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| CAN 2002
- Dominique COLONNA à Africafoot.Com
"LES ZAMBIENS ONT LA CULTURE DU BEAU JEU" |
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Professionnel à 19 ans comme gardien
de but à Montpellier, doublure à 20 ans de René V ignal
et de Ruminsky en équipe de France avant d'en être le titulaire
à part entière, Dominique Colonna connaît ses meilleurs
moments avec la glorieuse et mythique formation du Stade de Reims (1957-63).
Aux côtés des Kopa, Fontaine, Jonquet, Penverne, il remporte
quatre titres de champion de France et dispute une finale de coupe d'Europe
contre le Real Madrid. Sa carrière terminée, il passe dix
années en Afrique comme entraîneur avec le Cameroun puis
conseiller technique pour toute l'Afrique Centrale. De retour en France,
Dominique Colonna se pose en défenseur du football amateur après
avoir été vice-président de l'OM et président
de son club d'origine, l'US. Corté (Corse). A 73 ans, Dominique
Colonna est à Bamako pour suivre la 23 édition de la Coupe
d'Afrique des Nations. Il nous livre ses impressions. |
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| Africafoot.Com : Qu'est ce qui fait aimer la CAN à Colonna ? | |||
Dominique Colonna : J'ai passé
dix ans au Cameroun. Après Corte, ma ville natale,
c'est l'endroit ou j'ai passé le plus de temps. De plus sur le
football africain, j'ai un petit regret car en
1965, je pronostiquais une victoire en phase finale de coupe du monde
avant l'an 2000. Bon, il y a deux pays africains comme le Cameroun
et le Nigeria qui ont remportés les jeux olympiques. Maintenant,
c'est quand même une référence car il y a beaucoup
de professionnels.. Alors disons que grâce au football africain,
j'ai des amis dans tout le continent . J'ai même été
invité à Ouagadougou par mon ami Issa Hayatou,
pour recevoir une médaille en présence de l'ex- président
de la FIFA, Joao Havelange et de Leonnart Johansson président
de l'UEFA. Je viens au Mali en touriste pour me replonger
dans l'ambiance africaine. |
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| AFRICAFOOT.COM : Quel est votre analyse de cette première journée de la CAN ? | |||
DOMINIQUE COLONA : C'est certainement
un des débuts de CAN le moins prolifique parce
que l'on a rarement vu des attaques aussi stériles. Faut-il croire
que les équipes ne veulent surtout pas perdre ? C'est possible!
Toutefois, je constate trois éléments assez hostiles à
la pratique du bon jeu : D'abord la pelouse qui est très sèche,
ensuite le ballon qui est très léger et enfin le vent qui
est l'ennemi du footballeur. Ces trois éléments n'incitent
pas les joueurs à prendre des risques offensifs. Il n'y a aucun
penalty. Les attaquants se positionnent dans la surface de réparation
que pour les corners Les buts inscrits à l'exception de celui de
Mboma sont des buts "casquettes" assez heureux.
Il y a aussi un élément majeur, la peur des équipes
de perdre le premier match. D'ailleurs celles qui n'ont pas gagné
sont déjà en difficulté. A la lecture des journaux,
il apparaît que des entraîneurs sont déjà sur
la sellette. Du jamais vu à ce stade de la compétition.
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| AFRICAFOOT.COM : Quelle est l'équipe qui vous a impressionné ? | |||
D.C : J'ai é té
impressionné par les Nigérians mais non pas par OKOCHA
mais par Kanu. Sa rentrée a été déterminante
dans la créativité des actions offensives. Le gardien de
but algérien Gaouaoui Lounes a été beaucoup
plus sollicité. D'aucuns disent que ce n'est pas le grand amour
entre Kanu et Okocha. En revanche je suis déçu
par la prestation des équipes du Maghreb. Elles ont toujours un
jeu chatoyant et parfois spectaculaire mais devant les buts c'est le grand
désert. Aucun attaquant n'est présent pour mettre le ballon
au fond des filets. |
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| A.F.Com : Que pensez-vous des gardiens de but africains ? | |||
D.C : Le jeudu g ardien
s'est détérioré depuis déjà quelque
temps. Les quelques changements apportés au jeu l'ont été
au détriment du gardien. (passe en retrait et obligation de dégager
rapidement
). Son jeu ressemble étrangement à celui
du gardien de but de handball. Sur les matches de la CAN, les gardiens
n'ont pas été sollicités. Les joueurs rechignant
à tirer au but Chokri El Ouaer, le gardien de la Tunisie
qui sans faire un grand match a sauvé son équipe d'une première
défaite contre la Zambie. |
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| A.F.Com : Avez-vous remarqué des imperfections sur le plan organisationnel ? | |||
| D.C : Les stades sont équipés de tableaux panneaux qui sont mal utilisés. Mise à part le score, cet instrument de communication ne transmet ni les changements de joueurs, ni le nom des buteurs, ni les sanctions émises par l'arbitre (carton jaune ou rouge). Ce serait bon d'y remédier rapidement pour permettre aux spectateurs d'être bien informés. | |||
| A.F.Com : Existe-t-il des changements entre cette 23ème CAN et les autres ? | |||
D.C : Non ! Les cinq équipes africaines
qualifiées pour le Mondial
sont présentes (Tunisie, Afrique du Sud, Cameroun, Nigeria et
Sénégal). Si j'étais entraîneur d'une de
ces équipes, ma priorité aurait été de faire
de cette CAN, une phase préparatoire à la coupe du monde.
Par exemple, le Sénégal doit d'ores et déjà
préparer son premier match contre la France. Mais, certaines veulent
gagner pour pouvoir faire un meilleur parcours en Corée du Sud
ou au Japon. Les deux thèses se défendent. |
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| A.F.Com : Quel est le meilleur match auquel vous avez assisté au Mali ? | |||
| D.C : Tunisie-Zambie peut-être parce qu'il s'est joué en nocturne. Je connais le football Zambien depuis longtemps. Au temps ou je dirigeais le Cameroun (1964). Les Zambiens ont toujours eu la culture du beau jeu. Il leur manque le côté physique qui rendrait leur football plus redoutable. Sur le plan technique et tactique, ils ont été irréprochables. Cela a permis aux Tunisiens de pratiquer un football agréable. | |||
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A.F.Com : Le Cameroun arbore avec un maillot "révolutionnaire".
Est-ce le maillot de demain ?
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D.C : Le football, ce n'est pas encore la plage.
Mais je crois que l'obje
ctif
recherché par l'équipementier est de réduire un
acte d'anti jeu qu'est le tirage par le maillot, un peu trop fréquent
de nos jours sur le terrain. C'est une initiative louable. Mais il ne
faut pas oublier que le tirage de maillot est synonyme de sanction et
qu'il appartient à l'international Board d'y remédier.
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A.F.Com : On ne peut parler de football sans parler
d'arbitrage
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D.C : Il est
bien meilleur. J'en ai toujours fait mon cheval de bataille. Je regrette
qu'il n'y ai pas assez d'arbitres recrutés parmi les footballeurs.
Je ne crois pas que l'arbitrage africain soit plus mauvais qu'ailleurs.
Et il serait judicieux de former des triplettes d'un même pays.
Cela voudrait dire qu'il faudrait consacrer plus de moyens (finances).
Sur les cinq matches, les arbitres se sont montrés irréprochables.
En Europe, il y a eu une trêve des arbitres en séminaires
et cinq matches de championnat ont été dirigés
par des arbitres étrangers . Des erreurs ont été
commises. Il en sera ainsi tant que l'on ne trouvera pas un système
de contrôle et de formation plus performant. |
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A.F.Com : La télévision et le sponsoring
sont le nerf de la guerre en football. Peut-il en être autrement
?
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D.C : Les sponsors et la télévision
font vivre le sport. San
s
eux, les joueurs ne gagneraient pas autant d'argent. Les sponsors s'impliquent
dans ce grand événement mais ce qui me surprend c'est
leur discrétion. J'ai assisté à une conférence
de presse ou ils étaient absents médiatiquement, alors
qu'ils sont en droit d'exiger leurs présences lors des interviews
qui doivent passer à la Télévision. |
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A.F.Com : On a assisté à une présence
massive de managers de joueurs à la CAN. Comment l'expliquer
?
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D.C : Il y a des agents de joueurs parce que
les clubs sont inorganisés. Pourquoi un club professionnel qui
a ses propres recruteurs fait-il appel à ces agents? Si je suis
président d'un club je ferais confiance à mes recruteurs.
Chaque club devrait avoir des fiches signalétiques des meilleurs
joueurs européens, africains et mondiaux. Il ne faut pas désespérer,
il y a tout de même des clubs qui commencent à s'organiser.
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A.F.Com : Devant les sommes faramineuses qui circulent
dans le milieu du football, quelle est votre réaction ?
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D.C : En tant qu'ancien footballeur, je considère
qu'un joueur n'est jamais assez trop bien payé devant la brièveté
de sa carrière. Et s'il touche cet argent c'est parce qu'il le
mérite et que l'argent est disponible.
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A.F.Com : Etes-vous pour les centres de formations
en Afrique ?
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D.C : Moi j'ai toujours été contre
ces centres de formations. Il y
a des clubs qui conservent trois joueurs après avoir viré
dix-sept !!! Ce n'est pas le but recherché. Des clubs comme Liverpool
recrutent des joueurs âgés de quatorze ans alors qu'il
est important de les laisser. s'épanouir dans leur environnement
naturel et son milieu familial. Les vrais formateurs ce sont les petits
clubs, ceux qui vont dénicher les joueurs dans les quartiers,
ceux qui font signer les premières licences aux joueurs. A dix-sept,
le joueur a certes ses qualités mais surtout ses défauts,
et ces centres s'avèrent plus être des centres de déformations
que de formation. |
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A.F.Com : Que pensez-vous des joueurs qui refusent
de parler à la presse durant cette CAN ?
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D.C : Ces joueurs oublient qu'ils sont en Afrique,
et que c'est d'abord
grâce
à l'Afrique, qu'ils ont acquis la notoriété et
la fortune. Les africains n'ont pas assez d'argent pour se permettre
de lire les exploits de leurs idoles dans les journaux occidentaux.
Les journalistes et les médias africains sont là pour
servir de relais à un moindre prix. |
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Jacques Roux à Bamako
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