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L'ARBITRAGE FEMININ AU CONGO, A CONSOMMER AVEC AVIDITE.
Le Congo Brazzaville vient de connaître une révolution dans le cadre de l'arbitrage. Le temps est venu ou le football congolais, longtemps malade est en train de se diagnostiquer pour savoir l'origine du mal si profond qui l'étouffe et le paralyse. L'émergence d'une classe d'arbitres pour venir assainir la mentalité corruptrice des hommes en noir congolais, peut faire que ce département re-devienne ce qu'il a été il y'a longtemps. Les arbitres congolais, grands absents des compétitions tant au niveau du continent qu'à l'international, se devaient de redorer le blason terni par une longue période de mise à coté. Depuis la Can 1992 et le Mondial 1994, plus aucun coup de sifflet, ni un coup de "drapelet" congolais n'ont été ni entendu ni vu.
Cette fois, une vague d'arbitres qui s'élève au Congo, et dans le lot, l'on retrouve une certaine NOMBAULT NUPTIA CHIMENE REGINA, connue sous le nom de " Chimène " tout court. Son goût pour le sport était venu de son flirt d'avec l'athlétisme à la défunte compétition de l'organisation nationale des sports scolaires et universitaires (O.N.S.S.U). Quand cette compétition perdait de sa valeur, Chimène ressentait un vide sportif en elle qu'elle voulait à tout prix combler. Malgré sa taille moyenne et sa stature svelte, cela ne suffisait pas de faire d'elle une fille capable de s'imposer dans le sport qui est devenu entre temps une affaire de colosses et de robustes. Elle a fait un choix judicieux qui l'embarque dans un cours théorique de 6 mois pour devenir arbitre, et c'est là le commencement de l'histoire d'une fane du football, aux allures calmes et presque timides et ne voulant qu'écouter de la musique religieuse, question de se tenir imperturbable.
Chimène participait donc avec brio au cours et dès le 27 Mai 1998, une carrière d'arbitre commençait pour elle. Ce fut d'abord une compétition de la sous-ligue, ensuite un championnat régional de 2ème division, et en 1999, elle part à l'assaut de la 1ere division régionale. En 2000, elle confirme au championnat national de football où elle reçoit la palme du meilleur assistant. Ne se sentant pas du tout stoppée dans son élan, de la perfection, elle s'offre aujourd'hui le cap d'arbitre central international. Juchée sur son 1,60m pour 57 kg Chimène ne vit que pour le football qui constitue pour elle, un loisir saint.
Depuis elle gagne en maturité et en expérience et dirige même les grands derbies du championnat congolais comme: Diables Noirs de Brazzaville contre As Cheminots de Pointe Noire, ou encore As Cheminots contre V.Club (l'équivalence de PSG-OM). Chimène s'impose par son impartialité, son approche au coeur de l'action, avec une course rassurante donnant aux acteurs une sensation de sécurité puisque son coup d'oeil est sûre et sa décision autoritaire. Hors du compromis, Chimène tient son match jusqu'à la fin, sifflant toute incorrection et toute brutalité, n'ayant peur de rien, elle sanctionne quand il le faut et met toujours les deux parties d'accord. Au travers de Chimène qui vient de passer internationale et accepté par la FIFA en Décembre 2001, le Congo trouve une thérapeutique dont le pays avait besoin. Elle reste le pionnier d'une génération d'arbitres "class A" qui faisait énormément défaut au football.

Nous avons rencontré Chimène au sortir d'un match de mise en jambes organisé par la ligue régionale de football, elle a aussitôt accepté de se plier au jeu. Entretien.

FICHE TECHNIQUE :

Nom : NOMBAULT
Prénoms: NUPTIA CHIMENE REGINA
Née: Le 19 Fevrier 1972
A: Pointe Noire
Taille: 1,60 m
Poids: 57 kg
Début de carrière : 24 Mai 1998

Africafoot.Com : Pourquoi Chimène a choisi l'arbitrage, alors qu'on était habitué à vous voir sur les pistes d'athlétisme ?

NOMBAULT.CHimène : C'est suite a une blessure qui m'avait gardée hors des pistes pendant 3 ans. C'est à ce moment là que j'ai finalement décidé de me lancer vers l'arbitrage. Je peux dire que ce ne fut pas une décision facile à prendre, car comme vous le savez, c'est un milieu d'hommes.
Africafoot.Com : Vous êtes désormais arbitre centrale internationale, qu'est ce que cela vous apporte?
N.C. Cela m'apporte beaucoup de satisfaction, et un grand capital confiance, sans compter la fierté que je ressent pour moi même, et pour le football. Je crois que mes efforts sont récompensés et cela ne peut que me réjouir. Dans ce milieu, il faut être honnete et garder son sang-froid, les tentations sont multiples et le fait d'être une femme repousse probablement certaines propositions que subissent mes autres confrères. Je pense que l'arbitrage féminin a un bel avenir dans le football et la CAF et la FIFA en sont conscients, d'où l'intérêt que l'on nous accorde aujourd'hui.
Africafoot.Com : Comment s'est passé le passage du cap fédéral au cap international ?
N.C. Pour moi, la fédération avait décidé au vu de mes prestations sur le terrain. En principe, je serais passée un an avant, arbitre internationale assistante, mais cela n'avais plus eut lieu car on exigeait un quatuor, le sort m'avait désigné et depuis, je ne cesse de progresser.
Africafoot.Com : Vous faites partie d'une race de femmes qui veut apporter des changements au sein de la famille du football, jusqu' où irez-vous?
N.C : Je veux aller très loin, mon rêve est d'aller jusqu'en Coupe du Monde. Je crois que les femmes apporteront cette petite note sensible qui manque au football aujourd'hui. Les femmes pratiquent de plus en plus ce sport, il est donc légitime de les voir diriger des rencontres internationales. Je pense que nous tendons vers un sport où l'on doit voir des hommes et des femmes sur le terrain. Pour l'instant, nous occupons les postes d'arbitres, bientôt nous serons les meilleures sur le terrain.
Africafoot.Com : Arbitre internationale, cela ne freine t-il pas le côté féminin de Chimène?
N.C : Bien sûr que oui! Il faut savoir que je suis une femme normale et j'ai le droit de bénéficier des avantages de la féminité. Mais vous savez, les hommes ont toujours des apréhensions sur des femmes comme moi. Quand il s'agira d'avoir des enfants je serais simplement en congé de maternité et je reviendrais après. Une fois mariée, mon mari et moi gereront cette situation, pour le moment je suis en formation pour décrocher mon diplôme de médecine sportive. Je crois encore avoir du temps devat moi.
Africafoot.Com : Quels sont vos models ?
N.C : Que tous ceux qui m'ont soutenus trouvent ici l'expression de tout mon profond respect. Loin de les citer, ils sont nombreux les confrères qui sont pour moi des exemples.
Africafoot.Com : En Afrique, il arrive parfois que l'on même sa vie en danger, en appréciant mal une faute par exemple, avez-vous connue des complications un terrain de football?
N.C : Oui, lors du championnat national de 2001, une joueuse m'avait roué de coups pour un carton rouge que je lui avait filé. Nous rencontrons beaucoup de problèmes sur les terrains de football, que ce soit moi ou mes collègues hommes. L'arbitre est le personnage le plus détesté quand l'on perd une partie. Les fans sont en général des passionnés et il arrive que ces derniers dépassent le raisonnable... Mais, nous devons faire avec. En Afrique, les arbitres sont des cibles faciles pour certains illuminés, heureusement que les sanctions commencent à faire réfléchir les excités. Plus il y aura des sanctions sévères dans ce sport, mieux les arbitres se porteront.
Africafoot.Com : Pensez-vous que l'arbitrage féminin a apporté quelque chose de positif au football?
N.C : Oui, le résultat est positif... quand je drige une rencontre, les footballeurs sont moins violents et s'arrangent à mieux se discipliner sur le terrain. Devant une femme, les hommes sont respectueux, ils respectent les règles du jeux, et savent que l'impartialité féminine ne badine pas. Je crois que personne n'a envie de se montrer sur son mauvais jour, et une décision prise par une femme est plus respectée que celle d'un homme.
Africafoot.Com : Pouvons-nous dire qu'il est facile d'être une femme arbitre ?
N.C : Non, non ! pas du tout, je dis tout simplement que la tache nous est facilité parceque les hommes ont un certain respect de la femme, et puis, le public est présent... cela nous aide aussi. Il est clair que cela n'enlève en rien le fait que le football soit encore considéré comme un sport d'hommes. Et puis, je reçois quand même des insultes de la part de certains joueurs qui "respectent" leur statut. En dehors de l'arbitrage, j'ai une autre vie et je la mène bien sans ambiguïté. Je vais à l'école, je fais mes courses au marché, je flane dans les magasins comme toutes les femmes, et cela n'est pas embêtant pour moi. Bref, j'ai une vie de femme normale, qui prend très au sérieux son statut d'arbitre. J'irai jusqu'au bout de ma passion.
Propos recueillis par Jonas MASSENGO

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