Henri Michel (Entraîneur/Côte d'Ivoire): «C’est sur le terrain qu’il faudra prouver la qualité de son équipe»

Africafoot.com: Le tirage au sort de la Coupe d’Afrique des Nations vient de s’achever. Quelles sont vos impressions?

Henri Michel: Au départ, nous savions que nous aurions un groupe difficile, puisque nous étions dans le troisième chapeau, mais c’est encore plus difficile à présent, car nous appartenons au groupe du pays organisateur. En général, l’avantage est donné au pays organisateur. De plus, l’équipe d’Egypte est une équipe remarquable, qui joue très bien et dont nous avons tout à craindre, d’autant plus que nous étions dans le même groupe lors des éliminatoires. Il y a également le Maroc, qui était l’un des finalistes de la dernière Coupe d’Afrique des Nations et qui a failli vaincre la Tunisie en match éliminatoire. La Libye est une équipe dont on parle peu, qui n’arrive pas sur un terrain pour tenter de gagner absolument, mais qui vient pour brouiller les cartes et pour ne pas jouer au football. Nous appartenons donc à un groupe extrêmement difficile. Nous devrons être à notre meilleur niveau pour essayer de nous qualifier pour le tour suivant.

Africafoot.com: Vous retrouvez l’Egypte que vous aviez déjà rencontrée lors des éliminatoires. Que pensez-vous du fait de retrouver les mêmes équipes, à savoir l’Egypte et la Libye, à la CAN?

Henri Michel: Cela peut être un avantage ou un inconvénient. Le problème est de déterminer ce que l’on fait de la Coupe d’Afrique des Nations. Est-ce que l’on s’en sert comme exercice de préparation en faisant abstraction des résultats? On connaît très bien, en Afrique, les réactions des populations et des médias selon que l’on gagne ou non, cela prend des proportions exagérées. Ce sont là les dangers de cette coupe d’Afrique des Nations avant la Coupe du Monde. Nous avons une équipe perfectible, qui peut progresser et qui doit mettre à profit cette Coupe d’Afrique des Nations pour s’améliorer et arriver à la Coupe du Monde dans les meilleures conditions. Il faudra déjà arriver en bonne condition et en forme pour la CAN, en janvier prochain.

Africafoot.com: Pour Henry Michel, le technicien, quelles sont les équipes qui pourraient se qualifier pour l’étape suivante?

Henri Michel: En général, je ne fais jamais de pronostic, parce que je sais très bien que le football nous réserve tellement de surprises. Il est difficile de faire des pronostics, mais si on fait référence au passé des nations, l’Egypte fait partie des favoris, la Tunisie, le Sénégal (peut-être) aussi et des surprises peuvent se produire. Mais ce ne sont que des paroles, c’est sur le terrain qu’il faudra prouver la qualité de son équipe.

Africafoot.com: De votre point de vue de technicien, pouvez-vous nous dire quelle est l’équipe, sur le total des 16, qui est vraiment à la hauteur, sur le plan technique ?

Henri Michel: J’espère que c’est la Côte d’Ivoire, il m’est difficile de répondre autre chose. Je pense que nous avons un potentiel qui est capable de rivaliser avec n’importe quelle équipe, notre seul inconvénient est notre manque d’expérience. C’est pour cela que cette Coupe d’Afrique des Nations doit être mise à profit pour progresser. Mais nous ne sommes pas les seuls à avoir un potentiel avéré, l’Egypte peut surprendre beaucoup de monde, pas nous, parce que nous avons joué deux fois ensemble durant les éliminatoires. Cette équipe nous a donné une bonne impression, nous avons gagné deux fois, la première fois avec beaucoup de chance, la deuxième fois, un peu moins. Je pense que c’est une équipe que nous devons redouter, parce qu’elle organise la compétition et devant son public et sa nation, elle ne peut pas se permettre de se tromper.

Africafoot.com: Quelle est l’équipe qui, sur le plan offensif, était la plus combative durant la phase éliminatoire?

Henri Michel: Il me semble que c’est le Togo (Photo) avec Emmanuel Adebayor comme meilleur buteur de cette phase qualificative et ce qui est important à souligner est que cette nation a totalisé 23 points sur dix rencontres. Cela se respecte. Nous essayerons de faire mieux qu’eux et d’être les meilleurs. Je pense que la particularité de l’ensemble des équipes africaines est d’avoir une qualité offensive et de l’expérience sur le terrain, et surtout de donner un beau spectacle. La coupe d'Afrique en Egypte s'annonce belle, rude, technique et tactique... il va falloir beaucoup réfléchir sur ce que l'adversaire vous réserve, rien ne devra être négliger.

Africafoot.com: Qu’est ce qui n’a pas fonctionné lors du match contre le Cameroun?

Henri Michel: Nous avons fait trois grosses bêtises, qui nous ont coûté trois buts, alors que le Cameroun n’a pas été plus dangereux que nous, et bien moins dangereux que nous. A part ces trois erreurs défensives, nous n’avons pas grand-chose à reprocher aux joueurs, mais à ce niveau, ce n’est plus le genre d’erreurs à faire. Après, il nous restait à espérer et j’ai dit aux joueurs que s’il y avait une chance sur un million, il faudra la jouer. C’est ce que nous avons fait au Soudan, nous avons rempli notre contrat. Ensuite, j’étais convaincu que l’Egypte ferait un bon match à Yaoundé, au Cameroun, parce que c’est le pays organisateur de la CAN. L’entraîneur était sur la sellette et un bon ou un mauvais résultat tout pouvait changer dans la vie de cette équipe. Je ne me suis pas trompé, ils ont fait un bon match, un bon résultat, personne ne pouvait savoir que Pierre Womé tirerait le penalty sur le poteau, c’est la finalité de l’histoire. Il y a donc une forme de justice. Nous avons réalisé tout le parcours en tête, à part l’incident du match face au Cameroun. Si nous n’avions pas été qualifiés, cela n’aurait pas été normal.

Africafoot.com: Comment était votre moral au moment où vous perdiez à Abidjan et lorsque vous retrouviez le chemin de la Coupe du Monde?

Henri Michel: Vous connaissez très bien les réactions en Afrique. De plus, en Côte d’Ivoire, ce match dépassait le cadre du football, avec tous les évènements qu’il y a en Côte d’Ivoire. Tout le monde s’était rabattu sur l’équipe nationale, espérait trouver un peu de bonheur et la pression était encore plus grande. Je vous laisse donc deviner tout ce qui c’est passé chez les supporters et dans la presse en général. Cela fut excessif, comme d’habitude, sans considérer le match et le résultat brut, cela a entraîné des débordements. C’est aussi une joie immense quand les évènements se passent comme cela s’est déroulé, je ressentais une joie intérieure très forte grâce à ce groupe de joueurs qui, depuis le début, croyaient en cette qualification et avaient envie de cette qualification.

Africafoot.com: Que pensez-vous de ces journalistes ivoiriens qui vous décriaient et vous élèvent à présent au statut de héros?

Henri Michel: Ce n’est pas uniquement dans ce pays que ce genre de choses arrive, mais dans tous les pays du monde. Lorsque nous avons perdu contre le Cameroun, ils ont critiqué le choix de la défense. Pourtant, avant ce match, nous avions la meilleure défense des éliminatoires. J’essaie de rester lucide et objectif, d’assumer mes choix et mes actes. Je ne fais pas des choix de complaisance, j'essaye de trouver la meilleur formule possible à mon équipe. Il peut arriver que je me trompe, mais j'assume mes choix!

Africafoot.com: Qu’avez-vous à dire au sujet la CAN, vous qui avez déjà participé à plusieurs de ces compétitions?

Henri Michel: Cela n’a jamais été une grande réussite, il y a danger si cela se passe mal, mais les retombées peuvent être tout aussi positives si on fait de bons matches, si on acquiert de l’expérience et si le résultat est probant. Il ne s’agit pas seulement de gagner, mais aussi d’arriver en demi-finale, en finale. Nous fixerons des objectifs, mais ce qui me paraît le plus important, c’est de montrer la qualité dans le jeu. Nous ferons en sorte que la Côte d'Ivoire devienne une grande nation de football et que cela dure le plus longtemps possible, les joueurs devront intégrer cela et le reste suivra.


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27/11/05