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NIAMBELE Tidiani Median : "Nous devons tout faire pour satisfaire notre public qui est devenu plus exigeant qu’avant"

Entretien réalisé par Jacques Roux au Caire

Monsieur NIAMBELE Tidiani Median est un homme simple et très humble qui a aujourd’hui la charge de diriger le football malien. Il a occupé pendant longtemps (environ dix ans) le poste de Secrétaire Général de la Fédération malienne de Football (FMF), Monsieur NIAMBELE est donc un homme qui connaît bien ses dossiers. Après le départ de Amadou Diakité, la passation de pouvoir s’est opérée sans heurts ni contestations. C’est l’état d’esprit malien qui veut cela, ou du moins pourrait-on faire état de l’esprit du «Diatijya» qui nous a été présenté tout le long de la Coupe d’Afrique des Nations 2002. En effet, le malien a une façon particulière de vivre ses changements sur le plan sportif et politique. C’est en douceur qu’ils s’opèrent et surtout dans la transparence totale. Voici un pays qui devrait être un exemple pour plusieurs nations de notre continent et qui pourtant n’est pas aussi nanti que d’autres. Le football malien est en plein essor et plusieurs observateurs du ballon rond africain pensent que ce sera une nation forte dans les années à venir. En effet, le football malien pourra jouer d’égal à égal avec les grandes nations que sont le Cameroun, l’Egypte, l’Afrique du Sud, la Tunisie et son voisin le Ghana. La pépinière est bonne et les fruits d’un long travail seront bientôt récoltés par les responsables sportifs maliens. Mais le nouveau président de la fédération malienne de football, Monsieur NIAMBELE Tidiani Median, reconnaît que la tâche n’est pas de tout repos et que la route est encore longue. Nous avons rencontré le président NIAMBELé au Caire et au cours de l’interview qu’il nous a accordée, nous avons constaté une certaine sérénité dans ses propos et une vision claire des problèmes du football malien. Entretien !

 

Africafoot.Com : Avant d’être président de la fédération malienne de football, vous en avez été le secrétaire général. Vous avez donc travaillé avec le charismatique Diakité, bien connu dans le milieu du football africain et mondial. Bref tout le monde le connaît. Comment s’est déroulée la passation de pouvoir ?

NIAMBELE Tidiani Median : Vous savez, j'ai passé 10 ans avec Diakité comme Secrétaire Général, j’ai presque toujours été au service de la fédération de football de mon pays. La passation a donc été facile puisque j’ai hérité d’un poste à responsabilité que je connaissais déjà. C’est vrai que Diakité a beaucoup de charisme et qu’il est un exemple pour nous qui avons pris les choses en main. Je peux vous dire que ce n’est pas un héritage de tout repos car il va falloir travailler pour maintenir les acquis et ensuite passer à la vitesse supérieure pour amener l’étendard du football malien toujours plus haut. Je crois que les hommes qui m’entourent pourront m’épauler pour que le football de mon pays ne retombe pas dans l’anonymat. Nous sommes sur une bonne piste, gardons le cap et je crois que tout ira pour le mieux.
Africafoot.Com : Vous avez pris vos fonctions après la Coupe d’Afrique des Nations 2002, que votre pays a organisé et dans laquelle votre équipe a brillé. Tout le monde a été unanime pour dire que ce fut une des CAN les plus réussies, et vous avez maintenant une équipe nationale très performante. Je crois que cela a dû vous faciliter la tâche ?
NIAMBELE Tidiani Median : Détrompez-vous. Après la CAN 2002, la mission est finalement devenue beaucoup plus difficile, parce que nous avons maintenant des infrastructures qu’il faut gérer et un pays qui devient très ambitieux pour son équipe nationale. C’est le revers de la médaille. Nous devons tout faire pour satisfaire notre public qui est devenu plus exigeant qu’avant, il a goûté à la victoire et à des performances de nos footballeurs qui ne laissent plus personne indifférent, je crois qu’il est important de grimper les hautes marches du football africain. Et se frotter aux grandes nations de football de ce continent permettra de jauger la vraie valeur de nos garçons. Vous l’avez constaté vous-même, nous avons une bonne pépinière de footballeurs et je pense que le moment est venu pour nous de figurer parmi les grandes familles de ce sport… Du moins pour l’instant en Afrique.

Africafoot.Com : Il faut effectivement gérer ces infrastructures et gérer une équipe qui à présent tient la route. Comment vous y prenez-vous ?

NIAMBELE Tidiani Median : La plupart des joueurs de l’équipe nationale évoluant en Europe, et notamment en France, il est fondamental d’avoir de très bons rapports avec leurs clubs respectifs. Avec le ministère et la fédération nous avons décidé de les suivre en Europe, mais aussi de prendre en compte leur vie familiale au Mali. Nous sommes constamment en contact avec eux, et nous essayons de les rencontrer chaque fois que cela est possible, en Europe ou au Mali. Nous souhaitons vraiment créer une synergie avec nos joueurs en travaillant ensemble dans la même direction. Nous avons besoin d’eux pour présenter une bonne image du football de notre pays, et surtout il est important que les nouveaux ambassadeurs de notre pays, le Mali, soient exemplaires et surtout irréprochables dans leur comportement. Je pense que les enfants l’ont déjà très bien compris et ils savent aussi ce qu’ils représentent en ce moment pour tout un peuple.
Africafoot.Com : L’équipe malienne est jeune et pleine d’avenir, et elle a montré tout son talent lors de cette CAN 2002. Il est difficile de s’imaginer quelle ne sera pas en Tunisie pour celle de 2004, qu’en pensez-vous ?
NIAMBELE Tidiani Median : C’est effectivement difficile de penser cela, et nous espérons que notre équipe se qualifiera. Nous avons confiance en nos jeunes joueurs comme je l’ai dit tantôt. Mais nous savons qu’en football tout peut arriver et qu’il faut rester concentré tout le temps. De notre côté, ministère et fédération, nous faisons tout pour y arriver et je sais que nos joueurs sont dans les mêmes dispositions car ils tiennent énormément à être à cette phase finale en Tunisie. C’est très important pour le Mali de participer à la phase finale de la Coupe d’Afrique des Nations en Tunisie (Tunis 2004), surtout si nous avons dans notre groupe deux équipes maghrébines, car les équipes de l’Afrique du Nord nous conviennent bien. Nous sommes à l’aise devant leur jeu qui nous cause difficilement des problèmes, bref, l’avantage psychologique est de notre côté.
Africafoot.Com : Vous avez eu une rencontre difficile aux Seychelles et vous allez jouer contre le Zimbabwe qui est un sérieux client, surtout avec son avant-centre auxerrois Benjani Mouwarouwari, l’enfant de Boulawayo, et actuel meilleur buteur du championnat français qui est très en forme. Quels conseils pouvez-vous donner à vos joueurs ?
NIAMBELE Tidiani Median : Le conseil que je leur donnerais est de jouer sans complexe avec leurs qualités et leur détermination habituelle. Et aussi de penser que tout un pays est derrière eux et attend leur victoire. Il y a effectivement en face Benjani qui est en forme et qui marque pas mal de buts dans le championnat français, mais nous avons aussi des arguments offensifs avec des joueurs comme Seydou Keita et Ibrahima Bagayoko. Et puis nous avons aussi un joueur qui est très en forme et qui est en train d’exploser à Lyon c’est Mahamadou Diarra que vous devez très bien connaître. Djila est le métronome de cette sélection malienne, la tour de contrôle, en somme. Je crois que c’est lui qui aura la lourde charge de contrer l’enfant de Boulawayo, comme vous l’appelez. Je sais que ce sera difficile pour les garçons et qu’il y aura une belle confrontation et surtout un beau match que nous attendons tous avec impatience. De toutes les façons, j’ai confiance en mon équipe et je sais que les enfants sont prêts à tout donner pour se qualifier à la prochaine CAN. Nous n’avons pas le droit de ne pas y être.
Africafoot.Com : Quels sont les dossiers que traitez en ce moment au niveau de la fédération nationale ?
NIAMBELE Tidiani Median : En fait, nous sommes sur plusieurs fronts. Nos filles viennent de se qualifier pour la phase finale de la Coupe d’Afrique des Nations féminine qui aura lieu au Nigeria au mois de novembre. Il faut bien entendu préparer cette phase finale dans les meilleures conditions. Il y a aussi les cadets et les juniors qui jouent aujourd’hui (NDLR: ITW réalisée au Caire le dimanche 20/10/02) leur match retour au Mozambique. Nous les suivons de très près car ils représentent la relève de la génération senior actuelle. Et puis il y a l’équipe A’ à laquelle nous attachons beaucoup d’importance. La plupart de nos joueurs titulaires se trouvant en Europe il est indispensable que nous ayons une équipe permanente au Mali, ce qui nous permet de livrer des matchs amicaux contre n’importe quelle équipe sans les professionnels. Il faut reconnaître que les football du terroir sont importants pour le devenir de notre football, car si les enfants restés au pays ne pourront s’aguerrir que s’ils multiplient des rencontres internationales, ils pourront être vus aussi par les recruteurs, et avoir la chance d’exercer leur métier convenablement.
Africafoot.Com : L’équipe des Aigles, c’est l’âme du Mali en ce moment ?
NIAMBELE Tidiani Median : Oui, c’est certain. On ne pense qu’à eux et on compte beaucoup sur leur réussite. Même à la tête de l’état, le président ne jure que par ces jeunes. On met vraiment tout en œuvre pour qu’ils soient dans les meilleures conditions possibles. Normalement, les efforts des uns et des autres finiront par donner des résultats positifs un jour. Nous sommes tout à fait conscients que les "Aigles" du Mali ont besoin de notre soutien et de celui de ses nombreux supporters. Nous n'avons pas le droit de faillir à notre mission.
Africafoot.Com : En dehors de vos préoccupations au sujet des équipes nationales, vous avez aussi à vous occuper du championnat national qui n’est pas très performant. Quelles actions envisagez-vous pour essayer de le dynamiser ?
NIAMBELE Tidiani Median : Il y existe en fait deux problèmes majeurs. D’abord, comme partout en Afrique, les clubs n’ont pas assez de moyens financiers pour faire face à la préparation des équipes. L’environnement économique est difficile, mais nous pensons donner un coup de main à ces clubs pour les aider financièrement. Deuxièmement, les clubs doivent faire l’effort de se restructurer et de regarder ailleurs pour voir comment les choses se passent. Ils ne doivent pas hésiter non plus à prendre des jeunes joueurs étrangers pour relever le niveau de notre championnat. Nous avons ce qu’il faut autour de nous, le Ghana, le Togo, la Guinée, voire la Côte d’Ivoire. Seuls des échanges comme ceux-là pourront faire la différence, et apporter un souffle nouveau à notre football. Nous devons donc privilégier ces rapports Sud-Sud qui sont l’avenir des clubs et du championnat. Les clubs doivent apprendre à répertorier leurs fans, afin de se présenter forts devant les sponsors. Vous savez, si un sponsor refuse de parrainer un club de 5.000 fans, il peut passer à côté du même nombre de clients qui iront probablement à la concurrence, peut-être même à la demande des responsables de ce club. Bon, j’espère que nous n’en arriverons pas là.
Africafoot.Com : Vous semblez jeune pour un président de fédération. Parmi tous les présidents de fédérations réunis au Caire, êtes-vous le plus jeune ?
NIAMBELE Tidiani Median : Détrompez-vous, Jacques Roux, je ne suis pas le plus jeune. Je suis même plus vieux que Diakité auquel je viens de succéder. C’est étonnant, et vu votre air, je viens de vous surprendre. Oui, je suis plus jeune que l’ancien président de la fédération malienne et je revendique ce droit d’aînesse, car beaucoup pensent que je n’ai pas la force de porter cette fédération, nous verrons bien.
Africafoot.Com : Avant d’être président de la fédération, avez -vous joué un peu au football ?
NIAMBELE Tidiani Median : Oui, j’ai joué au football. J’étais sociétaire du Djoliba Football Athlétic Club (D1 Mali). J’ai aussi été sélectionné dans l’équipe nationale de mon pays de 1974 à 1978 et j’ai entraîné un club de deuxième division dans ma commune, parallèlement à mes études. Je suis passé par presque toutes les étapes du métier du football et je pense que je connais bien le milieu pour pouvoir occuper ce poste. Et c’est sans vouloir me lancer des fleurs. J’ai de lourdes responsabilités et je pense faire tout ce qui est en mon pouvoir pour apporter un plus au football de mon pays. Je suis d'abord un amoureux du ballon.
Jacques Roux, Envoyé spécial au Caire

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