Un Supporter écrit au Ministre Guinéen de Football

Monsieur le Ministre,
Votre nomination à la tête du Département du Ministère de la Jeunesse et des Sports a été précédée d'une notoriété jamais atteinte par vos prédécesseurs. Une notoriété due notamment à l'apport que vous aviez fait autrefois pour la promotion du football à Kaloum, plus particulièrement. A ce niveau, les sentiments des Guinéens remontent même jusqu'à votre illustre père, qui s'était aussi fait distinguer à ce département. Ainsi à votre arrivée, nos espoirs ont atteint leur paroxysme, dès le 4 octobre 2000 lorsque le Syli National a battu le Sénégal 1-0 et après une série de 7 matches, une défaite, 2 nuls et 4 victoires, contre la Gambie, l'Ouganda, le Zimbabwe, le Burkina et le Sénégal.
En janvier 2001, notre équipe fit deux matches nuls à domicile, qu'elle devait obligatoirement gagner. Contre le Togo en CAN, et le Malawi en coupe du monde. Comme vous, Monsieur le Ministre, tous les férus du sport-roi étaient exaspérés, ce 28 janvier, lorsque nous avons été tenus en échec, par l'équipe que les gens prétendaient la plus faible équipe de la Poule E. Je disais même à un ami que l'entraîneur, dont les compétences me semblent douteuses, devrait être remercié et une procédure de destitution engagée contre la FEGUIFOOT.
C'est donc avec un réel soulagement que j'ai appris ce 28 janvier, à 20h, que la Fédé a été dissoute… malgré le vice de forme. Un autre bureau aura été mis sur pied immédiatement, pour combler le vide. Malheureusement il a été refusé par la FIFA qui nous a imposé l'échéance du 15 février 2001, pour satisfaire aux exigences de ses règlements. Vous savez mieux que quiconque, Monsieur le Ministre, comment, le 14 février, l'actuel bureau a été nuitamment élu. Je vous signifie à ce niveau, que l'équipe de Salifou Camara "Super V", par son bilan très mitigé, devrait démissionner d'elle-même. Car elle est en place depuis deux ans.
Un nouvel ultimatum dont l'échéance a été fixée au 1er mars, nous aura encore été signifié, par la FIFA. Pendant ce temps notre Syli cadet se comportait honorablement aux Seychelles, où il s'est qualifié en finale à quatre jours de l'échéances fixée par la FIFA. Vous connaissez mieux que quiconque, que c'est la FIFA qui gère, le football dans le monde. Aucun pays ne peut ainsi se soustraire à ses exigences. Je prends comme exemple le Cameroun, qui est la meilleure équipe du continent, et dont un des fils est membre influent de la FIFA. Ce pays s'était retrouvé, il y a 5 ans, dans la même situation que le nôtre aujourd'hui. Malgré tout, il avait été contraint à se plier d'abord au règlement avant de procéder à de nouvelles élections.
Le 28 février veille de l'échéance, à 18h25, je vous ai suivi à la BBC. Juste après le président de la FIFA Sepp Blatter. Ce dernier nous a tendu une perche à saisir, en disant qu'on peut faire marche arrière, en réinstallant le bureau déchu et reprendre les élections sans précipitation, dans deux mois. Il nous aura conseillé, certainement par sympathie pour notre pays. Mais vous, vous avez tenu un langage qui n'admettait aucune conciliation.
A mon humble avis, Monsieur le Ministre, vous auriez dû saisir cette occasion, pour sauver la jeunesse guinéenne, dans l'intérêt supérieur de la Nation. Avant de vous occuper plus tard de l'aile que l'on dit dure du bureau sortant, que la majorité des Guinéens ne voulait même plus.
Une anecdote, Monsieur le Ministre, le 16 février 1975, l'ancien président de la République avait décrété la charte de la Révolution, qui avait supprimé le Commerce Privé. Ce qui avait rendu insupportable, la vie aux Guinéens. Un exode massif s'en était suivi. C'est grâce au soutien sans faille que les autorités accordèrent au Hafia et au Syli national, qui enregistraient des performances alors inégalées en Afrique, que les populations se distrayaient pour diluer leurs malheurs. Avec la conjoncture actuelle du pays, vous auriez dû penser à cela pour appliquer une thérapeutiques similaire. Mais, hélas!
La qualification des cadets en finale aurait même pu être un alibi pour vous, pour accepter la perche tendue de la FIFA. Surtout que notre pays était bien placé pour remporter pour la première fois de son histoire, une coupe d'Afrique des Nations, fut-elle celle des cadets, ces jeunes qui ont bien mouillé le maillot. On ne sait même plus quand nous aurons maintenant une telle aubaine. Par ailleurs, nous sommes bien placés pour nous qualifier aussi à Bamako 2002 et nous sommes aussi second après 3 journées (sur 8), en coupe du monde derrière l'Afrique du Sud.
L'opinion internationale s'étonne encore de votre position quand vous disiez que rien ne va, alors que les Cadets étaient sur le point de gagner une coupe continentale et qualifie pour le mondial et les seniors aussi se comportent de façon digne. Et le meilleur d'entre eux (Titi) disait à la BBC, la mort dans l'âme le jour de la suspension, a dû dire, la gorge serrée "c'est une perte pour toute la jeunesse guinéenne".
Un haut cadre de la FIFA, au cours de la même émission, disait que rien n'est perdu pour nous, à condition qu'on satisfasse à leurs exigences.
Pour terminer, Monsieur le Ministre, ce que vous avez voulu pour notre pays, a été exaucé par la FIFA. Nous voici éliminés de toutes les compétitions internationales organisées par elle, par la CAF et… nous ne pouvons même plus jouer des matches amicaux. Vous auriez pu vous mettre au-dessus de cet imbroglio. Malheureusement, notre pays est toujours malade de ses enfants. Merci beaucoup Monsieur le ministre. Vive le football guinéen!
Ahmadou Soumah, Matam

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