Iya Mohammed défie à nouveau le gouvernement camerounais

Le président de la fédération camerounaise de football a une fois de plus manifesté, au cours de la réunion du comité Exécutif et de l’assemblée générale de la fin du mois de mars 2008, son intention d’administrer les Lions Indomptables du Cameroun. L’avenir d’Otto Pfister est à nouveau remis en question par la bande à Mohammed Iya, qui a choisi le jusqu’auboutisme.

Une assemblée générale ordinaire de la fédération camerounaise de football s’est tenue le 29 mars dernier à Yaoundé, l’assise a comme d’habitude approuvé les yeux fermés les comptes annuels de l’exercice 2007, le rapport d’activité du président Iya, en donnant quitus à la gestion du Comité Exécutif. Or, on sait justement qu’en 2007, cette même assemblée avait donné quitus à la gestion de la fédération, alors que les rapports financiers présentaient des comptes déficitaires sur toute la ligne. Seuls quelques membres rebelles avaient dénoncé ces grabuges, alors que la majorité acquise à la cause des poches du président demandait de laisser passer cette sorte de gestion saucisson. A côté de cette démarche de routine dans son fonctionnement habituel, les administrateurs ont adopté les modifications et révisions de certains textes de l’institution de Tsinga. On sait par exemple que le président de la commission centrale des arbitres et ami du président Iya Mohammed, le sieur Tombi A Roko Sidiki, a fait son entrée au Comité Exécutif, en remplacement du père Ngango Otto, un autre ami du président, décédé l’an dernier.

Durant cette même assisse, le budget de l’exercice en cours a été adopté à des sommes prévisionnelles qui suscitent déjà de la curiosité et de sérieuses interrogations sur la capacité de l’équipe actuelle de continuer à rester aux affaires. Les recettes sont arrêtées à la somme de 2.283.436.000 francs CFA, alors que les dépenses s’élèveront à 2.290.703.500 francs CFA, soit un déficit programmé et approuvé par ceux qui ont donné le quitus de l’ordre de l’ordre de 7.267.500 CFA. La Fécafoot inaugure ainsi un autre mode de gestion pour narguer le pays tout entier, puisqu’ils sont sous la couverture de la FIFA, quels soient leurs égarements. Le point focal de cette assise a été l’adoption du rapport de la commission Roger Milla, chargée de l’examen des divers aspects relatifs à la préparation technique des Lions Indomptables pour la CAN et la Coupe du Monde 2010. Mais l’assemblée a surtout nommé l’officier de réserve et ambassadeur itinérant, Albert Roger Milla, au poste de président d’honneur de la fédération camerounaise de football.

La Fécafoot finit par instrumentaliser Roger Milla pour atteindre son but.

Le 20 février dernier, par la décision N°007, le président Iya Mohammed a créé une commission ad hoc de plus, comme il a coutume de le faire lorsque ses intérêts sont en jeu. Cette dernière est chargée de l’examen des divers aspects relatifs à la préparation technique des Lions Indomptables du Cameroun pour la Coupe d’Afrique des Nations et la Coupe du Monde 2010, en Angola et en Afrique du Sud respectivement. La commission Roger Milla, qui a travaillé pendant quelques jours sur la question, a remis sa copie au Comité Exécutif, qui a approuvé les recommandations contenues dans son rapport final. Selon certaines sources, cette commission avait pour objet de remettre une fois de plus en question la nomination et le travail du coach allemand Otto Pfister. Il était aussi question de faire le travail du ministère des Sports en élaborant un programme de préparation des deux compétitions, puisqu’au Cameroun, la gestion des équipes nationales revient au gouvernement camerounais. La preuve palpable que la fédération défie à nouveau le gouvernement et veut aller jusqu’au bout de sa logique, comme le soulignait la dernière fois Linus Pascal Fouda, c’est que le Comité Exécutif a reçu le rapport de la commission Roger Milla en posant le problème de l’incompétence de l’encadrement technique actuel des Lions A et la mauvaise organisation administrative de cette équipe.

Le Comité Exécutif ne mâche pas ses mots lorsqu’il conclut que l’encadrement technique emmené par l’Allemand Otto Pfister (Gwéha Ikouam est son adjoint et Thomas Nkono, adjoint chargé des gardiens de buts) n’est pas apte à obtenir les résultats fixés dans les objectifs dudit rapport et la réforme de l’encadrement administratif qui relève selon la fédération de sa compétence, pour répondre aux standards internationaux de la FIFA.  On remarque que la critique de la fédération tourne uniquement autour des Lions Indomptables, nulle part, la bande d’Iya Mohammed ne fait allusion aux catégories inférieures des équipes nationales ou des annexes, comme le Beach Soccer et le Futsal, qui sont les parents pauvres de la jungle qu’elle organise. A côté de l’approbation du rapport de la commission du vieux Lion Roger Milla, les 163 membres présents sur les 169 de l’assemblée ont également adopté les résolutions du forum sur la relance du football camerounais à l’horizon 2010, rencontre organisée avant le départ de l’équipe nationale à la CAN ghanéenne en janvier dernier. Il faut déjà dire d’ailleurs que lesdites résolutions étaient connues avant même le début des travaux tenus au Yaoundé Hilton hôtel. De plus, comment comprendre ce qui fait courir la Fécafoot sur la même question du football camerounais en 2010, alors qu’au Cameroun, le football à la base est abandonné à lui-même ? Quand on sait que le sieur Amougou Etogo Rolland, membre de cette fédération, avait reçu 35 millions de francs CFA pour l’organisation de ce forum d’un jour, on devine rapidement les motivations des instigateurs de ces événements à bulletins secrets. La D2, la D3, la D4, le football féminin et surtout le football des jeunes sont la risée du soccer au pays de Roger Milla, ce n’est qu’en cette année 2008 que le football des jeunes a été relancé, après environ 10 ans d’hibernation. Et dire qu’on ne veut parler des Lions Indomptables, il y a matière à réflexion…

Le Minsep demande de cesser de passer de séminaires en ateliers, il faut du concret!

Même si on connaissait d’avance la réaction du ministère des Sports par rapport à l’agitation de la fédération, le ministre Thierry Augustin Edjoa pense qu’il faut cesser de faire des discours plats, de passer de séminaires en ateliers. Il faut passer à l’action, comme l’a dit le chef de l’Etat dans son adresse à la nation le 31 décembre 2007. «En moins de trois mois, la Fécafoot a organisé deux forums, il y a d’autres préoccupations plus importantes. Je suis d’accord qu’on veuille prendre en mains la gestion de l’équipe nationale, qu’on veuille chasser le coach, mais il faut assumer les actes qu’on veut poser jusqu’au bout. Il faut proposer ce qui est mieux c’est-à-dire être capable de payer les entraîneurs, pas seulement l’expatrié et assurer toutes les autres obligations autour des équipes nationales. En plus, il ne faut pas oublier qu’il y a des textes au Cameroun qui régissent les équipes nationales, il y a des contrats particuliers pour les entraîneurs, il y a des textes qui prévoient que le sélectionneur national soit le Directeur Technique National. Les textes sont peut-être vieux, mais tant qu’il n’y a pas une nouvelle réglementation, on se soumet à ce qui existe déjà», souligne le Minsep qui  n’a pas fait de déclaration officielle depuis que les forums et séminaires sont organisés par la fédération.
Mais le 31 mars 2008, le Minsep a adressé par pure formalité d’usage une lettre de félicitation à l’ambassadeur itinérant Roger Milla pour sa nomination au poste de président d’honneur de la Fécafoot. Or, l’an dernier déjà, on savait que Roger Milla était farouchement opposé aux machinations de la famille d’Iya Mohammed sur la gestion du football camerounais. On ignore ce qui s’est passé entretemps pour retrouver Milla Roger dans les draps des gens du quartier Tsinga à Yaoundé. On le voyait aussi très actif au ministère des Sports, mais depuis qu’il n’est plus en odeur de sainteté à la tutelle, le joueur africain du siècle a retourné son maillot N°9 en N°6, d’attaquant en défenseur, surtout que la fédération entend se servir de lui pour faire aboutir le complot ourdi depuis l’arrivée d’Otto Pfister au Cameroun. Il faut également relever que l’ambassadeur itinérant et de l’Onusida a été lui-même Directeur administratif des équipes nationales à une époque dans le sous-sol du stade Ahmadou Ahidjo, inutile de rappeler que son aventure s’est achevée les bâtons dans ses roues par des mains invisibles.

Les farces de la Fécafoot dans le collimateur

En dehors des principaux buts visés au cours des dernières assises des 28 et 29 mars, la fédération a pris quelques résolutions d’appoint pour masquer ses vraies intentions, elle a retenu la décision prise par son Comité d’Urgence d’adopter les règlements de la coupe du Cameroun, des championnats provinciaux, départementaux et d’arrondissements. Elle a aussi validé les résultats de la phase aller du championnat de D1, jamais ceux des championnats inférieurs. Elle a adopté les règlements du championnat de première division du football féminin, du championnat de football de D2 féminin et le règlement de la coupe du Cameroun de football féminin. Mais quand on connaît le nombre de règlements souvent adoptés par la Fédération mais qui ne sont jamais suivis d’exécution, il y a de quoi écraser une larme. Ensuite, on ne parle que de D1 et D2 chez les femmes aujourd’hui, que feront les juniors et les cadettes qui sont pourtant engagées dans les éliminatoires des Coupes du Monde 2008 au Chili et en Nouvelle-Zélande?

Si par ailleurs le statut des arbitres attendus depuis des lustres a aussi été adopté, par contre le Comité Exécutif a encore repoussé la désignation d’un Secrétaire général à la Fécafoot à une date ultérieure, comme pour continuer à donner des coudées franches à Abdouraman Amadou, le chargé de la communication. C’est lui qui joue les rôles de DG, SG et super vice-président de cette association constamment à couteaux tirés avec le gouvernement camerounais. A la fin, le Comité, au nom d’Iya Mohammed, a remplacé un Abbo Mohamadou par un autre Abbo Mohamadou, comme une histoire de famille, au poste de vice-président de la Fécafoot, parce que celui qui a été remplacé était un cumulard.
Il était à la fois membre du Comité d’urgence, membre du Comité Exécutif, vice-président de la Fédération et président de la ligue provinciale de football de l’Adamaoua. Il a préféré garder sa ligue, les ligues étant gérées en clientèle privée au Cameroun, mais il reste membre du Comité Exécutif de manière statutaire, alors son homonyme, député de son état, vient relancer cette fâcheuse habitude d’être partout à la fois, au moment où les jeunes au chômage broient du noir. Iya Mohammed lui-même est le DG de la Sodecoton depuis près de 24 ans, il vit à Garoua, au Nord du pays, alors que les textes de la fédération imposent au président de résider à Yaoundé où est situé le siège de la maison du football. Plus grave, les textes de cette association prévoient une assemblée générale avant le début de la saison, celle de 2008 n’a jamais été tenue, les mêmes textes prévoient des assemblées générales au niveau des clubs, mais seuls quelques clubs vaillants se soumettent souvent à cette obligation, le reste n’a aucun compte à rendre et la fédération constate juste les dégâts, sans réaction.

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2/04/08