Pierre Aubameyang : Il Faut qu'on Arrête de se Mentir...

AF. COM :A vous entendre les responsables du football gabonais font fausse route?
P.AUBAME : C'est trop facile d'attendre les subventions de l'Etat! Je pense que quand on veut bâtir un édifice il faut des fondations solides, et compter d'abord sur ses propres moyens. Dans le cas du football gabonais, on a l'impression que les choses sont plus politiques que sportives.
AF.COM : Le Ministre gabonais des Sports, Monsieur ONDO semble partager votre opinion...
P.AUBAME : Il a parfaitement raison. Mais, il va falloir qu'il prenne des mesures très rapidement s'il veut rendre service au sport et plus particulièrement au football gabonais. Il est urgent de sanctionner toutes ces personnes qui gravitent autour du football uniquement pour leur propre intérêt. Je constate qu'en 1996 on est parvenu, malgré les difficultés, jusqu'en quart de finale de la coupe d'Afrique des Nations. Je me rappelle que ce jour-là après notre élimination par la Tunisie, Michel Platini est venu nous rendre une visite amicale dans les vestiaires. Je me rappelle toujours ce qu'il m'a dit: "Pierre, vu l'évolution de votre pays, je suis convaincu qu'on se retrouvera à la Coupe du Monde 98 en France". Il était persuadé que malgré la jeunesse de notre sélection, elle était appelée à progresser et a s'imposer au niveau africain. Malheureusement après cette prestation fort honorable, on a reculé. Et, je ne peux que lancer un cri d'alarme et un appel au Ministre actuel pour qu'il prenne des mesures d'assainissement du football gabonais en associant les personnes compétentes. Je suis convaincu que c'est un monsieur qui aime le football. Je me rappelle, lorsque j'étais jeune joueur de 17 ans au sein de la formation de Wale Ntem, il était toujours à nos matches pour nous encourager. C'est un grand sportif qui peut apporter des choses positives malgré la pression qu'il doit forcément subir, compte tenu des enjeux.
AF.COM : Reconnaissez tout de même, qu l'Etat gabonais a un droit de
regard sur la gestion de son football. De plus, c'est lui qui le subventionne.
P. AUBAME : Cela va de soi. Mais compte tenu du fait que, les clubs dans la
configuration actuelle des choses, ne disposent d'aucune marge de manoeuvre,
il est certain que les abus sont inéluctables. Il y a une trop forte dépendance des clubs vis à vis de l'Etat. A mon avis, au jour où je vous parle, il n'y a qu'un seul club qui mérite le respect, c'est l'Union Sportive Mbilazambi de Monsieur Assélé. Et, Dieu seul sait si je voyais à l'époque, d'un mauvais oeil son intrusion dans le football. Mais, avec beaucoup de recul, je reconnais qu'il a réalisé de grandes choses pour le football gabonais. Je lui tire mon chapeau. Il m'arrive de me rendre au centre de formation qu'il a créé pour les jeunes. Ils bénéficient de
structures modernes. C'est le genre de choses que je peux encourager.
AF.COM : L'exemple de Monsieur Assélé devrait donc etre suivi en ce qui
concerne la formation des jeunes...Ne relève t-elle pas de la esponsabilité
de la fédération?
P.AUBAME : En matière de formation, il n'y a aucune stratégie; aucun plan
de la part de la fédération. Ils tiennent des discours démagogiques sans poser d'actes concrets. C'est pour cela que je pense qu'en s'appuyant sur l'exemple de Monsieur Assélé on pourrait améliorer les choses. Lui, il aime vraiment les jeunes.
AF. COM : Venons-en à la prestation de l'Equipe Nationale du Gabon. Elle
vient de battre en match amical le Mali, qui, soulignons-le n'est pas un
foudre de guerre ; elle a battu le Maroc récemment en compétition
officielle. Que pensez-vous de la sélection actuelle ?
P.AUBAME: Je dirais que les joueurs actuels qui acceptent de jouer en sélection sont admirables. Le mérite des résultats que vous évoquez leur revient à eux et à eux seuls. Il n'y a pas de sérieux au niveau de l'encadrement et de la préparation des rencontres officielles. Certes, il y a quelques victoires, mais franchement, je crois que c'est un feu de paille. D'accord on a battu le Maroc;et après? Il y a d'autres échéances qui s'annoncent. Va-t-on continuer à improviser? Prenons ce qu'on a vécu lors de la dernière CAN 2000 au Ghana et Nigeria; cela a été l'humiliation; l'humiliation de tout un peuple; le peuple gabonais qui adore le football. Il faut qu'on arrête de se mentir; si nous voulons avoir une Equipe Nationale compétitive, il faut posséder un bon groupe de jeunes qui viendra frapper à la porte des grands pour la relève. Après la génération actuelle, a-t-on seulement pensé à la remplacer? Quelle succession? On a un groupe de joueurs qui se bat avec ses tripes et un entraîneur qui fait ce qu'il peut avec ce qu'il a.
AF.COM : Justement, que pensez-vous de l'entraîneur actuel, Alain Da Costa Suarez ? Peut-il donner une impulsion au football gabonais?
P. AUBAME : Une impulsion? Pourquoi pas! Mais, je ne pense pas que cette
impulsion vienne du seul entraîneur national. Néanmoins, il a fait ses preuves au Gabon; on peut parler du fameux quart de finale de la CAN 96 face à la Tunisie. On ne peut pas ignorer cela. Mais, delà à dire qu'il peut tout seul gommer toutes les erreurs d'encadrement, il y a un pas que je ne franchirai pas. Encore une fois, aujourd'hui il est seul. Il faut lui adjoindre des gens compétents. Je ne dis pas qu'il faille lui associer Pierre Aubame. Là, n'est pas mon propos. Je pense tout simplement qu'il commence à prendre de l'âge, il serait temps de penser à lui associer des coaches plus jeunes pour éviter la stagnation.

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10/04/01