, bien plus que la CAN elle-même, parce qu’il est inutile d’être qualifié pour la CAN 2004 et d’être absent après des préliminaires des qualificatifs de la CAN et de la Coupe du Monde 2006. Nous avons déjà fait un travail fastidieux avec les joueurs locaux. L’entraîneur National a demandé à ses collègues de première division de lui envoyer 3 joueurs. Au total, nous avons obtenu 54 joueurs. Il a organisé une sélection d’une semaine à Cotonou. Des 54 joueurs de départ, il en a sélectionné une vingtaine et ces vingt on été conduits au Ghana pour un stage de deux semaines. Il en a finalement gardé 13. Nous avons reçu certains joueurs qui évoluaient à l’extérieur et qui voulaient apporter une pierre à l’édifice du football. Mais nous avons pu retenir parmi eux un produit qui puisse nous permettre d’évoluer. Autant de dispositifs qui permettront une fête fastueuse. Pour finir, nous sommes allés à Alger après avoir joué avec la sélection du Septentrion, de l’Atlantique et du Littoral. Il fallait bien trouver une équipe étrangère et il n’y a pas de meilleure occasion que celle de l’Algérie en terre étrangère pour voir la capacité de ces joueurs locaux à réagir face à un public qui n’est pas le leur. Il est vrai que nous avons perdu 4 buts à zéro contre le Gabon, il est vrai aussi que nous avons perdu contre le Burkina par 1 but à 0. Loin de justifier notre défaite, toutes ces équipes avaient des objectifs très différents. Les Burkinabé ont envoyé leurs juniors qui joueront à la Coupe du Monde très bientôt à Dubaï, le Gabon a également envoyé son équipe à la compétition Mondiale, l’Algérie a fait jouer des locaux comme nous; par contre l’Algérie et le Gabon étaient totalement engagés dans la compétition avec leurs meilleurs joueurs. Voilà le travail qui a déjà été abattu. C’est dire que ces locaux n’ont pas pour autant démérité, car il fallait le faire. Parmi eux, il y en a au moins 7 qui ont pu générer assez d’espoir, qui semblent avoir de l’avenir et qui ont attiré l’attention de l’entraîneur. Ceux-là feront partie de l’expédition pour Madagascar. Dorénavant, à la Fédération, on les appelle «les joueurs de demain, ceux du futur», que nous protégerons et qui, dans deux ou trois ans, pourront valablement remplacer ceux qui évoluent à l’étranger et en première division.
Africafoot.com : Cela signifie-t-il, Monsieur le Premier Vice-Président, qu’en l’absence des professionnels, les locaux ne pourraient pas relever le défi du Bénin ?
Anjorin Moucharaf : Le football est une école, c’est comme si vous marchiez habituellement à quatre pattes et que subitement vous vouliez imiter celui qui marche sur ses deux pieds. Ce n’est pas possible. Dans la vie, il y a des étapes. Nous devons accepter de perdre des matchs. C’est comme un enfant de 10 ans, à qui on donne des armes dans le maquis, qui fera la guerre pendant dix ans. Lorsqu’il quittera le maquis, il deviendra un grand général de guerre, parce qu’il aura été formé par le terrain. Nous, nous privilégions la politique de terrain. Les locaux ont beaucoup joué avec le Mali, l’Algérie et le Nigeria. C’est ce qui a donné suffisamment d’espoir au peuple béninois. Aujourd’hui, Toklometin est en Israël et évolue dans une équipe de première division. Il est de même pour d’autres, et au fil du temps, tous évolueront dans une équipe de renom. Donnons le temps au temps, car c’est une pyramide. C’est aussi comme la Tour Eiffel : large à la base, pointue au sommet. C’est un exercice difficile, mais il faut l’accomplir. Il ne faut pas avoir honte de perdre des matchs. D’ailleurs quand vous perdez un match, cela signifie qu’il faut corriger certaines choses.
Africafoot.com : Par apport à l’échéance prochaine, qui constitue un grand défi pour les Ecureuils et le peuple béninois, quels sont les professionnels à qui vous avez fait déjà appel, qui viendront livrer aux côtés des locaux le match contre Madagascar, comptant pour les éliminatoires de la CAN et la Coupe du Monde 2006 ?
Anjorin Moucharaf : Nous avons fait appel à tous nos joueurs évoluant à l’extérieur. Moudachirou Amadou, le capitaine, est arrivé d ’Allemagne avant-hier. Nous avons invité tous les joueurs, et tous serons présents. Il y a aussi le cas d’Omar Tchomogo, qui il y a trois semaines ne jouait pas encore, suite à une blessure à Guingamp. C’est seulement hier qu’il a recommencé à trotter, mais il fera tout ce qui est en son pouvoir pour réintégrer l’équipe dès qu’il se sentira mieux, si son médecin lui en donne l’autorisation. L’absence de Tchomogo ne devrait pas constituer un très grand handicap, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle des dispositions sont prises pour préparer les locaux à remplacer valablement les professionnels en cas d’indisponibilité.
Africafoot.com : Après la qualification des Ecureuils devant Madagascar, quelle sera la suite des préparatifs pour Tunis ?
Anjorin Moucharaf : Je crois qu’après Madagascar, nous reprendrons encore les locaux, et travaillerons avec eux jusqu’à en dégager huit. Nous sommes contraints de jouer avec des locaux. Le campement continue. Nous jouerons à Sfax, et la Libye est une nation amie du Bénin. La Libye est à 1h00 de route de Sfax. Nous allons tout revoir avec l’entraîneur qui vous informera le moment venu du dernier plan de route, par le biais d’un point de presse. Pour le moment, la concentration est pour Madagascar, c’est capital pour nous et pour vous. J’ai toujours dit qu’il n’y a pas de grands journalistes, sans grands événements.
Africafoot.com : Monsieur Anjorin, vous aviez affirmé par le passé, avec insistance, que le Bénin serait à Tunis et prendrait part à la phase de la qualification de la CAN 2004. On croyait à rêve un peu béat. Aujourd’hui, ce rêve est devenu une réalité. Tout le peuple béninois vous a suivi. Si vous aviez un appel à lancer à ce peuple, que diriez-vous?
Anjorin Moucharaf : Je crois que le peuple a raison. Je voudrais bien lancer un appel aux hommes politiques béninois : lorsqu’on on s’engage, il faut le faire avec beaucoup de professionnalisme. Personne ne m’a contraint à me présenter à la tête de la vice-présidence de la fédération béninoise de football. Il n’a pas non plus été demandé à qui que se soit de venir à la fédération pour prendre un poste à responsabilités. Je dis que tout citoyen qui décide de faire ce que tout le monde ne peut pas faire, doit pouvoir laisser des traces. C’est pour cela que, lorsqu’on prend une partie du pouvoir, on doit avoir la sagesse de rester très sérieux et attentif, travailler et faire ce qui n’est pas réservé à tout le monde. C’est pour cela qu’immédiatement, il fallait créer un déclic. Nous allons partir à la CAN. Personne ne voulait y croire. Etait-ce une idée folle? Si quelqu’un disait, «je suis en 3ème et je veux avoir le BAC», ce serait effectivement une idée folle, mais ce serait possible à certaines conditions. Il suffirait que cet élève se mette en condition, qu’il ait d’une part un très bon niveau pour obtenir son BEPC, qu’il ait une méthode de travail, qu’il fasse suffisamment d’exercices, assez de recherches, et il pourra réussir. Le cas est identique pour les Ecureuils. Pour moi, l’enjeu était de tout faire pour que le Bénin soit présent au grand rendez-vous de la CAN. Le peuple le souhaitait. Maintenant, si j’échouais, je prendrais acte de mon échec. Nous avons tenté le tout pour le tout, avec le soutien des journalistes, de tout le peuple béninois, et des mannes de nos ancêtres. N’oublions pas le soutien du gouvernement, du général Mathieu Kérékou et de son ministre, qui a eu du flair en nous faisant une totale confiance, et en défendant constamment le dossier du football au niveau du gouvernement. Je crois que nous avons réussi, et tout le Bénin en est fier.
Bob Chakouri Assani à Cotonou  

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07/10/03