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Papa Wemba : La CAF est Seule à Réunir les Pays Africains Autour d'un Evénement sans Négociations, et Même en Temps de Guerre
Africafoot.Com a contacté Papa Wemba et Passi (Biso Na Biso) dans le but de composer un hymne pour la Coupe d'Afrique des Nations (CAN 2002) qui se déroulera au Mali. Cet hymne sera le générique de l'émission que nous préparons "Le Journal du Diatigiya"... Ils ont tous les deux répondu favorablement, et la musique en préparation sera sur le marché à la fin du mois de décembre prochain. Vous reconnaîtrez entre autres, les voix de Youssou N'Dour, Cheb Mami, Femi Kuti , Rokia Traoré et d'autres artistes africains que choisiront Wemba et Passi. Cet hymne sera le clou de la cérémonie d'ouverture de la Coupe d'Afrique des Nations, le 19 janvier 2002 à Bamako. Réunir ces artistes africains autour de cet événement majeur du football africain n'a pas été facile, mais dès que nous avons réussi à les toucher, tous se sont mis au travail avec une joie que personne d'entre nous ne pouvait soupçonner. Il faut avouer que le football africain et sa musique font bon ménage et surtout que les artistes africains sont tous au courant de l'évolution de notre football et de ses nombreux problèmes. A l'occasion de la sortie, le 23 novembre, de son nouvel album "Bakala dia Kuba", Papa Wemba, grande star de la musique Congolaise et Africaine, a reçu l'équipe d'Africafoot.Com pour nous parler de sa participation à l'hymne "Mali 2002" et de sa passion pour le football africain. Entretien.
Africafoot.Com : Nous attendons tous la sortie de ton nouvel album, peux-tu nous dire quel est son orientation musicale ?
Papa Wemba : J'essaye de rester égal à moi-même, en gardant ma ligne musicale basée sur la rumba. Mais, je ne peux être à la fois juge et partie. J'ai fais un travail et je laisse le choix aux mélomanes d'en juger. Je me suis entouré, comme d'habitude, de musiciens qui connaissent bien la musique congolaise et je crois que nous avons fait un bon boulot. La campagne de promotion qui est faite autour de la sortie de l'album me plait et je remercie ma maison d'édition qui abat un travail énorme autour de moi pour valoriser mon travail qui est, je le répète encore, l'œuvre de toute une équipe.
Africafoot.Com : Quel est son titre et qu'elle est sa signification ?
P.W : "Bakala Dia Kuba" veut tout simplement dire, "Un homme averti" et 100% stars. C'est un album symbole de l'unité congolaise. Je ne fais pas de politique et je n'apprécierai jamais la guerre. Je pense que personne ne peux rester insensible à ce qui arrive au Congo aujourd'hui, surtout quand on est natif de ce pays. Je vais essayer d'apporter par ma musique ma modeste participation à l'élaboration de la paix. Ne dit-on pas que la musique adoucit les mœurs? Je vais essayer d'adoucir les haines en chantant l'union du peuple congolais.
Africafoot.Com : As-tu travaillé avec les mêmes musiciens que pour ton dernier album ?
P.W : Non, je n'ai pas travaillé avec les mêmes que pour l'album "Fula Ngenge" mais ce sont des musiciens que je connais très bien et qui ont beaucoup de talent. Sec Bidens a réalisé la plupart des chansons mais on trouve aussi Ray Lema, Lokua Kanza, Maurice Poto... Je pense que tous ceux que je viens de réunir pour l'élaboration de cet album ont donné le meilleur d'eux-mêmes et je ne peux que les féliciter.
Africafoot.Com : Est-ce que ton nouveau disque va associer une nouvelle danse à la musique ?
P.W : La musique congolaise a toujours été liée à la danse, et les danses naissent comme les champignons à Kinshasa. On va bien entendu danser au rythme de la musique de cet album, et chacun va y trouver un rythme qui lui convient, mais nous n'avons pas créé pour l'occasion une danse particulière comme nous avons l'habitude au Congo. Nous laissons libre court à la créativité de nos fans et probablement que l'un d'entre eux trouvera des pas de danse qui accompagneront l'album, tout le monde sait que les congolais ont beaucoup d'imagination dans ce domaine.
Africafoot.Com : Comment va s'organiser la promotion de cet album ?
P.W : C'est ma maison de disque, Next Music, et mon attachée de presse qui organise la promotion jusqu'au 13 décembre. Ensuite je pars à Kinshasa faire la promotion. Et je reviens pour le concert de Bercy qui est un grand événement pour moi, et ce sera le 31 décembre 2001. J'aurai l'occasion de voir la réaction de mon public et de l'importance que mes fans accordent à mon album, c'est très important pour moi. J'adore le contact avec mon public et rien ne remplacera un concert live dans notre métier. Nous avons besoin de nos fans qui nous font vivre, sans eux, nous ne sommes rien. Un artiste sans fans est obligé de disparaître…
Africafoot.Com : Pour ce concert de Bercy, qu'as tu prévu de particulier?
P.W : Nous avons choisi le réveillon du nouvel an pour que ce soit un jour de fête comme cela se passe en Afrique. Nous allons essayer de célébrer cette année nouvelle dans la joie. Ce sera une grande fête de la musique africaine. Il y aura beaucoup d'invités et nous organisons l'élection de Miss Afrique-Europe pour la première fois. Je serais accompagné par mon orchestre "Nouvelle Ecriture" comme pour l'Olympia et le Zénith et nous allons interpréter des chansons des trois derniers albums. Je souhaite que la salle soit pleine pour mettre l'ambiance comme cela se doit. Je sais que mes fans répondront présents comme d'habitude et que l'ambiance sera électrique…J'invite donc ceux qui n'ont jamais passé une soirée avec Papa Wemba de faire un tour du côté de Bercy, ils ne le regretteront pas.
Africafoot.Com : Africafoot.Com t'a contacté dans le but de composer avec Passi un hymne pour la CAN 2002, Peux-tu nous parler de ce projet?
P.W : Le football est le sport roi en Afrique. On le pratique dès le plus jeune âge, on joue même sur des cailloux. Une Coupe d'Afrique des Nations est un événement très important. On m'a demandé de composer cet hymne avec mon jeune frère Passi, nous allons nous mettre au travail pour offrir aux africains un morceau de qualité. C'est un grand honneur pour nous deux. Et je sais que ceux les artistes qui ont été contactés pour apporter leur contribution se feront la joie de participer. Il faut savoir que pour une fois, 16 nations seront réunies dans un même pays et que cette Coupe d'Afrique des Nations (CAN 2002) sera d'un niveau très élevé au vu des équipes participantes et des joueurs qui figurent sur les tablettes des entraîneurs sélectionneurs. Tous pratiquement évoluent en Europe et dans des clubs prestigieux. Ces joueurs ne sont plus des inconnus comme par le passé et la réputation de la Coupe d'Afrique a déjà traversé l'Océan Atlantique et la méditerranée, ce qui permet aujourd'hui aux grands clubs européens de s'y retrouver par l'entremise de certains agents pour faire leurs emplettes. Je suis très honoré que vous ayez pensé à moi pour la construction de cette chanson et j'y mettrai tout mon cœur car c'est très important. La CAF est seule à réunir les pays africains autour d'un événement sans négociations, et même en temps de guerre. Il faut louer son action à travers le continent… le Liberia est en guerre, mais présent au Mali, mon pays le RD Congo connaît des difficultés avec ses voisins, mais est présent au Mali, bref, la Coupe d'Afrique est aujourd'hui incontournable pour l'union des nations de football.
Africafoot.Com : Quel musiciens comptez-vous associer à cette aventure?
P.W : L'Afrique est un grand continent et il y a une gamme très variée de musiques. Nous souhaitons représenter toute l'Afrique, du Nord au Sud, sans oublier le pays hôte de cette compétition, le Mali. On retrouvera sur cet hymne, Rokia Traoré, Youssou N'Dour, Manu Dibango, Femi Kuti, Cheb Mami et d'autres musiciens (Centrafricains, Sud Africains, etc). Nous, les enfants de l'Afrique devons apporter notre contribution et c'est déjà bien de nous retrouver ensemble et surtout dans la communion du football qui amène plein d'espoir. Et puis, le Président Alpha Konaré a dit, "Soyons le Diatigui du Football Africain". Je le rejoins dans sa pensée car c'est cela l'Afrique, l'hospitalité, l'accueil, la fraternité, l'amour et le respect... Nous nous devons de retrouver cela, et si le football devait le permettre comme je le pense, ce serait une bonne chose.
Africafoot.Com : Pour quelle raison t'engages-tu dans ce projet ?
P.W : En tant qu'Africain je me sens particulièrement concerné par ce projet et je suis fier d'y participer. Et puis, je suis un des fils de ce continent qui a connu des moments paisibles contrairement à ces dernières années. Je souhaite que l'Afrique retrouve son calme et l'amour de ses frères et sœurs, Peace and Love !
Africafoot.Com : As-tu d'autres projets avec des musiciens africains ou européens et quel style de musique africaine apprécies-tu particulièrement ?
P.W : Non, pas encore mais cela viendra sans doute rapidement après les contacts que j'aurai pendant l'élaboration de cette chanson. J'apprécie toutes les musiques à partir du moment où elles sont bien faites. A partir du moment où une musique accompagne un chant et qu'il y a de l'émotion, la musique est belle quelle que soit son origine et son style.
Africafoot.Com : L'expérience du Bisso Na Bisso, le groupe de Passi avec qui tu travailles sur cet hymne, est-elle une voie pour certains musiciens Africains?
P.W : Passy et ses amis du "Bisso na Bisso" ont eu une très bonne initiative et elle a été très bien acceptée. La question que je pose souvent dans ce genre d'action est de savoir si cette initiative a bien été accueillie en Afrique. La promotion était beaucoup plus en France que dans les pays africains, même si la tournée organisée a fait quelques pays de notre continent. Tiens, je lui poserai la question pour avoir une idée plus claire sur son action. Il faudrait peut-être voir une initiative du même genre démarrant d'Afrique pour arriver en Europe avec des artistes connus comme justement Passi, Youssou, Femi et d'autres musiciens qui adhèreront au projet, et ensuite nous trouverons une bonne organisation pour sa réussite. Allons-nous tout le temps attendre des leçons venant des autres ?
Africafoot.Com : Comptes-tu te rendre à la CAN 2002 au Mali ?
P.W : Si on nous invite à participer à la cérémonie d'ouverture, nous viendrons avec grand plaisir. Ce sera la rencontre de tous les africains autour du sport Roi, le football. Et puis, je ne pense pas que les organisateurs ne vont pas nous intégrer à la cérémonie, sauf si je me trompe. Allez, je rigole ! Nous avons été invités à participer à la cérémonie et nous aurons une représentation sur un grand char fabriqué par l'organisation, je ne sais pas encore comment tout cela sera fait, mais j'en parlerai avec eux pour en avoir le cœur net. Et puis, ce sont des professionnels qui connaissent leur boulot, les autres artistes et moi ferons ce qu'ils demanderont, nous ne serons pas là pour donner des leçons, mais pour participer à une fête, celle du football. Notre musique n'est qu'un plus.
Africafoot.Com : Quel regard Papa Wemba porte-t-il sur le football Africain?
P.W : Dans les années 70 et 80 je connaissais beaucoup de joueurs africains. Depuis 10 ans, je ne peux plus suivre le football africain comme je le suivais avant, et donc je le connais moins bien, et je connais moins bien les joueurs congolais. Malgré tout, je continue de regarder les matchs à la télévision quand j'en ai la possibilité et je connais plusieurs footballeurs africains évoluant sur les différents championnats européens. Je peux citer Nonda, Foé, Okocha, Diouf, Keita… Je me rends compte que le football africain a beaucoup progressé et surtout que les équipes africaines sont de plus en plus performantes. Nous verrons la vraie valeur de ce football à la prochaine Coupe d'Afrique des Nations au Mali, aucune équipe n'a droit à l'erreur et surtout le reste de la terre va nous observer, il faudra donc être exemplaire et donner le meilleur de notre football.
Africafoot.Com : As-tu un pronostic pour cette CAN 2002 ?
P.W : Que le meilleur gagne!
Africafoot.Com : Penses-tu qu'une équipe africaine peut faire un bon parcours à la prochaine Coupe du Monde ?
P.W : Le football africain a pris un élan tout autre depuis quelques années et il me semble que tout est possible. Un pays africain pourra un jour gagner une Coupe du Monde, c'est certain. Mais je crois que c'est encore trop tôt pour y penser, nous pouvons faire un bon parcours, arriver en Demi-Finale par exemple. Il faut essayer de mieux faire que le Cameroun en 1990 (1/4 Finale) qui avait placé la barre très haut. Je souhaite vivement que les responsables sportifs commencent à réfléchir sur leur façon de diriger cette discipline en Afrique. On a l'impression que les footballeurs avancent et eux par contre reculent, ils vont finir par tuer le football.
Africafoot.Com : Y-a-t-il pour toi un rapport entre le football et la musique en Afrique ?
P.W : C'est plus qu'un rapport, c'est une symbiose. Entre la musique et le football il y a un mariage fabuleux. Tiens, J'ai remarqué que les footballeurs africains ont presque tous des walkmans aux oreilles avant les matches de football, tu penses qu'ils écoutent de la musique classique? Ils ont, depuis leur enfance, dancé au rythme du Soukous, Rumba, Dombolo, Makossa, Rap et autres musiques africaines. Je ne pense pas un seul instant que ces garçons se détendent en écoutant de la musique autrichienne ou allemande.
Africafoot.Com : Est-ce- que tu joues au football et dans quelles circonstances?
P.W : Je ne pratique pas vraiment le football mais de temps en temps j'essaye de taper dans le ballon avec les copains comme tout africain. Nous avons cela dans le sang.
Entretien Réalisé par Jacques Roux

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