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L'histoire Retiendra…
Les lampions se sont éteints lentement tels des lucioles s'évanouissant au lointain dans la pénombre Bamakoise. Les clameurs du public se sont tues. Le silence si lourd est devenu bruyant et assourdissant. L'espace d'un moment, on croit avoir rêvé, tellement la fête fut intense. Pour combattre cette sensation pesante de nostalgie, on erre dans les rues devenues désertes. Parfois, on reconnaît les vestiges de cette invraisemblable frénésie qui s'est emparée pendant plus d'un mois de tout un pays. On s'arrête pour discuter avec les uns, on ressasse des souvenirs qui paraissent étrangement si lointains, avec les autres. Quelques détails anecdotiques surgissent au détour d'une conversation. Beaucoup de joie, mais aussi beaucoup de peine. Surtout, que de regrets ! Cette fameuse demi-finale, tant de fois jouée et rejouée dans la tête. Et, quelle demi-finale ! Perdue contre le futur Champion d'Afrique, le Cameroun, maigre consolation. On y a pourtant cru. Même à 3-0, le miracle pouvait encore se produire. Mais ce Cameroun-là était indiscutablement invincible ce jour-là. Il était irrémédiablement "Indomptable". Qu'à cela ne tienne, on aura essayé, tout essayé, avant, pendant et en dehors du match. Mais, "la chance était du côté des autres". Ce n'est qu'un match de football, est-on tenté de dire pour se rassurer.
Mais, que de sentiments contradictoires ! Ce jour-là le rêve de conquête de "Belle Dame Coupe" s'est envolé, et avec lui les espoirs de tout un peuple enhardi par les exploits à répétition de ses héros. Une histoire épique qui s'estachevée dans les larmes et le désespoir. Les exploits d'hier ont semblé ce jour-là relever de l'épiphénomène. "Mais, avec le temps tout s'en va…" L'émotion si intense a vécu et s'estompe au fil des jours. Le désespoir d'hier a petit à petitcédé la place à la fierté somme toute légitime d'avoir réussi un pari audacieux. Une étrange impression d'être passé à côté de quelque chose de grandiose. Qu'à cela ne tienne, la fête fut quand même belle.
Certes, le rêve interminable et le songe inassouvi se mêlent et s'entremêlent encore aujourd'hui comme dans un numéro de funambule. La scène déserte n'est plus qu'un champ de souvenirs où le cri des "Aigles" que semble entendre le spectateur esseulé n'est que vague hallucination. Les acteurs ont quitté la scène, épuisés, avec le sentiment du devoir accompli. Et Bamako, la coquette a repris son rythme de toujours. Mais, tout le monde le sait, rien ne sera plus comme avant. Comment pourrait-il en être autrement après tous ces instants magiques. Bamako, la radieuse en ce mois de février 2002 est toujours souriante, mais nostalgique.
Qui ne se rappelle des sanglots d'un El Hadj Diouf inconsolable, contrastant étrangement avec les cris de joie d'un Rigobert Song au comble de l'extase. C'est la magie du sport, c'est la magie du football. Un mélange inexorable de succès et d'échec qui est le refrain éternel de l'hymne à la bravoure. Les " soli " des surdoués de la balle ronde retentissent encore au lointain, rendant l'épopée malienne encore plus mythique. Un mythe qui a vécu ? Rien n'est moins sûr. Car, l'histoire retiendra que le Mali a réussi le pari d'organiser une Coupe d'Afrique des Nations d'exception, avec un goût de sucre amer pour certains, mais un goût de sucre quand même. La fête fut. L'histoire retiendra….que c'est finalement le Cameroun qui est Champion d'Afrique 2002. Mais, l'histoire si balbutiante fût-elle, retiendra que la CAN 2002 fut d'abord une réussite malienne. C'est toute l'Afrique qui en sort grandie.
Jacques TIDJI

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