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Jean-Paul Abalo : "Le mal du football togolais aujourd’hui, c’est sa fédération"

Pays : Togo
Age : 27 ans
Date de naissance : 26 juin 1975
Lieu de naissance : Lomé (Togo)
Taille : 1m77
Poids : 75 kg
Poste : Défenseur
Club actuel : Amiens
Statut : International A

 

L'international togolais, Jean Paul Abalo est un homme amer qui ne comprend pas l'attitude des dirigeants sportifs togolais. Lors de notre rencontre à Amiens, il a évoqué les problèmes du football dans son pays en quelques phrases... Toutes ses déclarations font réfléchir, sauf si l'on a plus l'amour du football comme certains dirigeants sportifs africains. Il nous a fait part de la rocambolesque aventure de la sélection nationale au Cap-Vert. Il a déploré le fait que les joueurs soient considérés comme des moins que rien par les dirigeants du football togolais et en plus de cela la gestion de la fédération est le domaine réservé de son président, Rock Gnasingbé Eyadéma, le fils du président de la république togolaise. Quel gâchis!

AFRICAFOOT.COM : Jean-Paul, nous sommes un peu surpris de vous trouver ici à Amiens. Vous deviez être en stage de préparation avec la sélection nationale, si je ne m’abuse.
Jean-Paul Abalo : Vous avez raison, je devrais être en stage de préparation, mais ce n’est pas moi qui décide de l’organisation des stages de préparation de la sélection nationale togolaise. C’est le président Rock Gnasingbé Eyadema (Photo de gauche) qui est responsable de tout se qui entoure les Eperviers du Togo, c’est à lui qu’il faut demander pourquoi le Togo ne fait pas de match de préparation. Le mal du football togolais aujourd’hui, c’est sa fédération parce que l’organisation au sein de cet organisme laisse à désirer. J’ai l’impression que les dirigeants sont là pour autre chose, pas pour servir le football, ils pensent seulement à eux. Tenez par exemple, nous avons vécu quelque chose de terrible lors du dernier match comptant pour les éliminatoires de la Coupe d’Afrique des Nations, au Cap-Vert. Depuis que je suis à l’équipe nationale, je n’ai jamais vu cela ! Nous avons pris des chambres d’hôtel tout en sachant que nous ne pourrons pas les payer, faute d’argent. C’est quand même incroyable de savoir qu’une fédération est dirigée comme une épicerie, et je suis sûr que la vendeuse de beignets du coin d’une rue à Lomé tient mieux sa comptabilité que les responsables de la Fédération Togolaise de Football (FTF). Vous vous rendez compte que le chef de la délégation était en «otage» à l’hôtel en attendant que le président de la fédération veuille bien lui envoyer de l’argent pour payer l’hôtel. C’est quand même incroyable de constater que nous voyageons sans budget, rien n’est planifié, bref, la navigation à vue est de rigueur au sein de notre fédération nationale, alors, comment peut-on construire une équipe forte avec des dirigeants pareils ? Nous avons pourtant des joueurs pour donner au football togolais une solide sélection nationale, mais depuis des années rien ne marche. Je ne vais pas vous raconter tout ce qui se passe ou se déroule au sein de notre football car vous seriez obligé d’écrire un livre tellement c’est fantasque. C’est à mourir de rire ce qui s’est déroulé au Sénégal, une sélection nationale qui n’a pas d’argent pour payer son séjour dans un hôtel, c’est honteux. Mais d’un autre côté, cela fait mal de voir notre football se battre dans les profondeurs de l’océan pour ne pas se noyer, nous sommes mal pour la qualification de la prochaine coupe d’Afrique des Nations (Tunis 2004), il n’y a qu’à voir le classement et les matchs que nous avons effectués. La fédération nationale fonctionne par envoi via Western Union, nous n’avons aucun budget au départ, résultat, certains dirigeants sont bloqués à l’étranger. Ils sont sympathiques les hôteliers sénégalais, normalement, c’est toute la délégation qui devait être bloquée et en plus ils auraient pu avertir la presse locale. Je ne sais pas si le Président de la fédération se rend compte de tout cela. J’ai l’impression qu’il nous prend pour des hommes de troupe, des soldats qu’il envoie au combat. Je lui ai dit dernièrement que nous sommes des footballeurs, pas des hommes de l’armée qu’il dirige, nous avons des obligations vis-à-vis de nos employeurs et surtout les conditions que nous impose notre fédération ne nous conviennent pas. Vous croyez qu’il en a tenu compte ? J’ai l’impression qu’il s’en fout, et surtout que le football n’est pas sa tasse de thé. Ce qui va se passer bientôt, c’est qu’il sera obligé de se passer de joueurs professionnels car nous ne pouvons pas continuer à fonctionner comme cela. Regardez, toutes les nations africaines sont en préparation, le Cameroun est en Espagne, le Mali, Madagascar, l’Algérie sont en France, pour ne citer que celles-là, et où est le Togo ? Nulle part ! Vous croyez que c’est en nous appelant à la dernière minute et en nous faisant voyager dans des conditions dignes de commandos de l’armée que nous allons nous qualifier ? Je dis que le président de la fédération est le seul responsable de ce qui arrive à notre football aujourd’hui. Je n’ai rien contre lui, mais il faut qu’il sache qu’il gère mal la fédération nationale et sa sélection, les Eperviers du Togo. J’aime mon pays, le Togo c’est notre patrie à tous, et je voue un respect énorme au maillot que je porte lors des rencontres internationales, mais là, nous touchons le fond, et cela décourage toutes les bonnes volontés et enlève toute envie de faire partie de la sélection nationale.
AFRICAFOOT.COM : Nous espérons que tout ceci va s’arranger le plus tôt possible, Jean Paul ?

Jean Paul Abalo : Je l’espère aussi, surtout avec l’équipe que nous avons sur le papier. Nous pouvons faire un bon parcours en coupe d’Afrique, mais maintenant, il faut d’abord se qualifier et ce ne sera pas facile. Quand Tchanilé était là, il arrivait à faire des choses malgré les petits moyens qui étaient les siens, je ne comprends pas, je crois qu’il ne faut même plus chercher les raisons de ce disfonctionnement, il faut s’y faire et oublier. Je pense aux supporters des Eperviers qui ne doivent rien comprendre en ce moment, c’est aussi pour eux que j’ai mal. Vous savez ces gens nous apportent beaucoup, ils nous manifestent un amour tellement fort que nous n’avons pas le droit de détruire notre football. Il faut que le président de la fédération comprenne que les footballeurs ne sont pas des hommes de troupe ou des soldats. Ce sont deux métiers différents qui servent un drapeau, une nation... Le football togolais est malade de ses dirigeants, voilà la vérité.

Jacques Roux

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