Bernard Zibi, alias Bernard Lama: «Je ne dis pas que je n’ai rien à démontrer, j’ai tout à démontrer, mais je n’ai plus rien à prouver au Cameroun»

L’ancien gardien des Lions Espoirs, lors de la qualification des moins de 23 ans pour Sydney 2000 en Afrique du Sud, vient de disputer sa première coupe d’Afrique des nations de Futsal en Libye, où le Cameroun est sorti au premier tour et où il a été désigné meilleur gardien du tournoi. Il dit que l’expérience a été fructueuse et riche d’enseignements. «Bernard Lama», qui a pratiquement fait le tour des équipes de D1, est aujourd’hui à cheval entre la D2 et le football à cinq. Il travaille dur chaque jour dans les Forces Armées et Polices (FAP), son équipe de D2 et le Real de Mbangassina pour le Futsal. Durant la CAN libyenne, il a eu des contacts qui pourraient aboutir enfin à un contrat professionnel, ce que cet énorme gardien expérimenté a toujours souhaité. Zibi n’a pas voulu en dire plus, mais apparemment, il aurait des contacts avancés avec la J.S.K en Algérie. C’est d’ailleurs à partir de ces FAP qu’il a été appelé dans l’équipe nationale militaire avant la Camfoot 2006 à Yaoundé et la Coupe du Monde 2007 en Inde.

Il entend relancer sa carrière à travers le Futsal qui balbutie encore au Cameroun. Durant le tournoi baptisé «Yaoundé Open 2008», organisé le 19 avril 2008 par l’opportuniste président de la ligue provinciale du Centre Roger Nyassa Soleil, tournoi remporté par le Real de Mbangassina devant l’Ouragan de Yaoundé, 3 – 2 aux Tirs aux buts, nous avons rencontré l’ancien gardien des Lions minimes, cadets, juniors et Espoirs. Il se vante d’ailleurs d’être le seul à avoir fait toutes les catégories, contrairement à certains qui tombent dans les Lions Indomptables comme des cheveux sur la soupe. Dans l’entretien que nous avons eu, il évoque aussi le tournoi international amical que nos Lions de Futsal s’apprêtent à aller disputer en Tunisie du 14 au 21 mai prochain.

Africafoot.com: Qu’avez-vous pensé de la première CAN que vous avez disputée en Libye?

Bernard Zibi: J’ai trouvé ce tournoi très attrayant, vous savez que nous sommes des footballeurs, Christiano Ronaldo a joué le football en salle, Samuel Eto’o Fils lui-même a joué ce football au Barça, Ronaldinho aussi, donc au Cameroun, quand on a commencé à organiser cette discipline, on m’a convoqué pour l’équipe nationale, alors que je suis un footballeur à onze. Nous sommes arrivés en Libye, il faut dire la vérité, le Cameroun n’a pas d’infrastructures, on jouait sur le plancher. Par contre, comme vous le voyez là, on évolue sur du goudron, sur un terrain de basket-ball, et lorsque nous arrivons sur le plancher, ça devient difficile. Il fallait d’abord s’adapter, avoir des chaussures adaptées au plancher, ce qui a fait qu’au premier match contre le Nigeria, nous faisions 3 – 3, alors que nous menions 2 – 0. Les Nigérians sont revenus au score parce que nous éprouvions d’énormes difficultés avec le terrain, les chaussures et autres. Dans l’ensemble, le Cameroun est sorti au premier tour, mais moi, personnellement, j’ai été sacré meilleur gardien du tournoi parce que je me suis sacrifié pour donner le meilleur de moi. Il y a des matches où on aurait pu nous battre 25 – 0.

Africafoot.com: Comment trouvez-vous le Futsal?

Bernard Zibi: Dans le Futsal, on va trop vite, il n’y a pas de temps à perdre, c’est là où on voit si le gardien peut réagir vite, comment il intervient, donc pour moi, le football en salle m’a appris beaucoup de choses, il peut vraiment m’aider dans ma carrière de football à onze.
Africafoot.com: Honnêtement, si le Cameroun était doté d’infrastructures viables, auriez-vous fait mieux?
Bernard Zibi: Si nous avions de bonnes infrastructures, nous serions allés loin, mais prendre part à une coupe d’Afrique sans avoir joué une seule fois sur du plancher, c’est difficile. Donc, je lance déjà un appel aux autorités pour terminer le Palais des Sports de Warda qui sera doté de telles salles, je leur dis déjà merci, pour avoir pensé à cet ouvrage qui nous aidera dans l’avenir.
Africafoot.com: Certains disent que vous appreniez les règles du jeu au fur et à mesure que la compétition se déroulait?
Bernard Zibi: Effectivement, alors que nous quittions le Cameroun, nous avions connaissance de certaines règles. Arrivés en Libye, le règlement que nous avions appris a été modifié durant la compétition. Au Cameroun, on nous disait qu’il n’y avait pas de contacts, mais sur place, pendant la compétition, il y avait un léger contact qu’on tolérait, nous étions donc surpris d’être bousculés. Quand on croyait que la faute serait sifflée, les autres continuaient à jouer et marquaient des buts inopinés contre nous. C’est ainsi qu’on encaissait beaucoup de buts, il faut dire la vérité, on ne connaissait pas le règlement au départ.
Africafoot.com: En ce moment, vous vous apprêtez à aller prendre part à un tournoi amical en Tunisie. C’est une bonne nouvelle pour vous?
Bernard Zibi: Vous savez que le Cameroun aime être le dos au mur, moi particulièrement. En quittant le pays, j’avais promis à mes compatriotes de faire une bonne compétition, surtout qu’elle était qualificative pour la Coupe du Monde. Nous sommes passés à côté du sujet, il est question maintenant d’aller laver cet affront en Tunisie, cette équipe qui nous a battus en Libye, par 4 – 1, alors que nous étions à 1 – 1 à la mi-temps. Nous devons nous venger maintenant, nous n’y allons plus pour apprendre.

Africafoot.com: Que voulez-vous gagner dans ce tournoi?

Bernard Zibi: Nous voulons d’abord gagner le trophée mis en jeu. Ensuite, il y a des enveloppes d’environ 500.000 dollars en jeu, c’est beaucoup d’argent. Vous savez qu’ici, au pays, nous jouons pour rien, nous n’avons rien, ce sera une bonne aubaine pour nous. Il faut dire la vérité, nous nous battons jusqu’ici pour rien parce qu’il s’agit d’un football en promotion, qui n’est pas encore vulgarisé au Cameroun.
Africafoot.com: En dehors du fait que vous ayez été élu meilleur gardien de la CAN, qu’y avez-vous encore gagné d’autre personnellement?
Bernard Zibi: Personnellement, j’ai eu des contacts très avancés avec Mohamed Boughuerra, qui est un agent FIFA reconnu. Il a placé des joueurs comme Pensée Bilong, Bill Tchato (Photo), Gilles Augustin Binya, il m’a aussi contacté parce qu’il a été émerveillé par mes prestations. Nous avons signé un protocole d’accord qui me permet de rentrer au pays avant de finaliser le projet. Je ne peux pas en dire plus, mais je risque de quitter le pays dans les jours qui viennent. Et là, je dis merci à Monsieur Nyassa Soleil, qui m’a permis de m’exprimer et d’avoir cette opportunité.
Africafoot.com: Cette aventure va sans doute relancer votre carrière?

Bernard Zibi: Cela va forcément relancer ma carrière, vous savez que je joue depuis le plus jeune âge, je n’ai pas triché, j’ai été chez les minimes, cadets, juniors espoirs, et je continue à travailler. Tous mes promotionnaires sont partis, les Eto’o Fils, Song Rigobert, Souffo Patrick, avec qui j’ai joué devant vous. Mais je suis pratiquement le plus ancien qui n’a pas bougé, les Ogandi, Bekono, Ebédé et autres Kameni Idriss Carlos sont partis. Je continue à travailler, parce que je me dis que les doigts de la main n’ont pas la même taille et que mon jour n’est pas encore arrivé. Je ne dois pas me décourager, Andem William qui est mon aîné, joue encore à Boavista au Portugal. J’attends mon tour, il n’est jamais trop tard.

Africafoot.com: Est-il facile de jouer en D2 et au Futsal en même temps?

Bernard Zibi: Ce n’est pas difficile pour moi qui suis international camerounais, parce que je sais ce que je recherche, mais ce ne sera pas facile pour ceux qui ne savent pas ce qu’ils veulent. Moi, je n’ai pratiquement plus rien à prouver au Cameroun, comme vous le savez, je ne dis pas que je n’ai rien à démontrer, j’ai tout à démontrer mais je n’ai plus rien à prouver au Cameroun. C’est-à-dire chercher un nom en posant la question, Zibi c’est qui? J’ai joué 15 ans en D1, j’ai été 3 fois champion du Cameroun avec le Canon de Yaoundé, Sable de Batié, j’ai joué la ligue des champions en Afrique, j’ai gagné la médaille d’or aux jeux africains en 1999 à Johannesburg en Afrique du Sud, j’ai qualifié le Cameroun pour Sydney 2000. Malheureusement je me suis blessé, c’est à ce moment qu’on a fait appel à Idriss Carlos Kaméni pour les jeux olympiques, parce qu’il n’était pas avec nous, j’étais avec Bekono Endéné. Donc je n’ai plus rien à rechercher, je m’organise simplement, je sais à quelle heure je vais avec les FAP, je sais aussi à quelle heure je vais avec le Real et je me donne une hygiène de vie responsable qui me permettra d’être à ma place un jour.

Africafoot.com: Cela représente-il beaucoup de sacrifices?

Bernard Zibi: Oui, c’est beaucoup de sacrifices pour avoir une place au soleil, vous l’avez compris.

Africafoot.com: Votre tournoi «Yaoundé Open 2008» vous aide t-il?

Bernard Zibi: C’est déjà un tremplin pour le tournoi de la Tunisie. Personnellement, je n’avais jamais fait du Futsal, j’ai commencé à apprendre quand on m’a convoqué en stage, et comme j’ai une capacité à vite assimiler mes leçons, je me suis facilement adapté. Lorsque nous nous sommes rendus en Libye, nous n’avions aucune compétition en jambes, cela nous a énormément pénalisés. Ce tournoi va donc nous permettre d’être en forme et de négocier sereinement notre avenir dans cette discipline passionnante.

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19/05/08