Pierre Aubameyang : Il Faut qu'on Arrête de se Mentir...

Pierre Aubame Eyang " YAYA "
Né le 29 Mai 1965 à Bitam au Gabon
Nationalité : Franco Gabonais
International Gabonais : 80 Sélections
Poste : Milieu ou Défenseur
200 matches en première division française
Clubs successifs : Malakoff (1983), Laval (1984/1991), Le Havre (1991/1994)
Toulouse (1994/1995), Baranguilla en Colombie (1995/1996), Triestina en Italie (1996/1997), OGC.Nice (1997/1998).
Palmarès : Champion de Paris Juniors (1983) - Vainqueur de la Coupe de l'UDEAC (1985), ¼ Finaliste CAN 96 en Afrique du Sud, Participation Coupe d'Europe avec l'OGC . Nice, élimination au 2ème tour par le Spartak de Prague (1997/1998).
Africafoot.Com : On va commencer par les présentations, qui est Pierre Aubame?
Pierre AUBAME : Ancien footballeur professionnel, ex-capitaine de l'équipe
nationale du Gabon, aujourd'hui à la retraite et surtout consultant "observateur" du Milan AC sur le continent africain.
AF. COM : Votre reconversion s'est donc opérée dans le milieu du football.
En quoi consiste exactement votre rôle de consultant ?
P. AUBAME : Mon rôle d' "observateur" consiste à voyager partout en
Afrique, a repérer des jeunes talents, a les suivre afin de les proposer à
mon employeur qui choisit ensuite de les engager ou non.
AF. COM : Venons en maintenant à la situation du Football gabonais. Quel
est l'ambiance au sein de la Fédération Gabonaise de Football (FGF) et surtout, quelles sont ses relations avec le ministère gabonais des Sports ?
P. AUBAME : Il y a toujours des dissensions entre la fédération et le ministère. Ce n'est pas un problème qui date d' aujourd'hui! C'est un problème qui dure depuis plusieurs années; les deux institutions ont toujours eu des difficultés à se mettre d'accord. Mais, je crois que tout tourne autour des finances, de l'argent. Il y en a qui viennent au sein de la fédération pour se remplir les poches, d'autres recherchent tout simplement un tremplin politique. Je crois que cette crise qui perdure est nuisible pour le football gabonais, pour ceux qui aiment le football et surtout pour les footballeurs eux-mêmes. Il faut en parler aujourd'hui afin que nous trouvions tous ensemble des solutions à ce problème. Cette situation est préjudiciable à l'éclosion de nouveaux talents. Les jeunes
sont les premiers pénalisés dans notre pays.Notre championnat est constamment arrêté, reprend et s'interrompt de nouveau. Je vois mal comment le football gabonais peut repartir sur de nouvelles bases si on ne met pas des gens à la place qu'il faut.
AF. FOOT : Vos propos sont contradictoires, puisque vous êtes consultant
pour le compte du Milan AC ! Pourquoi n'êtes-vous pas directement impliqué dans le football gabonais ? Pourquoi n'avez-vous pas de responsabilité au sein du football gabonais ?
P. AUBAME : Je n'ai pas de responsabilité au sein du football gabonais,peut-être tout simplement j'ai eu le tort de réussir une carrière et d'avoir un vécu. Et, vous savez que quand vous avez un vécu, vous avez de l'expérience ; et cela devient gênant pour ceux qui n'en ont pas. Ces gens, à mon avis devraient s'appuyer sur cette expérience qui me donne beaucoup de recul par rapport au football gabonais. Je constate tout simplement que depuis que j'ai mis un terme à ma carrière je compte beaucoup d'ennemis au sein de la fédération ; un peu moins au ministère avec lequel je traite très peu. C'est vraiment dommage que pour quelqu'un qui a quand même eu un parcours exemplaire ; qui est finalement le seul Gabonais à avoir réussi une carrière de très haut niveau soit mis à l'écart comme cela. Il faut aussi reconnaître que le football est géré par des hommes politiques en Afrique et surtout au Gabon. Si on ne veut pas m'associer au football gabonais c'est qu'il y a un malaise quelque part.
AF.COM: Vous n'avez donc jamais eu de contact direct avec la fédération? N'avez-vous jamais eu de proposition de la part de la Fédération Gabonaise de Football ?
P. AUBAME : Des propositions directes de la fédération, non! Par contre des
propositions de la part du Ministère de la Jeunesse et des Sports, oui!
Malheureusement, l'ancien Ministre qui nous a malheureusement quitté m'avait
contacté, parce que j'ai le sentiment qu'il croyait réellement en ma carrière et était convaincu que je pouvais apporter quelque chose au football gabonais. D'ailleurs, c'est lui qui m'a poussé à mettre un terme à ma carrière, parce qu'il croyait que j'étais l'homme qu'il fallait. Et, puis, malheureusement il nous a quitté et depuis lors, les choses ont mal tourné. La fédération me reproche d'avoir directement discuté avec le Ministre, au lieu de passer par elle. Je pense que c'était le ministre de tutelle, c'est lui qui m'avait contacté afin de faire un travail de base. J'ai le sentiment profond qu'on me le reproche encore aujourd'hui.
AF. COM : Les équipes gabonaises ont toujours reçu des subventions de
l'Etat. Elles réclameraient aujourd'hui la somme de 25 millions de FCFA
avant de démarrer le championnat. Quel est votre position là dessus?
P. AUBAME : Mon opinion est toute simple: je trouve cela scandaleux. Je le
le dis, parce que j'ai toujours fonctionné comme cela, je dis toujours ce que je pense. C'est pour cela peut-être qu'ils me traitent de rebelle. Je trouve inadmissible qu'un pays subventionne comme cela des clubs les yeux fermés permettant à certaines personnes de " faire le bénéf. " alors que ces clubs devraient s'organiser ; sortir de leur coquille, aller voir ce qui se fait ailleurs dans d'autres pays ou tout simplement se rendre en France afin de voir ce qui se passe dans les clubs amateurs. A savoir une certaine organisation. Au Gabon, les spectateurs se rendent en masse au stade. Pourquoi ne pas mieux exploiter les recettes que rapportent ces divers spectacles sur nos stades pour éviter de recourir constamment à l'Etat, aussi modestes que soient les sommes récoltées? Les politiques avec les subventions qu'ils versent aux clubs tiennent leurs dirigeants qui n'ont plus leur indépendance. Je ne comprends pas pourquoi ils n'ont pas investi une partie de ces sommes dans la formation des jeunes ? Je pense pour ma part, que c'est la base du football ou la base d'un club ambitieux. Ces jeunes en s'expatriant auraient rapporté des capitaux aux clubs gabonais et
auraient permis à la longue de rehausser le niveau de notre football. On le
voit partout dans le monde. Chez nous, le football sert les politiques, c'est le nouvel opium du peuple.

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10/04/01