Hans Heiniger : "Je
suis tombé amoureux de l’Afrique et j’y rest
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La Fédération Malgache
de Football (FMF) vient de se doter d’un nouvel entraîneur
pour les "Scorpions", la sélection nationale du pays.
Agé de 61 ans, le Suisse Hans Heiniger, quasi inconnu au bataillon
même des "Mercenaires", comme Didier Notheaux (Coach des
Etalons du Burkina Faso) les désigne, va prendre
l’équipe à un moment difficile de son parcours. Ce
"Sorcier Blanc" qui dirigeait jusque-là le Club Olympique
de Bamako (D1 Mali) croit pouvoir être à la hauteur : n’a-t-il
pas défait les "Pharaons" d’Egypte en septembre
dernier? Ce technicien au profil singulier, mais qui sillonne l'Afrique
depuis douze ans, est en train de faire en ce moment une pige au Niger
avec la sélection nationale, le "Mena". Drôle,
drôle. Il y est allé juste après nous avoir accordé
cette interview à son hôtel parisien. |
| Africafoot.com : Hans Heiniger vous êtes à Paris, en route pour Niamey en vue du tournoi des huit nations que le Niger envisage d’organiser. Comment se passe votre séjour à Madagascar ? |
Hans Heiniger
: Pendant que j’étais au Mali, j’ai
eu un contact a vec
M. Eric Fabre qui m'a demandé si j’étais toujours
intéressé de prendre en main l’équipe de Madagascar.
J’ai dit oui, pourquoi pas. Malheureusement, il y a eu tous les
troubles que vous connaissez, qui ont suivi l’élection présidentielle
dans la grande île. Finalement, c’est au mois de mai que j’ai
pris la charge de la sélection nationale, afin de la préparer
pour le match contre l’Egypte, match éliminatoire à
la CAN 2004 de Tunis. |
| Africafoot.com : Après le Mali où vous entraîniez un club, on vous retrouve à Madagascar. Depuis plusieurs années, le suisse que vous êtes ne quitte plus l’Afrique… |
Hans Heiniger
: Cela fait presque dix ans que je suis en Afrique.
Je suis tombé amoureux de l’Afrique et j’y reste ;
de même que par amour pour le football de ce continent. C’est
le troisième pays où je dépose mes valises (Burkina
Faso, Mali, Madagascar, NDLR) depuis la fin des années 80. Contrairement
à ce que certains techniciens européens cherche en Afrique,
moi je me c onsidère
comme un Africain. Je déplore seulement le comportement des dirigeants
sportifs africains qui se servent du football au lieu de le servir. Mes
prises de position sur les méthodes de dirigeants véreux
sur le continent m'ont créé beaucoup de problèmes.
Mais je ne baisserais jamais les bras car ce football a un grand avenir
au vu du vivier qui est le sien. Je sais que nous, entraîneurs Européens,
ne donnons pas l'exemple dans une certaine mesure et au vu de ce que l'on
attend de nous, mais il faut savoir que dans le lot, tous ne sont pas
des "Pourris". Je donne l'exemple de Peter Schnigger qui s'est
occupé du futur de chaque pays africain dont il a eu la charge...
Et ce n'est pas le seul. Aujourd'hui, l'on voit débarquer une autre
race d'entraîneurs qui se préoccupe davantage de leur C.V.
et de leur porte-monnaie . Je ne fais pas partie de cette espèce. |
| Africafoot.com : Vous débarquez donc à Madagascar et tout de suite c’est le gros morceau : les "Pharaons" d’Egypte. Les observateurs du football ne donne pas chère votre peau avec une telle entrée en matière. Et pourtant vous déclarez, sans vraiment connaître le football de Madagascar, que vous allez battre l’Egypte... |
Hans Heiniger
: Oui, c'est vrai! J’ai eu un long entretien
avec Eric Fabre qui m’a donné beaucoup d’informations
sur la sélection malgache qui a participé à Paris
au tournoi des "Blacks Stars" qu'il organise chaque année.
Il m'a fait comprendre
que les joueurs malgaches étaient techniquement bien. Alors moi,
je lui ai dit que je vais leur inculquer l’esprit de gagneur et
de compétition. Je suis arrivé un lundi soir, le mardi matin
je me suis mis au travail et ceci pendant deux semaines. J'ai annoncé
aux enfants que j'avais besoin de footballeurs qui mouillent le maillot,
pas de vacanciers. Ceux qui travaillent dur et qui ne lésinent
pas sur l'effort feront partie de mon groupe, les autres pouvaient déjà
prendre le chemin de la maison car le maillot de l'équipe nationale
se mérite. Aucune intervention de responsables sportifs sur la
sélection ne recevra mon approbation. Les enfants m'ont bien compris
et je suis satisfait de la prestation fournie et je sais que ce groupe
peut aller loin et se qualifier pour la Coupe d'Afrique des Nations en
Tunisie (Tuni 2004). |
| Africafoot.com : Vous avez déjà vu évoluer les "Pharaons", vu le temps que vous avez déjà passé sur le continent ; et vous pensiez pouvoir les battre avec des Scorpions que vous découvriez ? |
| Hans Heiniger : J’ai vu cette équipe jouer depuis un moment. Je connaît un peu le football maghrébin. J’étais donc sûr de pouvoir les battre si je donnais à mes gars un minimum de pistes. |
| Africafoot.com : Après cette victoire sur l’Egypte, la qualification pour la CAN vous paraît à la portée des "Scorpions" ? |
Hans Heiniger
: On est en très bonne position. On a batt u
l’Egypte, on a battu l'Ile Maurice à l’extérieur.
Le dernier match c’est Madagascar contre Maurice où on peut
faire la différence. Les égyptiens vont avoir de gros problèmes
à Maurice parce que le terrain est petit, et l'équipe de
Maurice est très difficile à manoeuvrer à domicile.
Nous verrons après le résultat de la rencontre quelles seront
nos chances de qualification. Nous ne laisserons rien au hasard car je
crois que nous avons une bonne carte à jouer dans cette poule.
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| Africafoot.com : Quels sont aujourd’hui vos rapports avec les autorités du football malgache (la fédération, le ministère de tutelle) ? |
| Hans Heiniger : J’ai eu un entretien avec le ministre des sports pour clarifier la situation. Tout est au beau fixe aujourd’hui. |
| Africafoot.com : Vous arrivez, la presse ne vous accueille pas favorablement. Vous êtes inconnus, sans palmarès. Et aujourd’hui vous nous dites que tout le monde est derrière vous parce que vous avez battu l’Egypte… |
| Hans Heiniger : C’est vrai c’était difficile au départ. Par la suite et progressivement, le public a commencé à venir aux entraînements. J’ai fait la paix avec la presse qui voulait simplement mieux s’informer sur moi. Aujourd’hui, nous avons entre 3000 et 5000 spectateurs lors des séances d’entraînement des Scorpions. |
| Africafoot.com : Quel est le programme de l’équipe malgache aujourd’hui ? |
Hans Heiniger
: Je suis absent de Madagascar, mais j’ai
laissé un programme à mes adjoints qui continuent la préparation.
Ils s’occupent no tamment
du physique des joueurs, jusqu’à mon retour début
janvier. Le 22 février on joue contre Maurice dans le cadre de
la coupe COSAFA , ensuite une série de matches amicaux contre la
Libye, l’Algérie ; et j’aimerais que nous jouions aussi
contre le Cameroun. Nous négocions également avec la coopération
française pour faire un stage dans l’hexagone. De même
j’ai discuté avec l’ambassadeur de Suisse à
Antananarivo. Il pourrait nous trouver un stage en Suisse juste avant
le match retour contre l’Egypte. |
| Africafoot.com : La fédération vous a-t-elle indiqué des orientations programmatiques ? |
Hans Heiniger
: Oui, n ous
avons discuté. Mais comme il faut beaucoup d’argent pour
envisager un programme ambitieux, nous n’avons pas encore pu définir
quelque chose de solide. En ce qui me concerne, mon contrat court jusqu’en
juillet 2003, avec option de le rallonger jusqu’en 2004. Cela me
donne les coudées franches. Si je qualifie l’équipe
pour la CAN, automatiquement mon contrat est prolongé. |
| Africafoot.com : En dépit des difficultés actuelles du gouvernement malgache, pensez-vous qu’on pourra mobiliser des moyens pour vous permettre de travailler dans de bonnes conditions ? |
| Hans Heiniger : La fédération a fait un gros effort pour nous doter de moyens de travail convenable. Dès mon retour, je prendrai directement l’attache du Président de la république pour le sensibiliser davantage à la cause des "Scorpions". L’ambassadeur suisse, qui m’aide beaucoup, a promis de m’obtenir un rendez-vous. |
| Africafoot.com : Quels sont les joueurs sur lesquels vous vous appuyez actuellement pour faire votre travail ? |
| Hans Heiniger : J’ai 25 joueurs à ma disposition. J’en ai choisi 4 moi-même et les autres ont été choisis précédemment par des entraîneurs locaux. J’ai dû par ailleurs faire un peu le ménage. J’ai sorti 2 joueurs pour manque de discipline, j’ai sorti l’entraîneur adjoint pour les mêmes raisons. L’ossature de l’équipe est aujourd’hui formée par 5 joueurs évoluant à l’île Maurice. |
| Africafoot.com : Vous avez été engagé pour entraîner la sélection malgache, ou pour reconstruire le football de la grande île ? |
Hans Heiniger
: Je suis entraîneur et sélectionneur de l’équipe
nationale des "Scorpions". J’ai un Directeur Technique
qui a dirigé pendant des années l’équipe
nationale. J’ai un entraîneur pour les gardiens de buts, un
qui s’occupe de la préparation physique et un autre adjoint.
Cela dit j’aimerais mettre en place des procédures pour superviser
les jeunes dans les provinces et ainsi préparer l’avenir
du football malgache. Une fois par mois par exemple, on va prendre les
meilleurs des provinces et les confronter dans un tournoi. |
| Africafoot.com : Comment est organisé le championnat malgache ? Que pensez-vous de son niveau actuel ? |
| Hans Heiniger : Avant mon arrivée ici en France, j’étais à Tamatave où se jouait une sorte de super poule regroupant les 8 meilleures équipes du pays, afin de désigner le champion de Madagascar. Cela m’a donné l’occasion de sélectionner 4 joueurs que je ne connaissais pas. Je décrouve le football malgache, il faut l'avouer. |
| Africafoot.com : Pourquoi on vous appelle "Vahiny" et "Vazaha"? |
Hans Heiniger
: Ce mot veut dire étranger et "Vahiny "
veut dire sorcier. Les Africains ont décidé que nous sommes
des sorciers, de mon côté je l'accepte car ce n'est pas méchant.
Vous savez que les sorciers ne font pas avancer les choses, ils détruisent
plutôt le travail des autres. Dans ce cas de figure, j'espère
que c'est dans le bon sens que nous avons cette appelation. |
| Africafoot.com : Justement, pensez-vous apporter un plus à l’équipe malgache ? |
| Hans Heiniger : Oui, je le pense. Des entraîneurs locaux s’intéressent à mon travail avec la sélection. Je crois que nous ferons ensemble un travail qui sera bénéfique au football malgache. |
| Africafoot.com : Y a-t-il à la fédération quelqu’un qui s’occupe de la recherche de financement pour l’équipe nationale ? |
| Hans Heiniger : Oui, il y a quelqu’un, le Directeur de la communication de la fédération. Mais comme vous connaissez l’Afrique, je cherche également de mon côté, en m’appuyant sur mes relations à l’intérieur et à l’extérieur de Madagascar. |
| Africafoot.com : On pense vraiment à la qualification pour la CAN 2004 ? |
| C’est pour cela que je suis venu à Madagascar, non ? (rires) |
| Interview réalisée par
J. Roux & A.P. Bell
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| Réagissez... |
24/11/02
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