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Il Etait une Fois… l’Afrique aux Jeux Olympiques

Africafoot.com / Charly Mouna

1920-1952 : Balbutiements

Zaki Osman, ça vous dit? Certes, l’attaquant égyptien n’est jamais rentré dans la postérité. Mais il a le mérite d’être le premier buteur africain des Jeux Olympiques. L’idylle entre le football africain et les jeux commence lors de la 7ème Olympiade à Anvers (Belgique) en 1920, avec la participation de l’équipe d’Egypte. A cette occasion, les «Pharaons», qui dominent outrageusement le football du continent, font mieux que résister face aux ogres européens et sud-américains. Battus de justesse par l’Italie à Genk lors de leur première rencontre, Osman et ses frères d’arme assument parfaitement leur rôle de pionniers du continent. Il en sera de même pour leurs successeurs. Entre 1920 et 1960, les « Eclaireurs » venus du Nil vont porter, avec fierté, l’étendard du football africain, en obtenant des succès retentissants, comme la victoire face à la Hongrie en 1924, à Paris (3-0). Quatre ans après cette victoire historique, l’Egypte et son redoutable buteur Mokhtar échouent en demi-finale à Amsterdam face à l’Argentine, sur un score sans appel (6-0). Mais il en faut davantage pour décourager ces joueurs, qui commencent à entrevoir les prémices de leur persévérance.

La fin des années 50 est marquée par l’émergence d’autres grandes équipes sur le continent. Lors des jeux de Rome (1960), l’Egypte, qui vient de remporter les deux premières Coupes d’Afrique des Nations de l’histoire (1957 et 1959), est ainsi accompagnée en phase finale par la Tunisie. En ces années d’effervescence, le football, qui se répand comme un feu de brousse à travers l’Afrique, voit aussi naître ses premières stars. Côté Egyptien, Mahmoud Al Ghoari et Attia Raafat (2 buts lors du tournoi de Rome) sont de véritables attractions. Quant à Abdel Chetali (photo), il est la figure de proue du football tunisien.
1960-1988 : L’AFRIQUE EN MARCHE !
1964 : LE GHANA DANS LA DANSE
L’Afrique a trois représentants à Tokyo. L’Egypte ou République Arabe Unie (du fait de sa fusion avec la Syrie), le Maroc et le Ghana. Habitués des joutes internationales, les joueurs du Nil vont réaliser un parcours remarquable. Après avoir atomisé la Corée (10-0) en poule, Riad (6 buts) et ses camarades ne vont s’incliner qu’au stade des demi-finales, face à la Hongrie (6-0). Pour son baptême du feu, le Maroc, qui a sorti l’Ethiopie en qualification, connaîtra une cruelle désillusion, malgré la présence dans ses rangs de Kassou Allal, le légendaire gardien des FAR. Deux rencontres et autant de revers, dont un cinglant (6-0) face à la Hongrie, futur vainqueur du tournoi. La sensation viendra du Ghana. Champion d’Afrique sur ses terres en 1963, le «Black Star» au jeu chatoyant dominera sa poule, composée du Japon et de l’Argentine (l’Italie ayant déclaré forfait). Mais le parcours des joueurs de CK Gyamfi s’interrompra brutalement en quarts de finale. Wilberforce Mfum (Photo) et ses frères seront balayés par… l’Egypte, au cour d’un duel fratricide (5-1). C’est à ce jour la seule confrontation entre deux équipes africaines en phase finale du tournoi.
1968 : CAP SUR L’AFRIQUE DE L’OUEST
Petite révolution des mœurs : L’Egypte, qui a déclaré forfait (pour des raisons politiques), ne prend pas part aux éliminatoires de ces IXXèmes jeux ! Trois pays d’Afrique de l’Ouest reprendront le flambeau. Le Ghana, qui a remporté une deuxième CAN d’affilée en Tunisie en 1965, le Nigeria et la Guinée. Malgré deux résultats nuls (Hongrie et El Salvador), le Ghana de Ibrahim Sunday (photo), qui fut défait par Israël au préalable, ne franchît pas le premier tour. Des «Aigles» Nigérians, on retient à peine le sursaut d’orgueil face au Brésil (3-3). Les espoirs des volatiles s’étaient malheureusement envolés après leurs piètres sorties face au Japon et l’Espagne. Dépassée par la France et le Mexique, la Guinée remportera une victoire symbolique sur la Colombie. Forts de leur expérience mexicaine, Chérif Souleymane, Petit Sory, Morlaye Camara, tous sociétaires du Hafia de Conakry, domineront l’Afrique des clubs au milieu des années 70.
1972 : BONJOUR TRISTESSE !
Le Maroc, le Soudan et le Ghana sont au rendez-vous de Munich. Très vite, le Ghana déchante. Son équipe vieillissante ne domine plus l’Afrique. Le «Black Star» n’a même pas pris part à la CAN, qui s’est disputée quelques mois plus tôt à Yaoundé. La descente aux enfers se confirme par les trois revers subis face à la RDA, la Pologne, et la Colombie. Le Soudan et le Maroc ne décolleront pas. Champion d’Afrique sur ses terres devant le Ghana en 1970, le Soudan de Djaska fait illusion face à l’URSS, avant de sombrer devant la modeste équipe de Birmanie : 2-0 ! Le Maroc, qui entretenait l’espoir de l’Afrique après sa brillante sortie lors de la Coupe du Monde en 1970 au Mexique, passe à côté du sujet. Malgré une nette victoire sur la Malaisie (6-0), Ahmed Faras et ses frères courbent l’échine à deux reprises. Contre le Danemark (3-1), et face à la redoutable équipe de Pologne et son meneur de jeu Deyna (5-0).
1980 : LE RAYON DE SOLEIL ALGERIEN
1976 : Les Africains boycottent les jeux de Montréal. Ils s’insurgent contre la présence de la Nouvelle-Zélande, qui a effectué une tournée en Afrique du Sud, où l’apartheid est encore de rigueur. A Moscou en 1980, c’est autour du Nigeria, de l’Algérie et de la Zambie de prendre la main. L’Algérie et le Nigeria, qui viennent de s’affronter en finale de la CAN à Lagos, dominent alors le continent. Vainqueur de sa CAN à Lagos, le Nigeria est surpris d’entrée par la Colombie et le Koweit. Le nul qu’il obtient face à la Tchécoslovaquie, futur vainqueur de l’épreuve, laisse énormément de regrets. Les «Green Eagles», à l’image de Muda Lawal, n’ont jamais trouvé la bonne altitude durant cette olympiade ! Finaliste de la CAN en 1974, le «KK Eleven» zambien ne se fait pas trop d’illusions. Il est battu tour à tour par Cuba, l’Union Soviétique, et le Venezuela. C’est donc de l’Algérie que viendra la lumière. Deuxièmes de leur poule derrière l’Allemagne de l’Est (RDA), les « Fennecs » algériens illuminent un tournoi bien terne. La Syrie est complètement dépassée (3-0), et l’Espagne neutralisée (1-1). Pourtant, la route du succès s’arrête à l’entame des quarts de finale pour les vice-champions d’Afrique. Malgré cette sortie «prématurée» face à la Yougoslavie, Madjer, Belloumi, Assad (dessin) ont conquis le cœur des moscovites. Loin d’être abattus, les Algériens se montrent confiants dans l’avenir. Le «Mondial 82» en Espagne leur donnera entièrement raison.
1984 : LE RETOUR DE L’EGYPTE
L’Egypte, le Maroc et le Cameroun sont au départ des 23èmes jeux à Los Angeles. Après seize années de disette, les «Pharaons» renouent avec les jeux. Un retour au premier plan, que les Egyptiens doivent en grande partie à la puissance de leurs clubs. Zamakek et Nadi Al Ahly, principaux pourvoyeurs de la sélection, dominent les compétitions sur le continent. C’est gonflés à bloc que les Egyptiens et leur fer de lance Bibo Al Khatib entament leur 9ème campagne olympique. Après un premier tour sans encombres, le rêve en or des «Pharaons» est brisé en ¼ de finale, par la France, future lauréate du tournoi. Une nouvelle fois, la malédiction de l’échec du premier tour s’abattra sur l’équipe du Maroc. Malgré la présence dans leurs rangs des Badou Zaki, Dolmy, Timoumi, les «Lions de l’Atlas» ne parviennent pas à se défaire de l’Allemagne (RFA), de l’Arabie Saoudite et du Brésil. Bien que novice dans la compétition, le Cameroun, champion d’Afrique à Abidjan quatre mois plus tôt, connaît les exigences du haut niveau. En 1982, lors du mondial espagnol, les «Lions Indomptables» n’avaient concédé la moindre défaite face à de redoutables adversaires (l’Italie, la Pologne, et le Pérou). Pour Roger Milla (photo) et ses frères, ces jeux seront une symphonie en trois petits actes. Après deux défaites face à la Yougoslavie et au Canada, l’éclair de l’attaquant Bahoken devant l’Irak ne sera pas suffisant (1-0)
1988 : FORZA ZAMBIA !
Des trois représentants africains (Tunisie, Nigeria et Zambie), on attend plus des deux premiers nommés. La Tunisie et ses stratèges Diahb Tharak, Maaloul, Ben Yahia, Faouzi Rouissi, qui a écarté du chemin de Séoul l’Egypte et le Maroc, peut légitimement prétendre à une première victoire dans le tournoi, à défaut de franchir le cap du premier tour ! Mais la déception est à nouveau au rendez-vous, malgré deux matches nuls face à la Chine (0-0) et la Suède (2-2). La présence de Rashidi Yékini, Le «Taureau de Kaduna» et buteur attitré du Nigeria ne changera rien : Les «Super Eagles», privés de leur capitaine Stephen Keshi, voleront à trop basse altitude à Séoul, à portée des tirs des artificiers yougoslaves, Brésiliens et Australiens, qui ne se feront pas prier pour canarder les volatiles de Manfred Hoener, l’entraîneur allemand! C’est de la Zambie, qui retrouvait le tournoi après sa cuisante désillusion à Moscou huit ans plus tôt, qu’est venue l’embellie ! Kalusha Bwalya (photo) et ses frères ont confirmé les bonnes prestations de la CAN 86, qui les avaient vus faire douter le Cameroun, le Maroc et l’Algérie à Alexandrie. Accrochés par l’Irak (2-2) lors de leur première sortie, les joueurs de Samuel Ndhlovu font exploser l’Italie deux jours plus tard à Kwangju: 4-0 ! Avec un triplé de Bwalya ! La troisième sortie du «K.K. Eleven» est tout aussi retentissante face au Guatemala : 4-0 ! Le brillant parcours de «Kalu» et ses frères, Makinka, Chabala, Mulenga, va pourtant s’interrompre en ¼ finale. L’Allemagne de Jurgen Klinsmann était trop forte (4-0).
1992 – 2000. L’AFRIQUE CONQUERANTE
1992 : DU BRONZE POUR LE GHANA !
«Barcelone 92» marque un nouveau tournant dans l’histoire des jeux. Strictement réservée aux amateurs jusqu’en 1980, la compétition, qui était la chasse gardée des pays d’Europe de l’Est, s’ouvrira dès 1984 aux professionnels n’ayant jamais participé à la Coupe du Monde. La France profitera de cette nouvelle donne pour inscrire son nom au palmarès, la même année, à Los Angeles. Mais c’est à l’occasion des jeux de Barcelone, que le tournoi subira sa révolution qui prévaut aujourd’hui. Désormais réservé aux équipes de moins de 23 ans, (accompagnées d’un maximum de trois joueurs ayant dépassé cette limite d’âge), il subit une cure de jouvence. L’immunité qui « protégeait » Africains et Asiatiques, qui pouvaient présenter leurs sélections fanions (Comme le Cameroun en 1984 - Photo ci-dessus), est désormais caduque ! Désormais tous les participants sont à la même enseigne ! Ce changement n’altérera pas l’ascension vers les sommets des équipes du continent. Bien au contraire ! Les Africains prouveront qu’ils tiennent dans leur jeunesse, un véritable trésor de guerre ! Une mine d’or qui ne tardera plus à être exploitée, pour le meilleur et très souvent de la pire des manières… Dès le milieu des années 80, les sélections africaines (Ghana, Nigeria), s’imposeront dans les championnats du monde cadets ! C’est au sortir d’un mondial cadets victorieux un an plus tôt, que le Ghana (renforcé par des joueurs talentueux, dont Charles Akunnor - Photo ci-contre), prend part aux 25èmes jeux à Barcelone. Samuel Osei Kuffour, Nii Lamptey, Daniel Addo, enivreront l’Espagne ! Et il faudra une grande «Seleccion» ibérique pour sortir les «Black Meteors» ghanéens en demi-finale à Valence (2-0). Qu’à cela ne tienne, Kwamé Ayew (6 buts) et ses frères viendront à bout de l’Australie lors de la petite finale (1-0). Une première pour l’Afrique ! Les autres représentants du continent auront moins de réussite. L’Egypte de Kashaba passera à la trappe... Le Maroc de Naybet aussi.
1996 : LE SACRE DU NIGERIA !
Pour la première fois de l’histoire, une formation africaine décrochera l’or olympique ! Le Nigeria, qui a cueilli l’olympe, s’appuie sur son équipe cadette championne du monde en 1993 (Babayaro, Kanu, Oparaku, Babayaro), et l’équipe vainqueur de la CAN en Tunisie en 1994, et 1/8 finaliste de la Coupe du Monde la même année, aux Etats-Unis (Amokachi, Oliseh, Okocha, Amunike…). La défaite face au Brésil, lors de la dernière rencontre de poule, est sans incidence. Les «Aiglons» avaient, longtemps à l’avance, assuré leur place en ¼ de finale, en disposant de la Hongrie et du Japon. Le Mexique et son fantasque gardien Campos subiront la loi des Africains, en ¼ de finale (2-0). Les demi-finales sont l’occasion de retrouvailles avec le Brésil, qui s’est débarrassé du Ghana, grâce à son avant-centre Ronaldo, particulièrement inspiré (4-1). Nwankwo Kanu, en chef de bande confirmé, terrassera les Sud-américains, en inscrivant deux des quatre buts de son équipe (4-2 !). En finale, les poulains du Néerlandais Jo Bonfrère affronte un autre géant sud-américain, l’Argentine. A quelques exceptions près, ce sont les mêmes joueurs qui s’étaient déjà rencontré à Boston, en match de poule, lors de la Coupe du Monde en 1994. Cette fois, c’est le Nigeria qui l’emportera, grâce à un but plein d’opportunisme de son attaquant Emmanuel Amunike, dans les arrêts de jeu ! La consécration est plus que méritée. Le Nigeria était bien le plus fort du tournoi!
2000 : LE CAMEROUN EN OR
Le Nigeria, qui remet son titre en jeu à Sydney, se montre fort discret. Babayaro et ses frères sont balayés en ¼ de finale par le Chili de Zamorano (4-1). Hormis un coup d’éclat face au Brésil, les «Bafana Bafana» (symbole d’une Afrique du Sud qui a rompu avec la ségrégation raciale) montrent leurs limites du moment. Tout comme le Maroc, qui termine dernier de la compétition. C’est le Cameroun qui créera la sensation. Au Cameroun aussi, la formation a porté ses fruits. Et l’équipe qui vient de remporter la CAN à Lagos face au Nigeria, est un brassage entre joueurs issus du terroir, mais qui évoluent désormais en Europe (Olembé, Njitap, Womé, Song, Eto’o) et éléments de la diaspora (Mboma, Lauren, Job). La sélection espoir, qui a remporté les Jeux Africains à Johannesburg en 1999 avec Abanda, Békono, Zé Meyong, Alnoudji, entre autres, bénéficiera du précieux concours des «héros de Lagos 2000». Aussi, Eto’o, Mboma, Lauren, Geremi, et Womé seront de l’expédition australienne. Comme le Nigeria quatre ans plus tôt, le Cameroun se fera des frayeurs, avant de s’imposer ! En ¼ de finale face au Brésil, c’est un but en or du milieu de terrain Modeste Mbami qui délivrera une équipe réduite à neuf ! En demi-finale, les poulains de Jean-Paul Akono renverseront une situation fort compromise par le Chili, qui avait ouvert le score dix minutes avant la fin de la rencontre ! Et que dire de la finale face à l’Espagne, au cours de laquelle les «Lions» avaient hypothéqué leurs chances avant le repos, en étant menés (2-0) ? Toujours est-il que l’égalisation de Samuel Eto’o (2-2) et la folle course de Pierre Womé, après le tir au but de la délivrance, se sont cristallisés dans la mémoire de plus d’un Africain. Des moments de pur bonheur. Signe d’une Afrique qui confirme !
2004 : ALORS, JAMAIS DEUX SANS TROIS ?
Le Cameroun et le Nigeria, les deux derniers lauréats, ne seront pas présents à Athènes. Les deux champions ont subi la dure loi des qualifications ! Mais nul ne doute que le Mali, le Ghana, le Maroc et la Tunisie, qui représentent l’Afrique, tenteront de ramener la précieuse médaille à la «Maison», et rajouter ainsi un chapitre à cette fabuleuse histoire, commencée 84 ans plus tôt, par les Pharaons d'Egypte.
Charly Mouna 

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