SURFACE de VERITE

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Jean II Makoun : «Toute une équipe peut rater un match ou une compétition, mais le plus important, c’est la prise conscience après une défaite, de penser aux futures échéances, aux futures compétitions»

Envoyé spécial à Lille, Jacques Roux

 

NOM : MAKOUN
PRENOM : JEAN
DATE DE NAISSANCE : 29/05/83
Lieu de Naissance : YAOUNDE (CAM)
TAILLE/POIDS: 1,72m/65kg
POSTE : ATTAQUANT
NATIONALITE : CAMEROUNAIS
CLUB ACTUEL : LILLE (depuis 2001)
PARCOURS : TONNERRE YAOUNDE (CAM)
STATUT : INTERNATIONAL A
PALMARES : PARTICIPATION CAN JR 2001; CAN 2004

 

Jean II Makoun est un garçon bien dans sa tête, en effet, le sociétaire du LOSC a de la suite dans les idées et sait les exprimer. Dès notre retour à Paris, en provenance du Maroc, où Africafoot était invité par le Comité de la candidature à l'organisation de la coupe du monde (Maroc 2010), nous avons aussitôt rejoint la ville de Lille où nous attendait le Lion Indomptable, Jean Makoun. Après deux coups de fil à Christophe Touvenel (ancien international français), ce dernier nous signale la présence de son collègue Yérima Téné (ancien international camerounais devenu manager de footballeurs) dans la ville. Aussitôt joint, Yérima nous donne la position de notre invité et la rencontre est convenue de suite à l’hôtel Best Western Art Déco Romarin à la Madeleine (banlieue de Lille). Jean Makoun est devenu, en seulement une saison dans le club du Nord, un homme très sollicité en cette fin de saison 2004. Jean II Makoun est un footballeur persévérance et opiniâtre, ce qui lui manque pour convaincre tous les observateurs, c’est l’expérience, mais après quelques rencontres avec les Lions Indomptables, il y a lieu de croire que tout le monde sera fixé sur la qualité du joueur. Plusieurs clubs importants sollicitent ses services, mais le jeune Lion voit sa carrière continuer avec Lille (Ligue 1/France). C’est un garçon souriant et disponible, qui nous apparaît dans un ensemble en jean un peu particulier, des baskets et une casquette vissée sur ses tresses à l’africaine, tels qu’en arborent les rappeurs américains. Nous avons évoqué ensemble la situation actuelle du football camerounais à travers la sélection nationale, les Lions Indomptables. C’est avec beaucoup de modestie que le «Lillois» nous a livré ses sentiments sur sa carrière. Entretien !

Africafoot.com : Jean II Makoun, après la débâcle de la CAN tunisienne, comment peut-on retrouver la sérénité qui permettra de poursuivre ce métier ?
Jean Makoun : Ce qui nous est arrivé en Tunisie peut arriver à tout le monde. Toute équipe peut rater un match ou une compétition, mais le plus important, c’est la prise conscience après une défaite, de penser aux futures échéances, aux futures compétitions. C’est à nous maintenant d’oublier le passé et de penser à l’avenir.
Africafoot.com : En parlant des compétitions futures, celle des prochains Jeux Olympiques est déjà tombée à l’eau. Le Cameroun n’y participera pas. Le Mali étant passé par là…

Jean Makoun : Il n’y a pas grand-chose à dire à ce sujet. Beaucoup de problèmes ont surgi chez les joueurs qui devaient jouer les matches. Beaucoup d’entre eux ne se sont pas déplacés. Les joueurs locaux étaient beaucoup plus nombreux. Nous ne nous sommes donc pas qualifiés, ce sont des choses qui arrivent, il faut le considérer ainsi.

Africafoot.com : Lors de la CAN en Tunisie, y-avait-il une bonne entente au sein de l’équipe ? Lorsqu’on vous regardait jouer, l’impression qui s’en dégageait était que les joueurs se servaient eux-mêmes plus qu’ils ne servaient le Cameroun...
Jean Makoun : En Tunisie, beaucoup de joueurs disputaient les rencontres pour eux, certains avaient une attitude très suffisante. Ils n’ont pas joué avec leurs vraies valeurs. Le Cameroun n’a pas, cette fois-là, pas joué avec ses réelles qualités.
Africafoot.com : Ce qui signifie que le sens patriotique disparaît. De votre avis, en tant qu’homme et non joueur, doit-on intégrer une équipe nationale sans réelle envie de victoire pour l’équipe ?
Jean Makoun : Je pense que si un joueur intègre une équipe nationale, c’est tout d’abord pour sa propre carrière, pour défendre les couleurs du pays et pour continuer à jouer comme il le ferait pour son club. Pour ma part, c’était ma première participation. Lors de la dernière Coupe des Confédérations, j’ai vu un groupe soudé, avec l’envie de gagner, mais durant la Coupe d’Afrique des Nations, ce fut tout le contraire. J’ignore ce qui est arrivé, mais nous étions vraiment hors sujet.
Africafoot.com : Pourtant, nous vous avons vu donner le meilleur de vous-même sur le terrain. Vous dégagiez une envie, une volonté, un besoin de faire partie de cette équipe. Mais qu’en était-il de vos coéquipiers ? Etaient-ils animés de cette même volonté, de ce même esprit d’équipe ? En dehors du terrain, communiquiez-vous entre vous ?
Jean Makoun : Il s’agissait de ma première sélection. Lorsqu’on débute, on joue pour son pays, on donne tout ce qu’il est possible de donner, comme si on jouait avec son propre club. En ce qui concerne mes coéquipiers, je ne peux pas vraiment vous dire quel était leur état d’esprit à ce moment-là. Nous parlions entre nous, nous entraînions tous ensemble. Sur le terrain, c’était différent, certains étaient très individualistes. Ce qui devait arriver arriva, nous avons été éliminés. Maintenant, il faut se mobiliser à nouveau, car des éliminatoires se profilent à l’horizon. J’espère que nous allons nous ressaisir. Nous ne nous sommes pas revus de puis la dernière Coupe d’Afrique des Nations, mais nous verrons à la prochaine occasion si nous pouvons tous oublier que qui est arrivé et aller à nouveau de l’avant.
Africafoot.com : Aujourd’hui, vous songez à la continuité de votre carrière. La fin de la saison approche. En dehors de Lille, avez-vous d’autres possibilités d’orientation ?
Jean Makoun : C’est ma première saison comme titulaire au club de Lille. Dans le domaine du football, le plus important est de jouer. J’ai la chance d’avoir un entraîneur et un club qui me font confiance, qui me font jouer. Lorsqu’on joue sérieusement, tout en y alliant des performances, d’autres possibilités se présentent tout naturellement à vous. Pour l’instant, je prend beaucoup de plaisir à jouer, le reste suivra.
Africafoot.com : Depuis la Tunisie, les joueurs se contactent-ils parfois ? Discutez-vous de votre récente défaite, afin de trouver des solutions pour l’avenir ?
Jean Makoun : J’ai eu très souvent des joueurs au téléphone, le capitaine surtout, car nous sommes de la même région. Il est vrai que nous avons eu des problèmes durant la préparation, nous avons joué de nombreux matches contre des clubs qui n’avaient rien en commun avec ceux que nous avons par la suite rencontrés en Tunisie. Il a donc été entendu, entre joueurs, qu’au prochain stage nous en parlerions, nous nous mobiliserions, afin d’avoir à nouveau un jeu pourvu de nos vraies valeurs.
Africafoot.com : Il paraîtrait qu’en Espagne, vous avez disputé des rencontres contre des équipes un peu particulières, des intermittents du spectacle, des "cultivateurs", par exemple, et non pas des équipes à la hauteur de celles que vous alliez rencontrer à la CAN. Est-ce effectivement une vérité ?
Jean Makoun : Je ne pense pas qu’ils étaient réellement cultivateurs, mais ces équipes n’avaient rien à voir avec nos futurs adversaires de la CAN. Je ne comprend pas pourquoi le staff technique a organisé de telles rencontres, peut-être pour préserver les joueurs avant la compétition, pour éviter d’éventuelles blessures. Je ne sais néanmoins pas si c’est cela qui a perturbé notre préparation, mais ces stages sont censés nous préparer malgré tout à des matches de haut niveau…D’autre part, c’est à nous de jouer avec nos vraies qualités, nos vraies valeurs.
Africafoot.com : Le 28 avril prochain, vous rencontrerez la Bulgarie. Le week-end dernier se sont disputés quelques matches amicaux, comme Maroc-Angola, Tunisie-Côte d’Ivoire. Le Cameroun, lui, n’a pas joué. Quelle en est la raison ? N’est-ce pas un peu difficile de ne pas pouvoir jouer ces matches, comme les autres équipes ?
Jean Makoun : Après notre défaite à la dernière CAN, il était temps d’avoir enfin une rencontre à disputer, de pouvoir à nouveau rassembler les joueurs de notre équipe. Nous avons déjà discuté du manque de matches face à d’autres clubs africains. Nous préparions une coupe d’Afrique et jouions presque exclusivement contre les clubs européens, dont le jeu est très différent des clubs africains. Il est indispensable pour nous de rencontrer régulièrement des clubs africains, car les éliminatoires de la Coupe du Monde sont proches, qui seront une étape importante. Il faut savoir que lorsque le Cameroun se déplace, il est attendu par tout le monde. Pour le match du 28 avril, j’espère que je serai sélectionné.
Africafoot.com : La Côte d’Ivoire fait parler d'elle sur le continent africain, elle a tout récemment battu la Tunisie. Que ressentent à ce sujet les Lions Indomptables du Cameroun? Y voyez-vous un sérieux adversaire, ou pensez-vous que ce ne soit qu’un feu de paille que vous éteindrez facilement ?
Jean Makoun : Ils font partie de la même poule que la nôtre pour les éliminatoires de la Coupe du Monde. Si le Cameroun joue convenablement, il lui sera possible de revenir à nouveau au sommet. Cela n’ira pas sans une mobilisation générale de l’équipe et une préparation adéquate. Chacun d’entre nous devra y mettre du sien. Ce sera difficile pour tout le monde, une rencontre ne ressemble jamais à une autre, il va falloir venir nous chercher et ce n'est jamais facile pour nos adversaires.
Africafoot.com : Je transmettrai le message à Didier Drogba lors de notre prochaine rencontre, car il est nominé au Ballon d’Or Africain, cérémonie qui se tiendra le 30 avril à Yaoundé. Nous allons plutôt nous intéresser à l’homme que vous êtes. Vous arrive-t-il de mener des actions sociales, de prendre part à des causes humanitaires ?
Jean Makoun : J’essaye de voir, à l’heure actuelle, avec mes collaborateurs, comment il est possible pour moi de m’associer à certaines de ces causes. C’est ma première année dans le monde professionnel, je dois d’abord y trouver ma place. Lorsque ma position sera mieux ancrée dans mon travail, je pourrais aider d’autres personnes beaucoup plus facilement. J'y pense très souvent!
Africafoot.com : Vous parlez de travail, alors que le football, en Afrique, est d’abord un plaisir. Lorsque vous êtes parti au Cameroun pour le rassemblement de la sélection, comment avez-vous ressenti l’ambiance qui y régnait ?
Jean Makoun : J’ai souvent vu, lors des précédentes sélections, tout un peuple les saluant. Savoir que tout un pays, tout un peuple vous soutient pour une compétition est très gratifiant. Malgré tout, il peut arriver que le résultat ne soit pas à la hauteur de leurs espérances. La réaction de ce même peuple est alors primordiale, pour nous permettre d’oublier une défaite et de nous tourner vers l’avenir avec suffisamment de confiance en nous.
Africafoot.com : Pensez-vous davantage à réussir votre première année professionnelle qu’à ce que vous pourriez apporter à l’équipe du Cameroun, qu’à la joie que vous pouvez ressentir lors d’une victoire avec la sélection du Cameroun ? L’un de vos plus grands rêves était de faire partie de cette équipe du Cameroun.
Jean Makoun : Il m’est impossible d’exprimer la joie de faire partie de la sélection nationale du Cameroun. Pour faire partie d’une sélection nationale, compte est tenu des résultats du club. Lorsque je suis en sélection, je donne le meilleur de moi-même et je désire aussi honorer la confiance que m’a accordée l’entraîneur.
Jacques Roux à Lille

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