Esprit du Diatijya Archives
Le Regard d'Africafoot.Com sur l'Esprit du "Diatigiya"
La première fois que j'ai entendu parler de l'expression "Diatigiya", c'était en juin 2001 à Paris, à l'occasion de la conférence de presse de monsieur Sory Ibrahim Makanguilé, président du COCAN. A l'époque j'avais simplement retenu que ce terme voulait dire bienvenu. Par contre j'avais été très sensible à l'idée de demander aux Maliens de supporter toutes les équipes de la compétition en désignant certains quartiers comme "Diatigui" de ces formations. Mais je n'y croyais pas trop. Comment était-il possible que des autochtones qui aiment leur pays et en sont fiers, et qui sont passionnés par le football puissent porter les tenues et les couleurs des équipes adverses. C'était noble, mais impossible à réaliser. En tous cas nous avons décidé ( l'équipe d'Africafoot.com) de donner comme titre à l'émission que nous avions envisager pour couvrir cette CAN 2002 "Le Journal du Diatigiya". Mais en comprenions-nous vraiment le sens ?
Ensuite, nous avons fait le voyage de Bamako - afin d'en savoir un peu plus - pour le tirage au sort des poules qualificatives, septiques comme beaucoup de confrères sur la capacité du Mali à organiser cette grande manifestation du football africain. Lors de l'inauguration de la place CAN, le discours du Président de la République, Monsieur Alpha Oumar Konaré, nous a séduit par son contenu: le "Diatigiy" était au cœur de ses propos. Je ne sais pas si "Alpha" est un grand Président, et s'il a apporté à son pays tout ce que celui-ci attendait de lui, mais il est certainement l'homme de la situation en ce qui concerne cette CAN 2002. Son engagement pour une Coupe d'Afrique propre et fraternelle est un exemple à suivre. A partir de ce jour nous n'avons cessé de penser à cette expression et à vouloir en saisir la signification exacte.
La première des difficultés a été de l'écrire car cette expression vient du Bambara, la langue la plus parlée au Mali: Diatiguilla, Diatigya, Diatigiya, Diatiguia, Jatigiya… Personne ne pouvait s'entendre sur son orthographe exacte et cela faisait parti de son mystère. Lors de l'interview que nous avons faite avec Rokia Traoré pour parler de l'hymne de la CAN "Mali 2002" nous avons appris beaucoup. Le "Diatigiya" est vraiment un art de vivre et de recevoir et il est totalement ancré dans la culture du Mali. On peut l'expliquer différemment et il peut prendre plusieurs formes mais c'est cet esprit de respect et d'ouverture qui compte. Le Ministre des Sports du pays des "Aigles" et de la mascotte (Hippopotame) qui est visible dans toute la ville, nous a déclaré lors de l'interview qu'il nous a accordé, "le plus important, ce n'est pas la façon de l'écrire, mais de comprendre l'esprit et de l'adopter. Nous avons réussi à matérialiser notre "Diatigya" et nous pensons que cela restera dans les esprits après la Coupe d'Afrique des Nations (CAN 2002)".
En tant que concept le "Diatigiya" est parfaitement compréhensible. C'est intéressant et respectable mais je ne savais pas qu'il était réel et que j'allais le vivre de l'intérieur. Pourtant, il allait prendre pour moi toute sa dimension, ce soir du 21 janvier 2002, lors de la rencontre Tunisie - Zambie (0-0). Le match allait commencer et devant moi je voyais les supporters tunisiens et zambiens donner de la voie pour encourager leurs équipes. Ils dansaient, se congratulaient et hurlaient dans la bonne humeur, sans agressivité les uns envers les autres. Leur joie faisait plaisir à voir. Toutefois, j'étais surpris de constater que la plupart des supporters tunisiens étaient presque tous noirs (99%), quand on sait que la Tunisie est un pays d'Afrique du Nord (Maghreb) à dominance blanche. Je compris qu'il s'agissait de maliens d'une des communes de Bamako désignée comme "Diatigui" de la Tunisie. J'avais l'exemple sous les yeux de ce que je cherchais. Je saisie de suite ma caméra et mon sujet était tout trouvé, je matérialisais enfin l'esprit du "Diatiguiya" prôné par Monsieur Alpha Oumar Konaré et son équipe. Comme un Aigle malien, je ne pouvais que foncé vers ce public, que dis-je, ces fans qui ne connaissaient même pas la majorité des joueurs Tunisiens, et je me mis à saisir les quelques instants de cet enthousiasme communicatif. Il fallait le voir pour le croire, des maliens chantant "Puissansi Tunisie ", comprenez, "Puissance Tunisie". C'est le slogan employé par les fans de la sélection malienne de football.
J'avais plaisir à être là, et le match qui avait débuté n'avait plus d'intérêt pour moi. Je fis beaucoup de prises, car je ne voulais pas rater une expression ou un geste de ce formidable public tout en couleur qui chantait et dansait sur un rythme de carnaval brésilien ou caribéen. Cette foule était compacte mais bonne enfant et joyeuse. Les supporters Zambiens se donnaient aussi sans compter et je décidais aussi de me mêler à eux. Et ma constatation fut la même : il s'agissait de maliens appartenant à une autre commune "Diatigui" de la Zambie. Bientôt je fus rejoint par un photographe, puis un deuxième, et un peu plus tard par deux autres cameramen. Cela devenait indécent et mon plaisir allait être gâché. Ces gens n'étaient pas là pour être entouré de cameras comme des bêtes de foire, et je décidais de remonter dans la tribune de presse.
Je ne sais pas si mes confrères avaient eu la même attirance que moi ou s'ils avaient subit un phénomène d'entraînement - fréquent dans notre profession - mais il restèrent longtemps autour de ces supporters géniaux. Sans doute ont-ils ressenti eux aussi cet esprit du "Diatigiya" qui prenait corps.
Je remercie ces jeunes filles et ces jeunes hommes de m'avoir donné l'occasion de vivre cela. Une fois de plus l'Afrique nous ramène toujours à des valeurs qui ont complètement disparut chez nous en Europe. Aujourd'hui, je peux dire que l'esprit du "Diatigiya" est bien présent ici au Mali. Peuple Malien, je vous en félicite et vous en remercie car votre générosité n'a d'égal que votre noblesse. You Have Done It !
Marc Thiébault à Bamako

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