SURFACE de VERITE

Exclusif

CHARLES MAMBO : "Il était important pour moi de m'orienter vers ceux qui pouvaient me respecter sans regarder ma provenance ethnique, ma couleur et encore moins mon accent."

Par Jacques Roux à Londres

Nom : Mambo
Prénom : Charles
Date de Naissance :
Lieu de Naissance :
Profession : Agent FIFA
Cursus :
Société : Football Agent International
Email : anquiries@footballagentinternational.com
Adresse : P.O.Box 11, London NW9 OZH
Site : http://www.footballagentinternational.com
Africafoot.com est allé à la rencontre de Charles Mambo, le seul agent FIFA d'origine camerounaise ayant été présenté par la Fédération Anglaise de Football. La démarche qui a été la sienne nous a intrigué et nous avons décidé d'en savoir plus sur le personnage et c'est ainsi que la rédaction a dépêché son équipe à Londres où réside le jeune manager. Charles Mambo est un personnage riche d'enseignements, au verbe facile et au sourire qui illumine en permanence son visage… Surtout quand vous lui parlez de football ! Nous avons passé un bel après midi en sa compagnie, invités par Gérémi Njitap à assister à la rencontre de coupe d'Europe qualificative à la Champions League de l'UEFA entre Chelsea et le club Zilina de Slovaquie (3-0), nous avons pu parler sans détour du métier de manager et surtout d'organisateur de rencontres sportives. L'homme a un parcours pour le moins atypique, qui ne rejoint aucune logique au vu de son Curriculum Vitae qui en dit long sur le personnage. Sommes-nous entrain de voir arriver sur la scène une autre race de manager sportif ? Vous le saurez en découvrant le personnage au travers de l'interview qu'il a bien voulu nous accorder. Entretien !

 

Africafoot.com : Charles Mambo, vous venez d'obtenir de la FIFA le droit d'exercer le métier d'agent de joueurs et d'organisateur de matchs internationaux. Il est important de rappeler que c'est la Fédération Anglaise de Football qui a présenté votre candidature.

Charles Mambo : Il est important que vous le souleviez, je savais d'entrée que cela allait être très difficile de me faire accepter par la Fédération Camerounaise de Football (FECAFOOT). Je ne voyais pas ma candidature acceptée par les dirigeants de cette structure, ils ne me connaissent pas et en plus c'est un fonctionnement qui m'échappe complètement. C'était plus facile pour moi de me présenter à la Fédération anglaise car si tout est clair, cela ne souffre d'aucune ambiguïté et c'est sérieux. Il y a des examens à faire, vous connaissez le sujet, vous obtenez le sésame, sinon, c'est l'échec. Il faut avouer que les choses ne sont pas faciles pour nous qui sommes à l'extérieur du pays, nous sommes souvent traités comme des parias par certains de nos compatriotes qui ont soi disant le pouvoir de décision, c'est terrible quand on pense bien faire, ils vous ramènent très vite à la réalité. Vous savez, l'on déchante vite au contact de certains responsables, surtout quand nous sommes habités par un grand enthousiasme. C'est dommage pour notre pays de savoir que certaines personnes empêchent la progression en croyant que leur autorité sera ébranlée. Personne n'a le monopole du savoir ou disons de la connaissance, c'est en composant avec les hommes que l'on peut apporter un aspect positif et non le contraire.
Africafoot.com : Avez-vous pensez à faire la démarche du côté de la FECAFOOT ou vous avez directement opté pour la solution anglaise ?
Charles Mambo : Ecoutez, je ne sais pas comment vous expliquer certaines choses pour que vous compreniez ma démarche et surtout pourquoi j'ai pris la solution anglaise. Je vais essayer de vous expliquer. J'ai voulu entrer dans la police afin de devenir commissaire avec un doctorat de troisième cycle, ils m'ont refusé, j'ai un doctorat en étude diplomatique, rien que pour constituer mon dossier, j'ai passé un temps fou et je voulais devenir diplomate et cela n'a pas marché. Je me suis dit qu'en prenant la direction du football et en voulant devenir agent FIFA, je risque de rencontrer les mêmes difficultés, j'ai renoncé à demander quoi que ce soit à la FECAFOOT et j'ai pris le chemin de la Fédération Anglaise où j'ai d'ailleurs reçu un accueil favorable et surtout une disponibilité du côté des responsables sportifs, il me demandaient juste de réussir le concours. Il était donc important pour moi de m'orienter vers ceux qui pouvaient me respecter sans regarder ma provenance ethnique, ma couleur et encore moins mon accent. Ce qui est important est de savoir si je suis qualifié, et aussi il fallait savoir si j'avais le niveau. Je ne demandais juste que l'on me respecte, sans plus. Alors pour avoir ce que je réclamais, j'ai choisi la Fédération anglaise de football, aujourd'hui, je suis non seulement agent de joueurs, mais aussi agent FIFA en organisation de rencontres de football sur le plan international. Il n'y a pas plus de vingt agents se réclamant dans cette deuxième catégorie.

Africafoot.com : L'on peut donc dire que c'est le parcours atypique d'un agent FIFA, d'origine camerounaise et trouvant sa voie auprès de la Fédération anglaise de football. Je crois qu'il est important de le souligner, vous avez été présenté par la Fédération Anglaise de Football et non par la FECAFOOT…

Charles Mambo : Ecoutez, Jacques, vous avez joué au Cameroun avec le Canon de Yaoundé et pourtant vous n'avez pas établit votre base au Cameroun, vous avez choisi de vous installer à l'extérieur du pays. Vous avez des relations avec plusieurs membres de la Fédération Camerounaise de Football, vous avez travaillé pour cette même fédération, croyez-vous qu'ils vont se rapprocher de vous pour obtenir votre concours ou votre participation au développement du football au Cameroun ? C'est là où le bas blesse, les enfants du pays sont toujours mis à l'écart alors que la compétence existe. J'aimerais être agent de football au Cameroun et apporter ma modeste contribution au devenir du football de mon pays, mais l'on rencontre des barrières inutiles qui nous empêchent de franchir le rubicond. Quand est ce qu'au Cameroun, l'on comprendra que ceux qui viennent de l'extérieur ne sont pas dangereux pour eux et surtout leurs intérêts. Nous sommes là pour apporter ce que nous avons appris du côté de l'hexagone. Pour servir son pays, l'on a l'impression qu'il faut prendre du temps, alors que en Europe, le temps c'est de l'argent, ça va vite ici et chez nous tout est pris avec beaucoup de désinvolture. Je tiens à préciser que s'il y a des Camerounais qui veulent travailler avec moi, je serai prêt à apporter ma modeste contribution avec mon statut, je serai heureux de travailler avec eux. Mais il faut savoir que c'est plus facile d'être agent FIFA en Angleterre qu'au Cameroun. J'aimerais servir mon pays !
Africafoot.com : Allez vous plus travailler avec les pays africains ou pensez-vous orienter votre "chasse" vers les pays de l'Est de l'Europe qui semblent plus abordables que ceux de votre continent ?
Charles Mambo : Je suis un agent international, la FIFA n'a pas limité mon champ d'action à l'Afrique parce que je suis de ce continent. J'ai le devoir de m'orienter vers ceux qui me sollicitent, je ne suis pas un agent FIFA spécial Afrique. Il faut savoir qu'en dehors des joueurs africains qui évoluent sur l'Europe, d'autres talents existent sur le continent africain et ce qui devra se faire rapidement en Afrique c'est d'instaurer le professionnalisme afin de rendre notre football plus fort qu'il ne l'est aujourd'hui. Mais tout ceci reste encore une volonté politique et ça je ne maîtrise pas. Pour revenir à ma fonction, plusieurs difficultés se trouvent sur le passage d'un agent FIFA d'origine africaine, les présidents de clubs ne font pas confiance à ce genre de personnage car seul les Européens les intéressent. Il faut dire que le complexe de la peau est encore de rigueur chez nous, personne ne fait confiance à son frère et ce qui veut dire que les autres agents ont encore de la marge sur nous. Nous allons nous battre pour gommer cela. Vous savez, certains présidents de clubs en Afrique nous demandent souvent des primes de signatures pour nous confier leurs joueurs alors que ce dernier n'a pas encore de club, il est juste demandé pour des essais et c'est après cela que l'on parlera transfert si cet essai est concluant. Il faut dire que plusieurs responsables de clubs mettent la charrue avant les bœufs, il va falloir leur expliquer le fonctionnement et beaucoup de choses encore. Il faut que les responsables sportifs laissent les footballeurs sortir pour des essais, il ne faut pas oublier que c'est un travail qu'ils vont chercher car chez eux il n'y a pas considéré comme tel. Ce n'est que comme cela que ces responsables pourront trouver les sommes nécessaires au bon fonctionnement des clubs, sinon, ils resteront pauvres pendant longtemps encore.
Africafoot.com : Voulez-vous dire que certains responsables de clubs n'ont encore rien compris au business du football ?
Charles Mambo : Je vais dire oui ! Vous avez bien compris, cela n'est plus nécessaire de vouloir cacher les tares de ces soi disant responsables sportifs qui viennent au football par soif d'argent et certains pour des ambitions politiques et que sais-je encore. Toujours est-il qu'il est difficile pour nous de comprendre leur fonctionnement et ce qu'il veulent à certains moments. Je n'arrive pas à comprendre qu'une invitation officielle de joueurs pour un essai en Europe ne trouve pas d'écho favorable et surtout n'obtienne point de réponse pour un club qui a besoin d'argent pour la saison. Au Nigeria c'est différent, les responsables connaissent le business du football. Et puis au niveau du traitement infligé aux joueurs, certains pays sont encore loin de la réalité, je ne parle même pas d'infrastructures, c'est comme si c'est une affaire oubliée au Cameroun. Et cela me désole de voir que des pays comme le Burkina Faso ou le Mali sont des exemples au niveau de la maintenance des infrastructures et le champion d'Afrique en titre n'a même pas un stade digne de ce nom…C'est honteux ! Les clubs au Nigeria sont prêts à vous laisser un joueur pour un an et après ils touchent leur argent, ce qui permet de renflouer les caisses des clubs et l'achat d'autres talents, ça, les clubs au Cameroun ne sont pas préparés à cela. Il ne faut pas que les clubs nous considèrent comme des voleurs de joueurs, nous là pour apporter une compétence qui leur manque afin qu'ils gagnent sur les transactions et transfert de joueurs. Le salaire de ces derniers quand ils réussissent en Europe dépasse largement le budget de tous les clubs du championnat camerounais réunis, c'est énorme.
Africafoot.com : Croyez-vous à un changement d'attitude au Cameroun avec ce que l'on constate aujourd'hui ?
Charles Mambo : C'est difficile ! Je sais que mon point de vue sera mal interprété par ceux qui dirigent le football dans mon pays, mais il ne faut non plus exagérer et penser plutôt à l'avenir. Il faut s'ouvrir au reste du monde, les Asiatiques ont compris qu'il y a lieu de changer et c'est nous aujourd'hui qui pratiquons des méthodes dépassées et oubliées par eux. Tenez, sur l'organisation des matches de la sélection nationale, il faut afficher un programme sur deux ans et non jouer au coup par coup, c'est ridicule pour un pays qui a atteint une si grande dimension. Il ne faut pas attendre le dernier moment pour organiser une rencontre car les autres pays ont des programmes bien définis et n'attendent forcément pas les Lions Indomptables en gardant une date pour eux quand ils le voudront. Il faut penser à rentabiliser les bons résultats des sélections camerounaises et l'argent gagné lors des rencontres amicales aidera la FECAFOOT à subvenir aux besoins qui sont énormes, pas de stades, pas de sponsors réels etc… Les clubs locaux ne pourront jamais se développer à ce rythme, ils ont besoin de nous et nous aussi avons besoin d'eux, la balle est dans leur camps car s'ils ne collaborent pas, nous irons ailleurs où la réceptivité est présente. N'oubliez pas que nous avons des sociétés à faire tourner et nous ne pourrons pas attendre indéfiniment que ces gens se réveillent un jour.
Jacques Roux

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