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Passi Balendé : "Petit à Petit, le Foot Africain Fait son Nid"
Africafoot.Com a rencontré Passi lors de l'enregistrement de l'hymne pour la Coupe d'Afrique des Nations (CAN2002). Il s'est engagé à fond dans ce projet qui lui tient à cœur, et il en est devenu "le Maître d'Armes". Aujourd'hui il nous parle de l'hymne, de sa musique et de la musique africaine, du football… et de sa vision de l'Afrique actuelle. Chez Passi, il y a pas le temps de souffler, l'homme a trop de choses à dire. Il nous a séduit par sa vivacité et sa perspicacité, par sa disponibilité aussi pour tout ce qui touche à l'Afrique, son Afrique. "C'est à toi de te battre pour obtenir ce que tu désires", voilà comment Passi présente sa philosophie. A vous d'en juger, entretien.
Africafoot.com : Passi, parlons un peu de musique avant de parler football. Tu prépares la sortie d'un disque début janvier 2002 ; de quoi s'agit-il exactement ?
Passi : C'est une compilation qui s'appelle "Dis L'Heure 2 Rimes". Elle sort le 8 janvier, juste avant la Coupe d'Afrique des Nations, sur mon label, enfin sur le label que je pousse avec plusieurs partenaires; je ne suis pas seul. Nous essayons de présenter des artistes, nous avons des invités du monde du Rap, mais nous développons aussi un côté R&B qui est une tendance qui émerge en France actuellement. Dans cette compilation, le titre "Dis-leur des Rimes" s'explique à des degrés différents. Nous voulions montrer "quelle heure il était chez nous", "Dis L'Heure 2 Rimes" c'est un peu le travail que nous avons fait, montrer ce que nous avions sur nos bandes, ce que nous avions envie de donner aux gens. Et puis "Dis L'Heure" est écrit différemment pour faire des jeux de mots. Cela montre un type d'écriture que l'on a dans le Rap.
Africafoot.com : Et as-tu d'autres projets ?
Passi : Oui, avec le "Bisso Na Bisso", nous avons prévu de sortir un album en fin d'année 2002, nous sommes en train d'y travailler. Et je bosse aussi sur plusieurs choses différentes, j'essaie de développer plusieurs projets. Je rencontre des personnes qui m'inspirent, à qui je donne et qui me donnent aussi. J'essaie de produire un groupe qui vient du Sénégal "Bideew Bou Bess", et aussi un rapper congolais "RCFA" qui, lui, vient de Paris.
Africafoot.com : A ce jour, c'est un secret de polichinelle, on sait que Passi va au Mali pour la cérémonie d'ouverture de la CAN. Tu y vas pour participer à l'hymne "Mali 2002" avec les autres musiciens qui chantent avec toi ce morceau. Tu es devenu le maître d'armes de ce projet, pourquoi ?
Passi : Pourquoi ? Déjà je ne suis jamais allé au Mali et j'en avais très envie. J'attendais un concert du "Bisso Na Bisso" pour me rendre la-bas, mais le fait que la CAN soit au Mali et que j'y participe me permet de venir avant le concert. J'adore le football... J'ai joué au football et puis, je suis né en Afrique. Tu sais bien que tout africain a le football dans le sang, la passion pour ce sport est présente dans les familles. Mes premières années je les ai vécues là-bas, et je me souviens de l'engouement qu'il y a derrière le foot. Je sais combien les gens aiment ça et c'est un bonheur de participer à cette fête. Et aussi, j'aime relever les défis et c'en est un de faire un morceau avec plusieurs grosses têtes comme celles qui participent à l'hymne. Au début de cette histoire, on s'est rencontré avec toi.... Africafoot.com et avec Papa Wemba qui était déjà partant pour le projet. Quand vous m'en avez parlé, Papa Wemba était déjà dedans. Je me suis associé, et nous avons décidé ensemble du choix des autres artistes qui devaient participer à la conception de l'hymne "Mali 2002". J'ai bossé des sons de mon côté avec mon pote Nico. D'ailleurs je lui passe un petit bonjour parce qu'il adore que l'on lui fasse des dédicaces. On a fait un morceau avec Koffi dans lequel Koffi disait "Nico est dans la danse". Il était ravi. Nico c'est un des concepteurs avec qui je travaille. On a commencé avec le "Bisso Na Bisso". Avec lui on arrive à faire des Mix entre batterie Rap et musique africaine. C'est donc avec lui que nous avons fait la musique. Nous l'avons proposée aux autres artistes, bloqué le studio, et ainsi de suite. L'histoire s'est déroulée comme certains pourront le voir sur les images qui ont été tournées. Je suis assez content parce que ça fait un bel hymne. Tous les pays sont traités avec justesse, équité et respect. Il y a un peu de tout : Une programmation genre Hip Hop, des guitares d'Afrique centrale, une cora au début, la voie d'un journaliste africain. Il y a du Français, de l'Anglais, de l'Arabe, du Wolof, du Bambara... Ca va dans plusieurs sens par rapport à l'Afrique. Et puis chaque chanteur a apporté sa touche, ce qui fait l'originalité de la chanson.
Africafoot.com : Réunir tous ces artistes n'est pas une chose facile. Il paraît qu'il y a quelqu'un qui travaille dans l'ombre qu'on appelle " La Gazelle ". Est-ce que tu peux nous en dire plus sur cette personne?
Passi : C'est mon manager; elle est connue en Afrique et elle connaît aussi beaucoup de gens dans ce milieu. On bosse beaucoup ensemble, même à la base des projets, pour la réflexion. On se prend la tête pour savoir quelle est la meilleure personne. Cela fait partie de notre travail d'équipe. Elle est d'un grand apport dans toutes nos entreprises et je crois que sa présence rassure énormément.
Africafoot.com : A-t-il été facile ou difficile de les réunir ?
Passi : C'est un peu difficile car ce sont des gens connus, qui voyagent, qui font des concerts, ce sont des stars. Pour le planning c'est difficile, mais une fois en studio la magie est là. L'ambiance a été bonne, ils ont adoré le morceau. Une fois en studio les problèmes étaient résolus, une fois que la musique tourne, que les artistes se trouvent devant le micro ça roule, ça va.
Africafoot.com : Quel est le regard de Passi sur la musique africaine ?
Passi : La musique africaine est très riche. Je respecte toute cette culture, toute cette force qu'il y a dans la musique africaine. Si tu regardes dans le monde, la culture africaine inspire tellement de choses et de gens, il y a de quoi faire mais ça ne retourne pas à l'Afrique. Il faudrait juste que l'on soit malin pour la mettre à profit à qui de droit. C'est pour cela que j'adore faire des projets comme le "Bisso na Bisso". Ce sont des projets en même temps urbains et jeunes... Je pourrai les appeller des projets de proximité.
Africafoot.com : Selon toi, il faut juste un petit coup de pouce pour que cette musique décolle. On dit que la musique africaine n'est écoutée que par des africains. Est-ce que ton implication dans le "Bisso Na Bisso" peut lui donner une autre orientation?
Passi : Certains disent que nous avons crée l'Afro Rap, mais quand nous avons fait "Bisso Na Bisso", nous avons juste voulu faire ce qui nous ressemblait. Nous sommes dans le monde du Rap, de la rue, de la banlieue parisienne et en même temps, nous venons d'Afrique, nous avons notre culture africaine. Nous sommes fils de ces deux cultures et nous avons voulu faire une musique mélangeant tout cela. Nous avons donné plutôt la vision d'Africains vivant en France par rapport à l'Afrique, en se mélangeant à d'authentiques chanteurs Africains. Mais des groupes en Afrique qui font du Rap sur ce style de musique, il y en a, mais ils n'ont jamais eu la chance d'exploser. On est dans un monde difficile, le monde de la musique est un monde difficile. Pour marcher, ici en Europe, avec des projets africains il faut être carré et vraiment savoir comment les choses fonctionnent, défendre son sujet. C'est très difficile. Il y a des chanteurs africains, comme ceux qui participent à l'hymne qui remplissent Berçy mais ne vendent pas la même quantité de disques en proportion. C'est assez bizarre. Il y a un problème qu'il va falloir régler au plus vite pour imposer notre musique, celle de l'Afrique.
Africafoot.com : Et quel est le regard que tu portes sur le football africain ?
Passi : Petit à petit, le football africain fait son nid. Quand tu vois tous les joueurs africains qui jouent maintenant en Europe, c'est impressionnant. Dans le foot africain, il y a de quoi faire et les équipes méritent leur place comme d'autres grands dans le monde. Il y aura une explosion, à la Coupe du Monde il va y avoir 5 pays africains, c'est super. Je crois que le moment est venu pour se prendre en charge et surtout bien renforcer notre football. Les échanges de joueurs doivent aussi se dérouler en Afrique, entre les pays de ce continent. Le passage au professionalisme est imminent et nécessaire... Si les responsables sportifs africains ne le font pas aujourd'hui, nous risquons de voir notre football reprendre sa position de dernier et tous les efforts de la Confédération Africaine de Football (CAF) et surtout des joueurs auront été vains.
Africafoot.com : Un clin d'œil à ton ami Youssou Ndour pour le match France Sénégal.
Passi : J'espère que les sénégalais vont déménager les Champions du Monde. Quand le Cameroun joue nous sommes tous Camerounais, mais là nous serons tous sénégalais. Nous vivons en France et l'équipe des "Bleus" est championne du Monde, mais si les Sénégalais arrivent à faire un Gri-Gri, nous en serons fiers. Toute l'Afrique sera devant le petit écran pour voir les "Lions de la Teranga" plier le "Coq Français", les Sénégalais ont la lourde responsabilité de porter les couleurs de tout un continent, nous espérons qu'ils seront à la hauteur comme les camerounais en 1990 devant l'Argentine de Maradona. Les "Lions Indomptables" avaient donné une belle image de l'Afrique, et tout le monde les a respectés.
Africafoot.com : les champions du monde contre la meilleure équipe africaine, puisque le Sénégal vient d'être primé par la FIFA meilleure équipe africaine.
Passi : Avec les joueurs qui évoluent dans leurs rangs ça ne m'étonne pas. De toutes les façons, ils devront maintenant démontrer que la FIFA ne s'est pas tromper. Tu sais qu'il y a d'autres nations qui méritaient ce titre comme le Cameroun, qui est à sa cinquième participation consécutive en Coupe du Monde. Les "Lions Indomptables" sont Champions d'Afrique 2000, Champions Olympiques 2000, et sont aussi qualifiés pour la Coupe du Monde. Ils seront attendus par les autres nations au Mali, ce sera la sélection à battre, personne ne leur fera des cadeaux. Mais il faut le reconnaître, c'est une belle équipe qui est composée de supers joueurs.
Africafoot.com : Quelle est l'équipe favorite pour cette CAN ?
Passi : les Camerounais ont toujours brillé en Coupe d'Afrique. Ils sont champions d'Afrique et champions olympiques et ils ont l'habitude d'être présents dans les grands évènements. Le Nigeria est un gros morceau, les "Bafana Bafana" aussi. Le Sénégal, nous venons d'en parler. Le Libéria est un bon outsider, ils ont failli se qualifier à la Coupe du Monde. Le Congo est une belle équipe, je dis le Congo parce qu'ils vont représenter tous les Congolais, mais en fait c'est la RDC. Tu vois, il y a beaucoup de bonnes équipes susceptibles de gagner cette Coupe d'Afrique des Nations (CAN 2002). Ce sera chaud.
Africafoot.com : Penses-tu qu'une équipe africaine puisse faire un bon parcours en Coupe du Monde ?
Passi : Ils devront se démener pour faire un ramdam pendant cette Coupe pour qu'à la prochaine Coupe du Monde en 2006, il y ait 6 équipes africaines qualifiées et ainsi de suite. Il faut faire du résultat. Dans les équipes africaines il y a des joueurs qui rencontrent dans leurs clubs les meilleurs joueurs du monde, ils sont aguerris et ont les moyens de faire de grandes choses. Nous plaçons beaucoup d'espoirs sur les performances de nos footballeurs.
Africafoot.com : Ce sera donc dur pour ceux qui vont rencontrer "la faune africaine" pour reprendre les paroles que tu as écrites pour l'hymne "Mali 2002".
Passi : Voilà "la faune africaine". Ca va être chaud pour eux, il faut que ce soit chaud.
Africafoot.com : à ton avis, est-ce que le foot peut-être un grand vecteur de communication pour les enfants africains ?
Passi : Cela peut-être quelque chose qui fait rêver, qui pousse les gens à travailler, à se motiver; dans ce sens ce peut-être un vecteur de communication important. Ce qui est sûr c'est qu'un match de foot, ça capte l'attention. Les grandes victoires ça ramène de la joie et du bonheur mais je ne sais pas si le football ou la musique changent vraiment quelque chose. On n'arrive pas à toucher la politique et c'est ce qu'il faudrait. Nous pouvons faire briller certains de nos enfants, les placer très haut, c'est bien, mais c'est toujours l'image du sport et de la musique qui ressort. Il faudrait aussi que ça touche d'autres domaines, qu'il y ait des comptables, de bons fonctionnaires, des vrais politiciens... Il faut une révision totale au niveau de l'Afrique et un changement de mentalité. Il faut arrêter ce que nous faisons et nous devons nous mettre à l'heure, dans un monde qui avance et qui change en permanance. Nous allons nous faire bouffer si nous n'avançons pas. Il y a beaucoup de fausse modestie, et je suis désolé par rapport à nos coutumes,mais il y a beaucoup de choses à dégager sinon on ne sera pas concurrentiel et on sera toujours à suivre, à se faire bouffer les richesses, qui ne nous reviennent même pas. Nous donnons nos richesses aux autres parce que nous sommes tellement en retard. Tout le monde se sert en Afrique et dans l'avenir, l'Afrique ne vaudra plus rien, et je ne sais même pas si nous existerons encore.
Africafoot.com : La Coupe d'Afrique des Nations va démarrer le 19 janvier 2002. C'est la première fois que des artistes africains vont à cette compétition ensemble pour participer à cette fête. C'est pour rassembler le football et la musique ? Vous pensez égayer le monde après les matchs?
Passi : Ben... c'est un peu ça. En football il y a des grands matchs mais pour les musiciens c'est en toutes saisons. Nous sommes toujours présents après les victoires pour faire danser les gens. Nous sommes invités à ses manifestations physiquement ou ils se servent de nos supports (CD, Cassettes...) pour cela. Tout ce que je puis dire, c'est que je suis content d'aller au Mali, les autres artistes aussi, et que je participerai à ma manière pour que la fête soit belle. Nous avons apporté la musique, les footballeurs devront apporter le beau jeu.
Africafoot.com : Passi rassemble ?
Passi : La musique rassemble et moi j'essaie de rassembler au maximum dans ma vision et ma façon de penser.
Africaffoot.com : Un petit rap pour les africains ?
Passi : "Balle au centre c'est parti" non, je leur donne rendez-vous à tous au Mali le 19 janvier pour l'ouverture de ce grand événement. Il faut que pour ce début de millénaire ce soit beau. Je pense que le Mali est fier d'accueillir cette compétition et se bat pour bien l'organiser. Le Mali a une bonne réputation. C'est vrai, il n'a pas subit de guerre, c'est un pays paisible et j'aimerais que ça reste comme ça. Comme j'aimerais que les pays africains se calment, soient posés, sans conflits, sans guerres. J'espère que cette compétition sera exemplaire et donnera une bonne image de l'Afrique.
Entretien Réalisée par Jacques Roux

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