Interview d'Aliou Goloko Archives
Aliou Goloko: le Sénégal est entrain de devenir une grande équipe
Aliou Goloko, Directeur de Publication du journal l'Equipe à Dakar, est présent au Mali pour couvrir la Coupe d'Afrique des Nations (Mali 2002). Il porte un regard positif sur la sélection sénégalaise et nous livre en exclusivité la vision de la presse sénégalaise et ses rapports avec Bruno Metsu le sélectionneur des " Lions de la Teranga ". Il faut avouer que les deux camps ne filent pas le parfait amour comme vous allez le constater. Entretien.
Africafoot.com : Quel est le regard que porte votre presse sur le football sénégalais ?
Aliou Goloko : Avant d'arriver à cette CAN 2002 la presse sénégalaise, à l'instar du peuple sénégalais, était très confiante. Et les gens sont venus à Bamako avec un état d'esprit optimiste. La presse a très envie de voir cette équipe sénégalaise allez le plus loin possible. Nous avons besoin de ce trophée pour briser le signe indien, il faut reconnaître que le Sénégal n'a jamais remporté la Coupe d'Afrique des Nations et cela nous désavantage énormément.
Africafoot.com : Pensez vous que le Sénégal va remporter sa première Coupe d'Afrique des Nations ?
Aliou Goloko : Oui, je le pense, car il y a beaucoup d'indices qui nous conforte dans cette possibilité. L'ambiance dans laquelle baignent les joueurs, une sérénité totale au sein du groupe, et puis des joueurs qui sont mentalement très forts. La preuve en a été donnée sur le terrain ou en jouant mal, l'équipe a réussi à s'imposer. Attendons la suite.
Africafoot.com : Qui peut arrêter le Sénégal ?
Aliou Goloko : Il faudra vraiment être très fort pour arrêter cette équipe là. Quand vous voyez la complémentarité qui règne dans cette sélection, et la qualité du banc de touche, tous les espoirs sont permis. Les joueurs sont confiants, et avec cette confiance, ils peuvent soulever des montagnes. Je pense d'ailleurs que le banc de touche est vraiment la force de l'équipe. N'importe quel joueur sur le banc peut entrer et faire la différence. Mais un match de football se joue en 90 minutes, et le Cameroun ou une autre équipe peut battre le Sénégal. Sur un match tout est possible.
Africafoot.com : J'ai vu tout à l'heure Bruno Metsu se fâcher avec un journaliste de la presse sénégalaise. Avez-vous de bons rapports avec Bruno Metsu ?
Aliou Goloko : Ecoutez, pas forcement, pas tout le temps, mais c'est normal. Bruno Metsu s'est sans doute tracé un canevas de travail auquel il compte se tenir. Et avec toutes les pressions qu'on lui met dessus, il est normal qu'il arrive parfois à péter les plombs. En fait la finalité des deux côtés est la même : la victoire, et il faudrait que les gens s'entendent et qu'il y est un code de bonne conduite entre joueurs, fédération, staff technique et journalistes. Que l'on puisse travaillez dans de bonnes conditions. Metsu ne donne pas l'impression de comprendre l'attente qui est la notre, nous pensons que le sélectionneur national a pris la grosse tête et qu'il risque de passer à côté de l'histoire. Il ne faut pas qu'il pense que nous souhaitons la défaite de notre équipe, ce serait un tord. Chacun de nous fait son boulot et il devrait le comprendre aisément, car cela se passe de la même façon en France. Les rapports entre entraîneurs et médias ne sont pas souvent faciles mais cela n'étonnent plus personne. A ce stade, il faut pouvoir mettre nos états d'âme de côté et ne faire que notre travail. J'admets que la susceptibilité de Bruno Metsu commence à irriter la presse sénégalaise.
Africafoot.com : Nous constatons que l'équipe sénégalaise organise régulièrement des points de presse contrairement aux autres sélections, cela est-il dû au professionnalisme de Bruno Metsu ou est-ce la fédération sénégalaise qui a compris les bienfaits de la communication?
Aliou Goloko : C'est surtout la fédération qui a compris cela et qui essaie vraiment de communiquez avec l'extérieur. Comme le Sénégal prépare la prochaine Coupe du Monde, elle commence à se professionnaliser. Et l'aspect communication, vous le savez est très important. Le staff technique avec Bruno Metsu ont affiché une volonté réelle de se mouvoir dans cette dynamique de communication. L'équipe a une bonne image, elle est bien médiatisée à cette Coupe d'Afrique des Nations, et cela est à son avantage. La presse sénégalaise ne peut que saluer cet état de fait qui permet de travailler en toute quiétude. Il est important pour nous d'avoir des informations sur les "Lions" afin que nos lecteurs soient informés de la forme de nos footballeurs et de l'ambiance qui règne dans le groupe.
Africafoot.com : Les noms de partenaires que l'on a vu sur le panneau d'entrée de l'hôtel dans lequel réside l'équipe, se sont des sponsors du COCAN, de la CAF ou ceux de l'équipe du Sénégal
Aliou Goloko : Ce sont effectivement des sponsors sénégalais et ceci est dû au génie de la structure marketing de la fédération de football. Elle a signé un contrat avec une structure marketing pour tout ce qui a trait avec les sponsors sénégalais. Ils font du bon boulot. Cet hôtel est un espace sénégalais et non celui de la CAF ou du COCAN et ils ont le droit de faire la promotion de leurs partenaires personnels. Ils ont eu le réflexe de faire paraître les entreprises qui soutiennent les Lions du Sénégal. Je crois que ces entreprises, comme celle de la téléphonie mobile du Sénégal trouve vraiment leur compte dans cette opération et c'est une bonne chose pour le football sénégalais. Nous savons aujourd'hui que les sponsors peuvent être contactés et qu'ils répondront présents aux évènements sportifs, contrairement à ce que certains pensent. Il suffit de leur donner un espace de communication et de leur montrer l'intérêt d'y figurer…C'est tout. Je pense que nous pouvons compter sur eux pour la suite et cela permettra de mieux réorganiser le championnat national qui a besoin de ces annonceurs. Maintenant, la balle est dans le camps des responsables sportifs pour la continuité.
Africafoot.com : Quel est votre pronostic pour les demi-finales ?
Aliou Goloko : Le Sénégal bien sûr, le Cameroun, le Mali et le Nigeria. Voilà le carré d'as que nous espérons tous voir à cette Coupe d'Afrique des Nations.
Africafoot.com : Henri Camara nous parlait de l'équipe Zambienne qui a fait un super match contre vous. Il dit que c'est la meilleure équipe actuelle, partagez-vous son avis ?
Aliou Goloko : Oui, je partage son avis. Il est vrai que le football pratiqué par les "Chipolo Polo" est impressionnant et le plus articulé depuis le début de cette CAN 2002. La Zambie ne méritait pas de perdre contre le Sénégal. Mais comme vous le savez les grandes équipes ont la "baraka" et le Sénégal est entrain de devenir une grande équipe. Mais du point de vue de l'élaboration du jeu et de la maîtrise du ballon, la Zambie était largement meilleure.
Africafoot.com : Les joueurs sénégalais souhaitaient ardemment la qualification de l'équipe Zambienne qui malheureusement a échoué devant l'Egypte, vous aussi ?
Aliou Goloko : La justice footballistique aurait voulu que la Zambie, qui pratique un si beau football, alors qu'ils ont eu une préparation amoindri dans le temps et qu'ils ne sont pas tous professionnels, se qualifie pour les ¼ de finale. Il nous ont montré un football alléchant et impressionnant, digne du Brésil des années soixante dix. C'est même un gâchis pour le football africain. Ce beau football que l'on ne trouve plus en Afrique, parce que l'Europe a standardisé notre football avec l'arrivée d'entraîneurs qui veulent absolument copier ce qui se passe chez eux. Le résultat prime sur le spectacle et la Zambie nous a offert du spectacle. Si elle avait pu y associer des buts, la qualification aurait été au bout. Malheureusement, elle a échoué contre l'Egypte et j'espère que malgré cette élimination ils continueront à pratiquer ce football qui nous a charmé.
Africafoot.com : Est-ce l'avis de la presse sénégalaise ?
Aliou Goloko : En tous cas, c'est le mien.
Jacques Roux à Bamako

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